Fangar [saison 1] (Islande, 2017)

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Les séries carcérales se déroulant dans une prison pour femmes sont très à la mode dernièrement: Orange is the new black (USA), Capadocia (Mexique), Unité 9 (Québec), Wentworth (Australie)…pour ne citer que celles qui me viennent à l’esprit. La première saison de Fangar comporte 6 épisodes d’une cinquantaine de minutes. C’est la dernière création de Ragnar Bragason à qui l’on doit le triptyque de comédie noire Næturvaktin / Dagvaktin / Fangavaktin (cette dernière avait pour cadre une prison pour hommes) ainsi qu’Heimsendir, une étonnante histoire se déroulant dans un asile d’aliénés (voir des articles à ce propos ici et ). Après ces fictions mémorables, il est certain que Fangar était très attendue. Si la série ne déçoit pas, elle n’a cependant pas l’originalité de ses précédentes œuvres télévisuelles. 

Sur un scénario de Nína Dögg Filippusdóttir et Unnur Ösp Stefánsdóttir, il s’agit d’une description de l’univers pénitentiaire islandais qui se veut proche du réel et pointe l’inadaptation des peines pour certaines détenues, tout en développant une intrigue judiciaire à suspense. Bien entendu, la série qui s »en rapproche le plus est Unité 9, mais cette dernière pèche par son format fleuve et l’étirement de son récit. Fangar, bien plus concise, constitue une bonne alternative pour qui n’a pas le temps ni l’envie de visionner une kyrielle d’épisodes sur ce thème.

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Linda (Thora Bjorg Helga) vient de laisser son père dans le coma après l’avoir frappé violemment avec un club de golf. Elle est rapidement arrêtée et incarcérée dans la prison pour femmes de Kópavogur (dans la réalité, cet établissement a été fermé récemment, la série y a été tournée alors qu’il n’y avait plus de prisonnières sur les lieux). Son père Thorvaldur (Sigurður Karlsson) est un homme d’affaires et un politicien influent. Son comportement envers sa petite-fille Rebekka (Katla Njálsdóttir) était répréhensible, il lui faisait des attouchements sous la douche et la terrorisait. Linda, témoin de ses agissements, ne l’a pas supporté: sa confrontation musclée avec lui a mal tourné, le destin de la jeune femme étant désormais suspendu à l’hypothétique survie de son détestable géniteur. Elle se retrouve en tôle, à devoir partager le quotidien d’un groupe de détenues au caractère parfois difficile voire violent. Ce qui frappe d’emblée dans son attitude, c’est sa volonté de sauver les apparences, de nier par son attitude sa condition de femme incarcérée: elle se maquille avec soin et s’habille avec élégance, se montre hautaine avec le personnel de la prison et les codétenues, suscitant rapidement une certaine inimitié à son endroit.

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L’un des personnages les plus marquants de la prison est Ragga (jouée par la scénariste Nína Dögg Filippusdóttir), une femme au comportement de caïd, rendue dure par les épreuves de l’existence. Ragga a une aversion pour Linda, la trouvant trop prompte a juger les autres prisonnières et s’agaçant de ses airs dédaigneux. Son influence sur les autres détenues lui permet de rendre la vie de Linda difficile: celle-ci reçoit un coup de boule, une des détenues urine sur son lit et pend dans sa cellule une  poupée à son effigie sur laquelle est punaisé un message injurieux. Mais progressivement, les relations entre Linda et ses compagnes d’infortune s’adoucissent, elle finit par devenir plus accommodante et serviable et à gagner un semblant d’estime. Les scénaristes ont heureusement évité de sombrer dans une surenchère de violence, préférant donner plus de profondeur aux protagonistes et livrer quelques scènes émouvantes de fraternisation. Ragga apparaît au fil des épisodes sous un jour plus sympathique, comme une mère qui s’inquiète du devenir de sa fille Diljá, une adolescente rebelle sur laquelle elle n’a plus aucune prise, suscitant en elle un sentiment de rage impuissante.

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L’interprétation de Steinunn Ólína Þorsteinsdóttir dans le rôle de Didda est impressionnante. Elle dégage une impression de force brutale, de menace latente, accentuée par un déséquilibre mental qui transparaît par instants. Didda est une taiseuse aux manières frustes, capable de pulsion violentes (sous le coup de la colère, elle frappe sans réfléchir) mais à la longue on se rend compte qu’elle est capable d’empathie et qu’elle est surtout malheureuse, victimes de troubles psychologiques qui l’ont conduite dans ce lieu de détention inadapté pour elle. Lorsque Linda, qui avait échangé le matelas douteux qui lui avait été attribué d’office contre un confortable matelas neuf, le lui offre pour soulager ses douleurs de dos, elle lui est reconnaissante et dès lors la considère avec respect.

Un autre personnage peut être rapproché de Didda: la doyenne des détenues Lóa (Margrét Helga Jóhannsdóttir), très discrète mais qui gagne en épaisseur au fil des épisodes. On découvre que c’est une femme brisée par les violences subies par le passé. Protectrice, elle peut manifester une affection sincère envers les autres prisonnières, mais aussi avoir un comportement hyper agressif pour les défendre (lorsqu’une visiteuse se montre odieuse envers une des détenues, elle menace de se jeter sur elle, armée d’un couteau de cuisine). Lóa et Didda, par leur imprévisibilité, pimentent l’intrigue de la série.

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La détenue qui, dès le départ, est la plus proche de Linda est Brynja (Unnur Ösp Stefánsdóttir), une blonde enjouée et très amicale, mais qui a une mauvaise influence sur Linda, une toxicomane notoire, l’incitant à poursuivre la prise de drogue à l’intérieur de la prison en lui indiquant les astuces pour déjouer les contrôles opérés par les matonnes et la conduisant même à une overdose. Brynja est insouciante et semble peu consciente des conséquences graves de ses actes. Elle peut aussi se montrer d’une naïveté confondante, comme lorsqu’elle entend à la radio l’annonce d’un jeu permettant de gagner des places à un concert de son groupe favori: voulant participer, elle appelle la radio depuis la prison, avant qu’une gardienne ne l’oblige à raccrocher. C’est aussi un personnage tragique: dans les derniers épisodes, elle sort de prison mais sa famille refuse obstinément de la voir; rejetée par les siens, elle sombre dans la dépression et meurt sans avoir pu donner à son fils le pull qu’elle avait patiemment tricoté en pensant à lui lors de sa détention. On retrouve le thème classique des difficultés de la réinsertion, déjà présent dans d’autres séries, Unité 9 par exemple.

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La partie de l’histoire se déroulant à l’extérieur de la prison et mettant en scène la famille de Linda est tout aussi intéressante. Herdís, sa mère (Kristbjörg Kjeld), éprouve toujours de l’affection pour elle et reste en contact, même si elle a des difficultés à communiquer avec sa fille, qui rejette l’apitoiement qu’elle manifeste à son égard. Herdís est une femme généreuse qui est membre active d’une association de bienfaisance, qu’elle convainc d’agir pour le bien-être des prisonnières en leur offrant des objets propres à améliorer leur quotidien.

La sœur aînée de Linda, en revanche, lui est hostile: Valgerður (Halldóra Geirharðsdóttir) mène une ambitieuse carrière politique et considère Linda comme un obstacle à ses aspirations, comme le mouton noir de la famille pouvant nuire à son image publique. Elle ne consent à lui apporter aucun soutien, jugeant qu’elle doit assumer seule les conséquences de ses actes. En bisbille avec les dirigeants de son parti, elle a décidé de faire cavalier seul et de fonder un nouveau parti composé uniquement de femmes. A l’approche des élections, la période est cruciale et elle cherche à étouffer l’affaire de l’agression de son père, en faisant pression sur une journaliste, Eyja Marín (Kristín Þóra Haraldsdóttir) pour qu’elle cesse d’écrire des articles à sensation à ce propos. Valgerður apparait comme un personnage foncièrement individualiste, faisant passer sa réussite personnelle avant sa famille. Elle a une attitude quelque peu contradictoire: d’un côté elle défend les droits des femmes dans ses discours, mais de l’autre elle est prête à fermer les yeux sur les soupçons de maltraitance pesant sur son père Thorvaldur.

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Les protagonistes masculins de la série sont en retrait, mais quelques uns se remarquent tout de même: outre les anciens associés du père de Linda au cours de sa longue carrière politique, aujourd’hui en conflit avec Valgerður, deux autres se détachent particulièrement. Ásbjörn (Gisli Gardarsson) est l’avocat de Linda. Cette dernière ne l’apprécie guère à cause de son attitude cynique et détachée. Il a un passé trouble d’avocat marron, que Valgerður exploite pour le contraindre à orienter sa défense en faveur de ses propres intérêts (elle ne veut pas que lors de sa plaidoirie, il présente sa sœur comme frappée de démence au moment du drame). Il n’est pas franc avec Linda, lui dissimulant ses intentions et ne constitue pas pour elle un véritable allié.

L’autre personnage masculin qui joue un rôle non négligeable est Breki (Björn Thors): employé à la prison pour apporter une aide psychologique aux détenues, il organise des réunions d’alcooliques anonymes où il encourage les femmes à partager leurs tourments passés et présents. Il sympathise avec Linda, lui offre des romans à lire, avant de devenir son amant secret, faisant fi de toute déontologie. Lui même est alcoolique et mène une existence de paumé et n’est donc pas vraiment quelqu’un de secourable pour Linda. L’isolement de cette dernière est patent, son seul soutien à l’extérieur de la prison est provient de sa mère, mais elle repousse par fierté sa main tendue.

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A partir de l’épisode 5, on suit le procès de Linda qui réserve quelques temps forts. L’épisode final s’achève par un coup de théâtre pouvant servir de point de départ à une seconde saison prometteuse, mais encore incertaine à l’heure actuelle (même si Ragnar Bragason souhaite qu’elle voie le jour). Globalement, cette première saison, diffusée par la chaîne publique RÚV est fort bien construite, même si la multitude de personnages secondaires (que je n’ai pas évoqués pour la plupart) peut embrouiller le téléspectateur. La réalisation est d’un niveau très correct, le générique singulier est accompagné par une chanson de Chelsea Wolfe (After the fall) dont les sonorités font irrésistiblement penser à du Björk, tandis que la série offre quelques beaux décors, en particulier la majestueuse église luthérienne de Reykjavik, la Hallgrímskirkja et ses magnifiques vitraux.

J’ai déjà souligné les similitudes avec Unité 9, mais au delà du scénario, les infrastructures carcérales sont comparables dans les deux séries: les détenues partagent une maisonnette où elles peuvent faire la cuisine, elles disposent même dans Fangar d’un jardin attenant et sont autorisées à recevoir des visites de leurs familles et de leurs enfants (s’ils le souhaitent). La différence principale est une question de dimensions: dans la série islandaise, la prison ne peut accueillir que 12 femmes, celle d’Unité 9 est bien plus vaste. Ce qui ressort de la série, c’est une sensation claustrophobique d’isolement, le fait que ces femmes sont surtout présentées comme des victimes dont  le seul remède au mal-être qui leur est offert est la prise de sédatifs, sans rien leur proposer par ailleurs pour tenter de les aider à se reconstruire sur le long terme. Fangar pose donc un regard critique et sans concessions sur le système carcéral islandais, même s’il est évident que celui-ci est bien moins coercitif que dans beaucoup d’autres contrées. Un sujet de société sensible qui, on l’espère, sera approfondi lors d’une seconde saison.

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Above the sky (Biélorussie, 2012)

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Il est bien difficile de trouver sur le web des séries biélorusses sous-titrées. J’ai déniché dernièrement sur YouTube Above the sky, une minisérie en 8 épisodes (de près de 30 minutes, sauf le dernier qui dure 45 minutes), avec des sous-titres anglais approximatifs (il manque quelques répliques). La fiction ne m’était pas inconnue, car l’an dernier j’ai pu lire cet article à son propos sur le site de Ladyteruki. Après avoir vu la série, il me semble surprenant que cette production financée par l’ONU n’ait jamais été diffusée dans son pays pour cause de censure: si elle comporte une critique du régime, celle-ci est à peine effleurée (seul le flicage de la jeunesse transparaît lors de quelques scènes). Rien en tout cas qui justifie le fait que la série ne soit à ce jour visible que sur internet (et, lors de festivals internationaux, projetée sous forme de long métrage). Above the sky, réalisée par Dmitry Marinin et Andrey Kureichik (par ailleurs scénariste), avec une bande musicale de Dmitry Friga, évoque les errances d’un étudiant de Minsk qui vient d’apprendre qu’il est séropositif. Ce n’est pas une série parfaite mais, outre que c’est très bien filmé, la psychologie des personnages est décrite avec pertinence.

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Leonid Pashkovsky interprète Nikita, le protagoniste principal, qui étudie à Minsk et est le leader d’un groupe de musique assez populaire, appelé Perfect. Lors d’une visite médicale, la prise de sang révèle qu’il est porteur du virus HIV, ce qui le plonge dans un profond désespoir. Il sait où et quand il a contracté cette terrible maladie: lors de vacances en Crimée, où il a passé une nuit avec une fille rencontrée sur la plage prénommée Yulya. L’existence de Nikita, jusqu’ici libre et insouciante, va se trouver bouleversée. A l’université, ses camarades prennent leurs distance avec lui, il se laisse aller, s’enivre avant de se battre avec le vigile d’un magasin, donne son fric à des inconnus qui l’apostrophent dans la rue et va jusqu’à côtoyer des toxicomanes et consommer des drogues dures. Par l’intermédiaire d’une amie infirmière de sa mère, ses parents apprennent vite sa séropositivité. Son père, Seryozha (Victor Rybchinsky), un policier au tempérament rigide et qui souhaite depuis longtemps le voir entre au plus vite à l’académie de police, prend très mal la nouvelle et a avec lui une vive altercation, tandis qu’il reproche à sa femme Sveta d’être trop libérale et de l’avoir éduqué de façon trop permissive.

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Seryozha est bourru, il a des idées très conservatrices mais ce n’est pas un personnage négatif. Il finit par se réconcilier avec son fils, lui pardonnant même de lui avoir volé de l’argent pour se procurer de la drogue. Pour resserrer ses liens avec lui, il l’emmène camper dans un lieu sauvage, où il a avec Nikita une conversation sérieuse à la lueur d’un feu de camp. Cette scène survient peu après le passage du jeune homme dans un repaire de camés ayant l’apparence d’un havre de détente intimiste et cosy, en réalité un lieu de perdition où les tenanciers procurent des drogues dures aux clients contre de l’argent et profitent cyniquement de leur addiction. Nikita y a rencontré un junkie qui lui a raconté son parcours, lui précisant qu’il a survécu car il n’avait plus d’argent pour se procurer de quoi se shooter en intraveineuse alors que beaucoup de ses amis sont morts après avoir été contaminés ainsi par le sida. Personnellement, j’ai trouvé étrange qu’un type qui fréquente un tel endroit livre spontanément ce message antidrogues. Le but est clairement de montrer la prise de stupéfiants sous le jour le plus glauque possible, même au prix de la vraisemblance.

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Un peu plus tard, Nikita est témoin de la mort d’une femme par overdose et est l’objet d’une machination. Inconscient, il est placé à côté de la morte et photographiée par les tenanciers qui sont sur le point d’être coffrés lors d’un descente de police, ce qui leur permettra ensuite d’exercer un chantage sur son père. Malheureusement, cette intrigue n’est pas exploitée au mieux et est résolue un peu facilement dans le dernier épisode, sans donner lieu à aucun suspense haletant. Au moins cette affaire révèle-t-elle que Seryozha est prêt à tout pour protéger son fils. Toujours concernant l’épisode final, on peu regretter une issue bien prévisible de l’intrigue, un relatif « happy end » (relatif car le sort de Nikita semble bien incertain) où la morale est sauve. Mais on a quand même droit à dix bonnes minutes de musique biélorusse, car l’histoire se termine par un télé-crochet auquel participe le groupe dont fait partie Nikita. Il manque vraiment à cette fin qui se veut optimiste de l’intensité dramatique et une certaine gravité.

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Le groupe Perfect est au centre d’un arc scénaristique secondaire. Les membres forment une bande de copains qui s’éclatent sur scène: autour de Nikita, il y a Stas le chanteur, Vovan le guitariste, Grigoriy le batteur, Max le rappeur et pianiste. Mais des dissensions ne tardent pas à apparaître quant à l’orientation musicale à privilégier. Stas (Alexey Yarovenko) souhaite que le groupe suive les dernières modes, devienne tendance et plus commercial alors que les autres veulent rester eux-mêmes et continuer à proposer la musique qu’ils aiment. Stas finit par quitter le groupe pour suivre une productrice, Katrina, qui le soutient car ses qualités de danseur et son physique de beau gosse sont vendeurs. Il y a là une critique de la superficialité du show-business, soulignée à de multiples reprises au cours de la minisérie. Les membres restants du groupe décident de s’appeler désormais Viche Neba (Above the sky, en anglais) et de se démarquer le plus possible de la voie choisie par leur ancien chanteur charismatique.

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Autre intrigue développée en longueur: la relation de Nikita avec Yana (Olesya Gribok), la fille du président de l’université. leur idylle prend fin lorsqu’elle apprend qu’il est séropositif. Si Nikita souhaite prendre ses distances pour ne pas risquer de l’exposer à une contamination, Yana veut continuer à le fréquenter malgré tout. Cependant, comme elle fait cela essentiellement  pour défier son père (qui cherche à éloigner Nikita de l’université pendant quelques mois, surtout pour le tenir loin de Yana) et pour montrer une attitude courageuse, sa démarche ne lui paraît pas sincère et il choisit de rompre, quitte à refuser qu’elle intègre le groupe comme chanteuse malgré sa performance remarquée lors d’une audition. Nikita, après avoir appris sa maladie, cherche à s’isoler de son entourage, non seulement de ses parents, mais aussi du groupe qu’il quitte momentanément. Il établit une analogie entre le sida et la lèpre, se considérant comme une sorte de lépreux devant vivre à l’écart des autres. Cependant, il se rapproche d’Olya (Oksana Chivevyova), une jeune femme qui l’a recueilli après son passage cauchemardesque dans l’antre des drogués.

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J’avoue que le personnage d’Olya m’a laissé un peu dubitatif. Elle apparaît de nulle part dans l’intrigue et on en apprend peu sur elle (on sait juste qu’elle est étudiante, a un père qui travaille dans le BTP et qu’elle a vécu quelques années en Inde). Elle montre de l’empathie envers Nikita, elle cherche à l’aider à faire face au choc psychologique qu’il a subi (elle l’invite à se rendre à des réunions de séropositifs, où les malades assis en cercle discutent des traitements possibles ou partagent leurs états d’âme avec leurs compagnons d’infortune) et surtout l’apprécie avec simplicité, sans faire preuve de pitié à son égard. Confiant, il lui attribue une place dans son groupe, en qualité de chanteuse, au détriment de Yana. Olya n’est bientôt plus la seule dont il se sente proche, en effet il a la surprise de retrouver Yulya lors d’une visite à l’hôpital, où elle est une patiente en phase terminale, victime de la tuberculose. Nikita constate avec douleur son affaiblissement progressif, pour lui leurs destins tragiques sont liés, il voit l’état de dépérissement de Yulya comme un reflet de ce qui l’attend probablement dans un futur proche. Il est effondré lorsqu’il apprend son décès, se sentant encore plus seul désormais.

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Above the sky propose une analyse sensible des conséquences psychologiques de la séropositivité. Certains des protagonistes principaux (surtout Yana et Seryozha) ne manquent pas de profondeur. La réalisation est impeccable, nombre de plans mettant en valeur l’architecture bigarrée de Minsk, avec une prédilection pour les longues poses permettant de montrer des filés d’automobiles ou de passants du plus bel effet esthétique et les vues surplombantes depuis les toits de la ville. La bande musicale est variée et permet de découvrir des artistes de la scène contemporaine du Bélarus (cela va du rock à la techno en passant par le rap). Mais l’impression finale n’a pas été pour moi entièrement favorable: certains acteurs livrent une interprétation manquant de conviction, l’émotion n’est pas toujours aussi perceptible qu’elle le devrait. D’autre part, je n’ai hélas pas appris grand chose sur la culture de ce pays (à part le nom d’un plat typique qui a l’air succulent, le draniki). Surtout, le scénario montre quelques failles: une fin téléphonée, des coïncidences peu probables (comme le fait que Nikita revoie par hasard Yulya juste avant qu’elle ne meure) et des éléments de l’intrigue qui ne servent que de prétexte pour livrer un message de prévention. Néanmoins, il faut reconnaître que les créateurs ont eu le courage de traiter d’un sujet difficile avec franchise, sans occulter ses aspects les plus déplaisants. Pour cela, cette websérie, encore confidentielle hors de Biélorussie, mérite d’être vue par un plus large public.

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Mshika-Shika / The Hustle (Afrique du Sud, 2012)

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Comme bien d’autres productions sud-africaines, Mshika-Shika est un minisérie qui n’a pas fait beaucoup parler d’elle en dehors de son pays d’origine. On trouve sur le web très peu de renseignements à son propos, même la page qui lui est dédiée sur IMDb est étrangement vide. Mais après avoir lu le synopsis, j’ai été suffisamment intrigué pour commander le DVD qui, heureusement, comprend des sous-titres en anglais (il ne m’a pas été facile de trouver les sites où se le procurer, mais ce fut possible en persévérant). Une édition DVD qui se contente du strict minimum: les épisodes accessibles par un menu sommaire, aucun bonus ni interview. Cependant, je ne regrette pas mon achat, car ce fut une fiction distrayante, avec un final surprenant. En 10 épisodes de 45 minutes, filmée à Johannesburg, c’est l’histoire d’un gang qui sévit dans un township où règne la loi de la jungle et se retrouve dans le collimateur de la police, tout en bénéficiant de la protection de certains membres des forces de l’ordre. Créée par Michelle Wheately et scénarisée par Athos Kyriakides, c’est une fiction nerveuse et parfois violente, qui a été comparée à The Wire et à Luther (ici, la seconde référence est sans doute plus pertinente, Mshika-Shika est tout de même loin de rivaliser avec le chef-d’œuvre  de David Simon).

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Dans l’épisode initial, on découvre les membres d’un gang dont la réputation n’est plus à faire, avec à sa tête Scarra (Mxolisi Majozi), entouré de ses deux comparses Judas (K.Dom Gumede) et Mafikizolo (Thato Tteigh Dhladla III). Ils viennent de réussir un joli coup, en dérobant une BMW neuve stationnée dans un quartier huppé. Propriété d’un politicien âgé qui a le bras long, le véhicule est activement recherché par la police, en particulier par Phaka (Richard Lukunku), un détective motivé à faire tomber Scarra et sa bande, secondé par une spécialiste de médecine légale, Kea Thole (Terri-Ann Eckstein). Cependant, Phaka se heurte vite à son supérieur, le commandant Schoeman (David Clatworthy) qui semble d’emblée réticent à le voir s’investir dans cette enquête et lui suggère de s’occuper d’autres affaires selon lui plus urgentes à élucider. Mais le jeune flic intrépide garde le cap, malgré la promesse d’une promotion éclair que lui fait miroiter Schoeman. Ses investigations le mettent rapidement sur la piste de Bonsai (Arthur Molepo), pour la vitrine un paisible commerçant de pièces détachées automobiles, autour duquel les malfrats gravitent.

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Bonsai est un homme d’âge mur, qui se déplace en fauteuil roulant. Pour la façade, il fait mine d’être parfaitement respectable, de mener un business on ne peut plus légal, mais en fait il dirige en sous-main le gang, lui confiant des missions relevant de la criminalité sans se soucier de la façon dont Scarra et ses amis les exécutent. Il est le cerveau derrière les méfaits des truands, qu’il manipule à sa guise pour favoriser ses propres intérêts, comme dans l’épisode 6, où il leur confie le soin d’acheminer une enveloppe contenant des documents sensibles pour le gouvernement, dans le but affiché de les monnayer contre une grosse somme d’argent, mais l’opération s’avère n’être qu’un leurre destiné à égarer la police, qui les arrête pour possession d’armes à feu après avoir intercepté leur véhicule (les armes ayant au préalable été placées dans le coffre par Bonsai). Grand stratège, Bonsai apparait le plus souvent dans la pénombre, attablé dans son atelier devant un plateau de jeu d’échecs. Au fil des épisodes, on découvre l’étendue de ses connexions, qui incluent des policiers, dont le commandant Schoeman en personne.

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Schoeman est un personnage ambivalent. Il apparaît comme un officier compétent, aguerri, mais ses liens avec Bonsai sont mystérieux, un secret semble lier les deux hommes, qui s’estiment mutuellement bien qu’ils ne se trouvent pas du même côté de la loi. Le commandant fait son possible pour freiner l’enquête qui peut aboutir à une mise en cause de Bonsai, tout en faisant preuve d’empathie envers ses subordonnés. S’il lui arrive de s’opposer frontalement à Phaka, qui conteste son autorité, il parvient à conserver un ascendant sur Kea, plus conciliante que son équipier. Le duo de flics se complète bien, Phaka est le plus impulsif, il est porté sur l’action tandis que Kea est plus réfléchie et habile a mener des interrogatoires avec tact. Leur relation est amicale, mais évolue vers un flirt au fil des épisodes. La série montre leur travail au quotidien et force est de constater que Phaka et Kea apparaissent souvent déconnectés de ce qui se passe dans les environs. Plusieurs scènes les montrent en train de discuter tranquillement pendant que sévissent des criminels non loin de là. La série met en évidence le fait que la police n’a pas les moyens de faire régner l’ordre dans les townships, faute d’effectifs suffisants.

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Les difficultés de la police sont illustrées par le passage (certes sans doute guère réaliste) où Scarra et ses potes interceptent un véhicule banalisé, neutralisent le flic qui le conduisait et dérobent des uniformes de policier avant d’aller braquer le commissariat pour s’emparer des armes qui s’y trouvent. Autre point qui ressort de façon flagrante, dans la série les univers de la pègre et des forces de l’ordre sont perméables. Par exemple, un agent, par ailleurs petit ami de Kea, Byron (Lamar Bonhomme) est lui aussi de mèche avec Bonsai, pour qui il est un homme de confiance, et n’hésite pas à subtiliser à sa demande les dossiers relatifs à certains suspects. Byron es prêt à tout pour dissimuler ses turpitudes, il ment sans vergogne, peut user de violence mais est taraudé par sa conscience qu’il cherche à étouffer en s’adonnant à la boisson. Dans les derniers épisodes, entre en scène une fliquette aux méthodes musclées, Angelique (Aimee Goldsmith), la fille de Schoeman, qui est un peu son antithèse: elle refuse toute compromission et ses soupçons envers le comportement de Byron vont grandissant.

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La minisérie accorde un soin tout particulier à la description de notre trio de cailleras. Scarra est bien sûr au centre de l’intrigue. Il multiplie les coups d’éclat pour gagner de l’argent ou récupérer de la drogue et a fréquemment maille à partir avec le gang rival, les Spinners. Il est très dépensier, au risque d’attirer l’attention de la police quand il mène grand train après une opération réussie. Scarra a une attitude cavalière envers Bonsai, il veut lui montrer qu’il ne l’impressionne pas, qu’il n’a pas de prise sur lui, mais si la force physique est de son côté, l’intelligence est clairement du côté de Bonsai qui ne s’inquiète pas de ses viriles rodomontades, certain qu’il est de pouvoir le manœuvrer. Scarra vit en couple avec Shirley (Busisiwe Mtshali) dans un appartement minable aux murs décorés de gros titres découpés dans les journaux. Sa copine est une prostituée qui veut changer de vie, elle ambitionne d’ouvrir un institut de beauté et considère d’un mauvais œil les activités de son compagnon, souhaitant le voir couper les ponts avec ses accointances dans la pègre.

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Shirley a été traumatisée par le meurtre de son souteneur Stenovo, dont elle a été témoin après que ce dernier l’ait agressé parce qu’elle n’avait pas assez d’argent à lui donner. Elle veut en finir avec cette existence sordide et, tout en désapprouvant Scarra, doit bien reconnaître que ses revenus frauduleux peuvent lui permettre de sortir de l’ornière. Elle éprouve de la sympathie pour Judas, qui est son confident. Mais ce dernier n’est pas un associé fiable pour Scarra. Il veut faire cavalier seul en organisant à son seul profit un juteux holdup: il braque un van transportant de la drogue pour le compte des Spinners. Cependant, il commet des maladresses qui permettent à la police de l’arrêter et d’obtenir sa collaboration en échange de la liberté. Il devient donc un mouchard (son prénom devient aptonyme) et il rencarde les flics en s’efforçant de ne pas attirer les soupçons sur lui. Mais Phaka le traite sans ménagement et se comporte avec légèreté à son égard, il ne prend pas toutes les précautions indispensables pour qu’il ne soit pas identifié comme traître, l’exposant ainsi à un danger de mort.

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La minisérie narre le délitement progressif du trio de gangsters, ce qu’illustre également le parcours chaotique de Mafikizolo, qui devient addict aux drogues dures et se révèle de plus en plus instable, ne reculant devant rien pour se procurer sa dose de dope (il n’hésite pas à dérober le magot de Scarra, mais n’est pas assez malin pour ne pas se faire prendre la main dans le sac). Sous l’emprise des stupéfiants, il va jusqu’à commettre un viol. Cependant, dans son état normal, il n’a rien d’un dangereux truand: lorsque Scarra lui demande de commettre un meurtre à l’aide de son revolver, il ne peut se résoudre à tirer à bout portant. C’est un pauvre type qui s’est laissé entraîner sur la mauvaise pente et qui n’a pas la force de réfréner ses penchants destructeurs. Il pâtit sans doute aussi de son manque d’éducation, d’avoir grandi dans un milieu très pauvre, ce que la série montre au travers des images de logements insalubres, de rues à la chaussée éventrée et de fauteuils usés trônant en extérieur, où se réunissent les jeunes désœuvrés du township. Une misère qu’incarne d’ailleurs fort bien un personnage secondaire, un junkie laveur de pare-brises, Eduardo dit Eddy, toujours dans la ligne de mire des flics pour qui il constitue une cible facile: très intimidable, il leur fournit des tuyaux à la moindre menace.

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Les deux derniers épisodes constituent le point culminant du récit, où les secrets entourant le passé de Scarra, Phaka et Bonsai sont révélés. L’ultime épisode (le plus court) s’achève par un climax saisissant, qui éclaire d’un jour nouveau le comportement des protagonistes. Dès lors, la conclusion inévitable permet de s’interroger à propos de l’influence du contexte familial sur le déroulement d’une existence ainsi que sur la frontière ténue séparant le bien et le mal. La minisérie a aussi le mérite de mettre en évidence l’isolement social que peuvent subir les habitants des townships (comme en témoigne une scène d’enterrement, où, faute de prêtre pour officier, des amis du défunt récitent avec grandiloquence des passages de la Bible, en anglais et en zoulou). L’intrigue est bien rythmée, avec des rebondissements survenant en fin d’épisodes et sans cliffhangers inutiles. Mshika-Shika n’est pas une minisérie parfaite, les faits sont parfois soulignés lourdement (comme en témoigne ce plan où, après la trahison de Judas, le trio est attablé devant une représentation de la Cène, dont la présence semble incongrue dans leur environnement de tous les jours). Mais globalement, c’est un polar bien construit, assez noir (pas trop quand même, l’épilogue n’est pas sombre pour tout le monde), qui n’oublie pas le commentaire social mais reste avant tout un divertissement riche en adrénaline.

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Keishichou Ikimono Gakari / MPD: Animal Unit (Japon, 2017)

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Chaque année, la télévision japonaise propose des dramas policiers d’énigme, un genre très prisé dans ce pays, ce qui est heureux car il n’est pas rare de trouver des perles parmi ces productions. Au printemps 2017, il y eut déjà Kizoku Tantei, qui confrontait un noble excentrique et sa domesticité à des crimes impossibles, une série plaisante avec beaucoup d’humour. Cependant, j’ai choisi de présenter MPD: Animal Unit, un petit drama sans prétention mais instructif pour qui s’intéresse aux curiosités du règne animal. Diffusé cet été sur Fuji TV, en 10 épisodes (de 45 minutes, sauf le premier qui dure près d’une heure), le programme (adapté d’un cycle de romans de Takahiro Okura, dont j’ai déjà visionné il y a quelques années l’adaptation de  Fukuie Keibuho no Aisatsu, un Columbo like) suit les enquêtes d’un duo faisant partie d’une division de la police de Tokyo responsable de la garde d’animaux appartenant à des suspects ou ayant appartenu à des personnes disparues, victimes d’un acte criminel.  C’est toute une ménagerie que l’on découvre au fil des épisodes, chacun d’eux se focalisant sur un animal en particulier qui fut présent sur les lieux du crime et dont l’observation attentive fournit des indices pour résoudre le mystère et démasquer le coupable.

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Le duo est constitué de Tomozo Sudo et Keiko Usuki. Tomozo (Atsuro Watabe) est un détective qui, suite à un incident survenu durant l’une de ses enquêtes, a dû quitter la brigade d’investigation pour être relégué à l’unité animalière. Il souffre d’amnésie depuis une agression infligée par un malfrat, seul lui reste de ce jour funeste le souvenir vague d’un taiyaki (gâteau japonais fourré en forme de poisson). Initialement, il exerce son nouveau métier avec réticence et souhaite réintégrer au plus vite son ancien travail, mais il finit par s’intéresser réellement à la zoologie appliquée à la science criminelle. Il est assisté par une jeune enquêtrice, Keiko Usuki (jouée avec enthousiasme par Kanna Hashimoto), une brillante diplômée en médecine vétérinaire, véritable encyclopédie vivante du monde animal, dotée de plus d’un sens aiguisé de l’observation. Keiko semble préférer les bêtes aux humains, elle s’extasie dès qu’elle découvre un nouveau pensionnaire de l’unité, qu’il s’agisse d’un mammifère, d’un reptile ou d’un oiseau. Sa fraîcheur juvénile, son uniforme de policière (que certains, la voyant pour la première fois, prennent pour un accoutrement de cosplay, voire une tenue fétichiste) et ses déductions inattendues font tout le sel du personnage.

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A part ce binôme improbable mais très attachant, le drama présente quelques personnages secondaires récurrents. Outre les détectives junior Ishimatsu Kazuo et Yayoi Mikasa qui ne jouent qu’un rôle très secondaire, quelques protagonistes farfelus se remarquent surtout par leurs bouffonneries: Tamaru Iroko (Atsuko Asano), une policière complètement foldingue qui s’occupe de gérer la pension animalière de l’unité et Nidegawa Shokichi (Denden) un flic à la retraite, source inépuisable d’anecdotes sur ses nombreuses années de métier. Ce dernier aime visiter quotidiennement le musée de la police de Tokyo, un établissement qui existe réellement (il se trouve au nord du quartier de Ginza et expose aussi bien des uniformes que les véhicules de fonction les plus divers) et est montré à de multiples reprises au fil de la saison. Les épisodes sont des standalones (sauf les deux derniers), avec cependant un fil rouge (les zones d’ombre entourant le passé de Tomozo Sudo). L’intérêt des intrigues ne réside pas dans les modus operandi des crimes, qui ont tendance à se répéter (strangulation, noyade, décès suite à un coup violent reçu), mais plutôt dans les déductions faites à partir de l’observation des animaux ou les mobiles des meurtres, qui ont souvent un lien avec l’attachement (ou la répulsion) pour les bestioles évoquées.

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Le premier épisode commence par le sauvetage de Naomi, un chat coincé dans une canalisation, qui deviendra la mascotte de l’unité. On découvre ensuite le premier cas auquel le duo est confronté: la victime, jetée dans un cours d’eau après avoir été étranglée, possédait des bouvreuils à tête rouge qui participaient à des compétitions de chants d’oiseaux, en concurrence avec des zostérops du Japon. Des digressions permettent d’en savoir plus sur l’historique de ces concours, ainsi que sur le juteux marché noir d’oiseaux sauvages, tandis que les marques laissées sur le sol par les curieux emplacements de cages à oiseaux donnent à Keiko un indice déterminant. Une histoire très simple, qui sert avant tout à présenter tous les protagonistes.

Le second épisode, où un corps est retrouvé noyé dans la piscine d’un enclos à pingouins, nous renseigne sur l’élevage de ces oiseaux (par exemple concernant l’alimentation recommandée ou la nécessité d’adapter la luminosité et la température à leur métabolisme). L’intrigue est basique mais le mobile est original et ne se devine pas aisément. J’ai retenu une info surprenante: les élevages de pingouins sont répandus au Japon, un pays qui possède un quart de la population captive mondiale de ces fascinants volatiles.

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L’épisode 3 a pour thème les serpents, ceux que possédait la victime, apparemment un homme qui s’est suicidé en se jetant dans la mer du haut d’une falaise. Keiko et la policière Yayoi se pâment d’admiration devant les reptiles, aussi bien le serpent des blés (élaphe) que le boa constrictor, alors que Tomozo éprouve un dégoût viscéral pour ces créatures. Les soins en captivité ainsi que la mue des serpents (et l’opacification des yeux qui la précède), sans oublier les formalités légales d’adoption de ces créatures rampantes (nécessité d’obtenir une licence, par exemple) sont abordés. Cet aspect informatif est à vrai dire plus intéressant que l’énigme policière, classique, seul le mobile de l’assassin ayant un lien étroit avec les serpents.

L’épisode suivant, après une rapide évocation des glandes anales nauséabondes de la mouffette, développe une curieuse histoire où un berger qui élève des chèvres près d’une école est accusé du meurtre d’un enseignant et où lesdites chèvres ont ingéré une liasse de copies corrigées. Ce n’est pas mon épisode préféré mais il est à noter que Keiko résout l’affaire grâce à un brillant raisonnement déductif. Également, le drama apporte quelques précisions surprenantes à propos de la reproduction caprine, comme le fait que  l’œstrus de la chèvre intervient seulement 18 mois après la naissance.

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Le cinquième épisode est sans doute l’un des meilleurs. Le cas est celui d’une femme assassinée d’un coup d’haltère sur la tête, dans une maison où se trouve un singe turbulent, un saïmiri (ou singe écureuil). L’énigme est intéressante car deux solutions sont proposées successivement pour expliquer les faits dans les moindres détails. De plus, le singe y joue un rôle actif dans le déroulement du drame, contrairement aux animaux des épisodes précédents. D’autre part, l’accent est mis sur l’étude du comportement animal (éthologie), même si cet aspect aurait pu être plus détaillé.

L’épisode 6 est aussi captivant: le témoin d’un meurtre n’est autre qu’un perroquet gris africain (jaco). Bien que ce psittacidé soit le meilleur parleur au monde, celui présent dans l’histoire reste obstinément muet devant les enquêteurs, ne retrouvant la parole que dans les dernières minutes. On découvre le côté joueur de ces oiseaux, leurs étonnantes capacités d’imitation ainsi que les bizarreries de leur fonctionnement cérébral (comme le fait que plus ces volatiles sont juchés haut sur un perchoir, plus il se perçoivent en dominateurs de leur environnement). Tous ces éléments sont intégrés à la résolution de l’intrigue de façon convaincante.

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Le septième épisode s’intéresse particulièrement à l’aquariophilie. Keiko rencontre le directeur d’un parc aquacole, qui est en quelque sorte son double, car tout aussi féru qu’elle de vie animale. Au centre de l’intrigue, des piranhas dérobés dans des aquariums sont relâchés dans un bassin du parc, pour d’obscurs motifs. On découvre les différentes variétés de piranhas, les contraintes de leur élevage (nécessité de bien les nourrir, sans quoi ils peuvent devenir cannibales, obligation de les répartir dans plusieurs aquariums. L’énigme policière est un peu faible, le mobile du criminel s’avère finalement trivial mais l’épisode montre en passant quelques étranges créatures: si l’axolotl (ou salamandre mexicaine) est très connu, le flowerhorn ou la raie mobula japonaise un peu moins sans doute.

Au cœur du huitième épisode, il y a un conflit de voisinage entre le propriétaire d’un hibou grand-duc et celui d’une chouette hulotte, tous deux résidents d’un appartement au même étage, avec un meurtre à la clé. C’est l’examen des déjections de la chouette qui donne à Keiko l’indice déterminant pour la résolution de l’énigme. Comme lors de l’épisode 5, l’animal joue un rôle prépondérant dans le déroulement de la tragédie. On peut aussi découvrir des caractéristiques originales de ces strigidés, comme les secrets de leur vol silencieux ou du cliquettement qu’ils émettent en période de chaleurs, qui a surtout une fonction d’intimidation.

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Les épisodes 9 et 10 sont reliés. Le premier évoque tout d’abord un incendie criminel où l’assassin veut faire croire à un sinistre accidentel. Un hérisson sauvé in extremis du brasier donne à l’enquêtrice la preuve lui permettant d’acculer le coupable. A part quelques détails sur l’alimentation insectivore des hérissons, il n’y a rien de mémorable dans cette intrigue. Ensuite, vient l’histoire principale: des attaques de guêpes (avec pour conséquence chez certaines victimes un choc anaphylactique) se multiplient, causées par un mystérieux groupe pseudo-religieux, la « cloche de verre ». Les informations récoltées par le duo de détectives semblent indiquer qu’un attentat à l’essaim de guêpes doit être perpétré sous peu au musée de la police. L’intrigue est un peu tirée par les cheveux, mais est assez habile, avec des éléments de misdirection et des indices savamment disséminés (l’un en rapport avec des chauves-souris, les pipistrelles japonaises, et leur prolifération en ville lorsqu’il fait chaud et que les insectes dont elles se nourrissent pullulent, un autre en rapport avec une plante de montagne, le vératre noir, retrouvée sur les habits d’un suspect). Ce final est plutôt bien fait et s’achève par des scènes riches en suspense, mais le modus operandi des criminels se révèle bien tortueux, le moyen de parvenir à leur fin inutilement compliqué.

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En conclusion, je dirais que c’est un drama bien sympathique, loin d’être exceptionnel mais qui permet d’apprendre pas mal de choses en s’amusant. Des énigmes policières plus complexes auraient été bienvenues, mais la série a par ailleurs des atouts non négligeables: le casting est épatant, les musiques aux sonorités animales participent à la loufoquerie de l’ambiance (on notera aussi le fameux générique de fin, My Buddy, interprété par le boys band Bullet Train, avec une chorégraphie rigolote des protagonistes du drama) et les animaux sont bien filmés (tout spécialement le vol de la chouette, qui bénéficie de ralentis du plus bel effet). En somme, un divertissement plutôt intelligent (même si l’humour nippon peut laisser par moments perplexe), dans la lignée de dramas policiers thématiques tels que Biblia Koshodou no Jiken Techou (des énigmes dans l’univers des bouquinistes) ou Otenki Oneesan (des mystères où interviennent des phénomènes météorologiques rares), qui explorent des pistes pour renouveler le genre, avec plus ou moins de bonheur.  Keishichou Ikimono Gakari, sans être indispensable, est recommandable pour qui, comme moi, s’intéresse de près au monde animal.

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The Little Nyonya (Singapour, 2008)

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Produite par MediaCorp et diffusée par Channel 8, cette série en 34 épisodes (d’environ 45 minutes) est un period drama dont l’action s’étend entre les années 1930 et la période actuelle et racontant l’histoire de trois familles appartenant à la communauté Peranakan (ou Baba-Nyonya), s’attachant en particulier à décrire quatre générations successives de la famille Huang. Les Peranakan sont des descendants d’immigrants chinois installés à Malacca (en Malaisie) et Singapour. Ils possèdent une culture spécifique d’une grande richesse (que l’on a pu découvrir il y a quelques années au musée du Quai Branly, lors de l’exposition Baba Bling, ou encore grâce à des ouvrages en anglais récemment édités, comme les récits autobiographiques de William Gwee), que la série présente de façon détaillée en abordant aussi bien la gastronomie que les arts décoratifs et les us et coutumes. A vrai dire, plus que les rebondissements d’une intrigue tendant vers le mélodrame et usant parfois de grosses ficelles (mais néanmoins assez prenante), c’est la plongée dans cette culture qui m’était largement inconnue que j’ai trouvé captivante. La série bénéficie d’un budget confortable, ce qui se voit à l’écran au travers des décors et costumes somptueux.

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Je ne vais pas rentrer dans les détails du scénario concocté par Ang Eng Tee. L’histoire est celle de Huang Juxiang et de ses descendants. Juxiang (interprétée par Jeannette Aw) est née dans une famille Peranakan aisée, mais n’a cependant pas une vie facile. Elle est une enfant illégitime et de ce fait est traitée depuis son plus jeune âge comme une servante. De plus, elle est devenue sourde et muette à l’âge de 9 ans (les séquelles d’une maladie) et doit subir les moqueries et vexations de la part de ses demi-sœurs et de ses cousins.  Néanmoins, elle est plus talentueuse que les autres membres de sa fratrie, aussi bien aux fourneaux que pour la broderie. Débrouillarde et d’un tempérament têtu, elle fugue pour ne pas épouser Charlie Zhang (Desmond Sim), un homme d’affaires véreux qui lui était promis par un mariage arrangé. Elle part vivre avec un photographe japonais, Yamamoto Yousuke (Dai Yangtian), avec qui elle a une fille, Yueniang. Mais lorsque la seconde guerre mondiale éclate, sa vie prend une tournure dramatique. Yousuke, du fait de ses origines japonaises, fait l’objet d’une hostilité croissante. Plus tard, alors que les combats font rage, Juxiang et Yousuke meurent après bien des péripéties, en voulant prendre la fuite, laissant orpheline leur petite de 8 ans.

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Le huitième épisode, d’une noirceur radicale, clôt la première partie du drama par la disparition tragique de Juxiang. Dès l’épisode 9, on suit le parcours mouvementé de Yueniang (qui, à l’âge adulte, est jouée également par Jeannette Aw, ce qui est au début déconcertant pour le téléspectateur). Livrée à elle-même, la gamine retourne chez sa grand-mère maternelle Tianlan (Xiang Yun) qui l’accueille chaleureusement et lui apprend, comme elle le fit avec Juxiang, la maitrise de l’art culinaire et des broderies Peranakan. La situation de Yueniang se complique après la guerre, lorsque le reste de la famille revient d’une longue période d’exil en Angleterre: ils tolèrent tout juste sa présence et la maltraitent comme il le firent à l’égard de sa mère, lui faisant subir toutes sortes d’humiliations: on la bat, on l’insulte, on intente même à sa vie en la jetant dans un puits. Mais elle trouve tout de même une amie en la personne de Huang Yuzhu (Johanne Peh), une demi-sœur clémente et serviable, toujours prompte à prendre sa défense.  Elle a également un lien indéfectible avec Ah Tao (Ng Hui), une amah (servante) qui a une patte folle et qui la seconde avec dévouement, après avoir fait de même au service de Juxiang.

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Yueniang rencontre un fils de bonne famille, Chen Xi (Qi Yuwu) qu’elle prend initialement pour un simple employé exerçant la fonction de chauffeur. Ayant été éduqué au Royaume-Uni, il a pris ses distances avec les traditions familiales. Il souhaite épouser Yueniang, mais ses parents le contraignent à se marier avec sa cousine Zhenzhu (Eelyn Kok) à la place, une fille gâtée qui s’avère d’une jalousie maladive et est dotée d’un caractère insupportable. Yueniang, de son côté, est poussée par sa famille à s’unir avec Liu Yidao, un boucher un peu rustre qui fréquente la pègre mais qui a un bon fond. Elle refuse obstinément de l’épouser, menaçant même de se suicider, mais finit par s’accorder avec Liu pour le considérer comme un frère plutôt qu’un époux, ce que le boucher approuve en l’assurant de sa loyauté.

Yueniang, désormais émancipée de la tutelle familiale, se lance dans le commerce de plats à emporter et de tissus, mais malgré son opiniâtreté, elle pâtit de son inexpérience et se fait arnaquer à de multiples reprises. Ayant définitivement renoncé à vivre avec Chen Xi, elle épouse Paul, un avocat britannique et adopte Zuye, le fils de Yuzhu, la malheureuse étant devenue folle suite aux sévices subis de la part de Robert Zhang (Zen Chong), rejeton malfaisant de Charlie Zhang qui lui a été imposé comme mari après que celui-ci l’ait violée en la confondant avec Yueniang, sa proie de prédilection.

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Ces quelques paragraphes donnent juste un aperçu de l’intrigue tarabiscotée de la série. Certes, on ne s’ennuie pas en la regardant, mais les scénaristes ont fait dans la surenchère, par moments au détriment de la crédibilité. Le personnage de Liu Yidao, en particulier, est improbable: lors d’un épisode, il terrasse à lui seul un tigre pour offrir sa dépouille à Yueniang, dans un autre, il affronte lors d’un combat singulier un malfrat musculeux et le met hors d’état de nuire grâce à un lancer miraculeux de la lame de son inséparable couteau de boucher. Le drama est par ailleurs clairement influencé par un fameux asadora (feuilleton fleuve japonais), Oshin. Yueniang, tout comme sa mère, ont beaucoup en commun avec Oshin: le côté serviable, la ténacité face aux nombreuses épreuves qu’elles traversent, la faculté de résilience, l’esprit d’entreprise. Cependant, à mon sens Oshin est une série écrite avec bien plus de subtilité, la personnalité de l’héroïne y est plus complexe, plus nuancée sur le plan psychologique. De plus, dans la série japonaise, les protagonistes sont rarement tous blancs ou tout noirs, alors que dans The Little Nyonya, on trouve un certain manichéisme, avec notamment quelques « super méchants » dont la cruauté est sans bornes.

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Il y a pléthore de personnages négatifs, mais ce ne sont pas, et de loin, les plus intéressants du drama. Outre l’horrible Charlie Zhang, qui méprise la culture Peranakan, n’hésite pas à faire affaires avec les japonais pendant la guerre et couvre les agissements de Robert, son fils sociopathe, on trouve quelques figures féminines malveillantes, comme la matriarche Tua Ji (Lin Meijiao), qui voue une haine tenace à Tianlan et à sa descendance (Juxiang et Yueniang), ou encore la sournoise Xiufeng (mère de Zhenzhu et Yuzhu) qui méprise les serviteurs et fait preuve d’un manque d’empathie glaçant envers Yueniang. Quant à la capricieuse et manipulatrice Zhenzhu, elle s’avère finalement moins mauvaise qu’elle ne le paraissait de prime abord, en venant même à regretter son comportement passé et à faire un tardif mea culpa dans l’ultime épisode. Il est vraiment regrettable qu’une grande partie de l’intrigue soit consacrée aux turpitudes de ces protagonistes bêtes et méchants et sans réelle épaisseur psychologique. A cet égard, le scénario aurait gagné à être allégé, quitte à produire moins d’épisodes.

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Heureusement, il y a aussi des personnages attachants et positifs. Tianlan, par exemple, une servante devenue la seconde maitresse du pater familias après qu’il l’ait violée et qui se distingue par son humilité et la bonté dont elle fait preuve envers la domesticité. Citons aussi Yuzhu, la cadette de la famille Huang, bien plus aimable que ses sœurs ainées mais qui subit de tels traumatismes durant son existence qu’elle en perd la raison (Joanne Peh obtint une récompense méritée aux Star Awards 2009 pour son interprétation spectaculaire). Ou encore madame Chen, arrière grand-mère de Chen Xi, bienveillante et amatrice de bonne chère. Parmi les protagonistes secondaires, j’ai remarqué en particulier Libby (Pamelyn Chee), une amie de Yueniang qui se comporte en femme libérée et est en avance sur son temps; Da Sha, un simple d’esprit qui récolte de précieux nids d’oiseaux pour permettre à Yueniang de les commercialiser; Tianfu, frère réprouvé de Charlie Zhang contre lequel il s’oppose pour empêcher la destruction de la demeure familiale et qui, par ailleurs, est un maître reconnu dans l’art du pantun (poésie malaise).

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Il y a un autre point commun avec Oshin: des passages se déroulent à l’époque actuelle, où une Yueniang vieillissante s’entretient avec une jeune descendante de la famille, Angela, et lui raconte sa vie dans les moindres détails, finissant par lui confier un lourd secret quant à ses origines. Mais ces séquences s’intègrent à l’ensemble avec moins d’élégance que dans Oshin et paraissent parfois artificielles. C’est cependant l’occasion d’en apprendre plus sur la culture Peranakan, que ce soit les tenues traditionnelles (comme la kebaya, blouse portée par les femmes), les magnifiques lanternes porte-bonheur, richement décorées, suspendues devant les maisons ou encore les luxueuses porcelaines peintes dans des tons pastels. Au fil des épisodes, sont évoquées certaines coutumes entourant le mariage, comme celle consistant à offrir aux époux une théière (appelée kamcheng) contenant des boulettes de farine rouges et blanches (symbolisant respectivement la jubilation et la pureté) ou encore la cérémonie du berandam, savant peignage rituel de la chevelure de la future épouse. Bien sûr, les fameuses broderies Peranakan sur canevas, à l’exécution virtuose, sont longuement abordées, de même que la confection de chaussons cousus de motifs chatoyants (kasut manek). On peut trouver sur le web de nombreux sites illustrés qui permettent d’approfondir sa connaissance de ces diverses manifestations de créativité de la culture Peranakan.

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L’aspect culturel le plus présent est cependant la gastronomie. Un épisode entier est consacré à la préparation de rempah udang (riz gluant avec sauce épicée et lait de coco servi dans des feuilles de bananier, variante du pulut inti) pour le faire déguster à madame Chen. Mais bien d’autres plats sont montrés tout au long du drama: le babi pongteh (porc braisé et pimenté, garni de champignons),  le ngo hiang (émincé de porc et de crevettes en rouleau), l’achar (confit de bambou), le poulet au fruit de l’arbre keluak, l’ayam nangka (poulet agrémenté de fruits du jacquier), les kuih (assortiment de pâtisseries à base de riz), l’ang ku kueh (cake en forme de tortue rouge dont la consommation est censée apporter longévité et prospérité). Tous ces mets peuvent figurer au menu du tok panjang (« longue table »), un plantureux buffet servi pour des occasions spéciales, comme les fêtes de famille. La série s’attache à montrer comment sont cuisinés tous ces plats dont les origines variées témoignent de la culture métissée des Peranakan. En général, ces développements culinaires s’intègrent bien à l’intrigue et en constituent même l’un des attraits principaux.

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Pour conclure, j’espère avoir souligné les atouts de la fiction (essentiellement, le témoignage de la richesse du patrimoine culturel Peranakan, le drama insistant sur l’importance de sa préservation et de sa transmission aux jeunes générations). Sur le plan scénaristique, force est de constater que la série est inégale. La première partie, soit les 8 premiers épisodes, traitant du destin tragique de Juxiang et de la seconde guerre mondiale, est pour moi la plus réussie, avec quelques passages poignants. L’arc concernant la vie malheureuse de Yuzhu, son basculement dans le dénuement et la démence, d’une noirceur totale, est aussi mémorable, même si les évènements finissent par prendre une tournure excessivement dramatique. J’ai aussi aimé les séquences où des personnages interprètent un pantun car c’est une poésie d’une grande sensibilité, qui aurait mérité d’être plus fréquemment mise en avant par la série. Si je ne regrette pas d’avoir visionné The Little Nyonya jusqu’au bout, mon impression finale est assez mitigée car j’ai eu le sentiment que les scénaristes ont voulu en faire trop et ont quelquefois privilégié le suspense au détriment de l’authenticité des personnages. Mais si le drama ne saurait être qualifié de chef-d’œuvre (contrairement à Ochin), il est à recommander pour qui s’intéresse de près à cette communauté originale des Straits Settlements.

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WKRP in Cincinnati [saison 1] (USA, 1978)

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Une fois n’est pas coutume, j’ai choisi de me pencher cette semaine sur la première saison (en 22 épisodes) d’une sitcom américaine diffusée sur le réseau CBS entre 1978 et 1982. Il m’est arrivé de suivre des programmes de CBS (The Good Wife, par exemple), mais ce n’est certes pas un de mes networks favoris. Cependant, WKRP in Cincinnati est une comédie qui parvint à un niveau de qualité appréciable, grâce à la qualité de ses scripts et à sa capacité à alterner entre la franche comédie et des passages plus sérieux abordant avec justesse des problèmes de société. Racontant les mésaventures du personnel d’une station de radio de Cincinnati dédiée à la musique rock, cette création de Hugh Wilson connut des hauts et des bas en terme d’audience mais est restée un classique de la télévision américaine, certains épisodes mémorables y étant devenus cultes. La série, qui n’a à ce jour pas été diffusée en France, a fait l’objet récemment d’une édition DVD où de nombreux morceaux de musique des seventies intégrés à la bande originale ont pu être restitués (auparavant, ils avaient dû être remplacés par d’autres titres à cause de problèmes de droits d’auteur exorbitants).

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Il y eut bien d’autres séries anglo-saxonnes ayant pour cadre une station radiophonique. Je n’en citerai que quelques unes, qui m’ont particulièrement marqué: en Grande-Bretagne, Shoestring, où un détective joué par Trevor Eve animait une émission de radio pendant laquelle il recevait les requêtes de ses clients potentiels et plus près de nous Takin’ Over the Asylum, avec David Tennant, qui raconte la création d’une station dans un hôpital psychiatrique de Glasgow; côté américain, j’ai un très bon souvenir de Remember WENN sur AMC, une sitcom de Rupert Holmes se déroulant dans les studios d’une radio de Pittsburg dans les années 1930. La réussite de WKRP tient sans doute beaucoup à la personnalité de son créateur, Hugh Wilson, qui mit à profit son expérience personnelle de vendeur d’espace publicitaire pour une radio d’Atlanta (WQXI), les personnes qu’il y a côtoyé ayant servi de modèles pour caractériser les protagonistes principaux de la série. Ceux-ci sont tous plus ou moins déjantés et, s’ils paraissent initialement comme des archétypes, gagnent en épaisseur au fil des épisodes et acquièrent des personnalités complexes. Leur interprétation est sans faille, ce qui contribue à les rendre attachants et crédibles.

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Le pilote s’étale sur deux épisodes. Il n’est pas aisé de débuter une sitcom de façon satisfaisante mais la série propose un script amusant pour nous introduire dans cet univers. Au départ, WKRP est une radio en perte de vitesse, qui diffuse essentiellement de la musique d’ascenseur. Andy Travis, le nouveau directeur des programmes (incarné par Gary Sandy) a d’emblée pour ambition de donner un coup de jeune à la station, en proposant de la musique rock. Le dirigeant de WKRP, Arthur Carlson (Gordon Jump) est initialement réticent, mais finit par y consentir, en considérant la perspective de profits substantiels pour son entreprise. Le lymphatique DJ Johnny Caravella se transforme alors aussitôt en un animateur endiablé, le Dr Johnny Fever (il est joué par Howard Hesseman).

Le changement ne va pas sans heurts pour WKRP, qui perd quelques fidèles sponsors (dont une maison de retraite et un fabricant de chaussures orthopédiques) et doit faire face à la vindicte d’un groupe de seniors remonté à bloc qui investit les studios pour demander le retour de la musique d’ascenseur. Andy, le seul personnage à peu près ordinaire de la série, doit non seulement faire face à cette crise imprévue, mais aussi composer dès son arrivée avec les exigences de la mère d’Arthur Carlson, la redoutable Mama (Carol Bruce), une femme froide et autoritaire qui détient les cordons de la bourse.

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Parmi le personnel de la station, on trouve Less Nessman (Richard Sanders), un journaliste toujours tiré à quatre épingles qui a l’ingrate mission de présenter des flashs d’information sur une antenne essentiellement musicale. Un peu vieux jeu, Less est également maladroit (il lui arrive de mal lire les dépêches d’agences et de les transmettre de façon totalement erronée) et maniaque (il dispose d’un bureau dans un espace ouvert, mais a tracé tout autour une ligne en pointillé, avec interdiction de la franchir, tout cela pour bien délimiter son territoire réservé). Il y a également Herb Tarlek (Frank Bonner) qui s’occupe du marketing: il est vantard, imbu de lui même, ses idées pour promouvoir WKRP fusent mais s’avèrent souvent foireuses.

Il y a aussi Venus Flytrap (Tim Reid), dont le nom est de toute évidence un pseudonyme, c’est le DJ de la programmation nocturne, il est décontracté et affectionne les tenues à la dernière mode. Le personnel féminin se compose de Bailey Quarters (Jan Smithers), une jeune femme timide mais ambitieuse qui s’occupe des contrats publicitaires mais rêve de présenter sa propre émission, sans oublier Jennifer Marlowe, la réceptionniste au physique très avantageux (Loni Anderson), sans cesse courtisée par de riches prétendants et qui, loin d’être simplement décorative, se révèle au fil des épisodes avoir de la suite dans les idées et être capable tenir tête à ses supérieurs (ainsi, elle refuse de rendre le moindre service à Arthur, même de lui servir un café, car ce n’est pas stipulé dans son contrat de travail).

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Outre Jennifer, les personnages les plus drôles sont selon moi le fantasque Johnny Fever, avec sa dégaine de cowboy et ses annonces décalées à l’antenne et Arthur « Big Guy » Carlson, très bonne pâte avec ses employés, d’une naïveté confondante et qui a gardé une âme d’enfant (dès qu’il est seul dans son bureau, il aime faire joujou avec une voiture télécommandée, un mini panier de basket ou d’autres dérivatifs puérils pour tromper son désœuvrement).

Examinons à présent les épisodes de cette première saison. Il est à noter que dans sa première moitié, ils sont un peu inégaux, la série se cherche et certains scénarios ne sont pas très inspirés. C’est le cas de Preacher, pourtant écrit par Bill Dial, qui signa quelques un des meilleurs épisodes. Le conseil interreligieux de Cincinnati vient à WKRP se plaindre des émissions du révérend Pembrook, qui sous couvert de prêcher la foi, vend toutes sortes de colifichets pseudo-catholiques comme un rideau de douche « Jean-Baptiste » ou un couteau à viande dit « de la Mer Morte ». Pembrook, un ancien champion de catch, n’est pas du genre accommodant et refuse de modifier ses sermons mercantiles. Il est hautement improbable qu’une émission telle que la sienne, avec du chant gospel, soit diffusée sur une radio de musique rock, de plus le personnage du révérend est totalement improbable. La chute de l’épisode est cependant délectable. Bailey’s Show développe aussi une histoire qui laisse à désirer, avec l’apparition d’un pseudo-scientifique maboul interviewé par Bailey, alors qu’elle vient d’obtenir sa propre émission d’entretiens en direct. L’actrice qui jouait Bailey était dans cette première saison peu à l’aise dans son rôle, centrer un épisode sur son personnage n’était sans doute pas une bonne idée.

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Il y a deux épisodes que j’ai aussi moins apprécié, qui s’attardent sur la vie sentimentale des employés de la radio. Love Returns développe une histoire mièvre autour des relations d’Andy Travis avec son ex, mais a une intrigue secondaire plaisante où WKRP organise un concours pour les auditrices dont les gagnantes obtiennent un rendez-vous galant avec l’un des DJ. Never leave me, Lucille traite de la séparation entre Herb et sa femme Lucille (Edie McClurg) de façon bien plan-plan, mais a tout de même une scène drôle vers la fin, où Jennifer et Lucille dinent dans un restaurant et reçoivent à leur table une flopée de consommations gratuites, cadeaux des nombreux admirateurs de la réceptionniste présents dans la salle. On peut aussi avoir des réserves sur d’autres épisodes. Dans Young Master Carlson, le fils du « Big Guy », âgé de 11 ans, débarque à la station: ce militaire en herbe bardé de médailles fait un rejeton bien invraisemblable, mais certaines répliques à son encontre sont hilarantes. Tornado, où un ouragan frappe la ville et où Carlson sauve la vie d’une fillette lors d’un entretien téléphonique retransmis en direct, a quelques bonnes idées, mais fait intervenir un groupe de touristes japonais très cliché, mitraillant tout avec leurs appareils photo et multipliant les courbettes.

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On trouve aussi deux épisodes un peu étranges. Mama’s Review donne la part belle à la terrible Mama Carlson, qui menace de couper les crédits de la station, mais consiste essentiellement en un récapitulatif des épisodes précédents (en fait, la série avait été retirée de l’antenne durant la diffusion de la saison 1, avant de revenir deux mois plus tard, cet épisode servant surtout à rafraîchir la mémoire des téléspectateurs). Hold up est une histoire alambiquée avec un sponsor douteux, fournisseur d’équipement acoustique à la fiabilité toute relative et un DJ au chômage qui braque sa boutique pour se venger d’avoir été remplacé par des machines. La fin n’est pas très convaincante.

Cependant, la majorité des épisodes sont très réussis. Hoodlum Rock a pour guests les membres d’un groupe en vogue à l’époque, Détective, qui interprètent des rockers punk destroy qui saccagent leur chambre d’hôtel et multiplient les outrances pour se faire de la publicité. Les on a Ledge serait considéré aujourd’hui comme politiquement incorrect. Less Nessman, mortifié par la rumeur courant dans les couloirs de la radio qui le prétend homosexuel, menace de se suicider en se jetant de la fenêtre du bureau de Carlson, alors que ses confrères font tout pour le dissuader de passer à l’acte. Du bon comique de situation. Turkey’s Away est un grand classique, l’épisode le plus fameux, celui où Carlson conçoit une « géniale » opération publicitaire: à l’occasion de Thanksgiving, un avion rempli de dindes doit selon ses plans survoler Cincinnati et larguer les volailles, mais le « Big Guy » qui pensait en toute bonne foi les voir voler en essaim au dessus de la cité constate bientôt les dégâts! Le reportage de Les, où il décrit  le lâcher de dindes en des termes rappelant le célèbre commentaire du filmage de la catastrophe du Hindenburg, vaut son pesant de cacahouètes.

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L’épisode double Goodbye Johnny / Johnny comes back, où le DJ quitte la station pour aller travailler à L.A. mais revient finalement (après avoir été viré pour avoir proférer des gros mots à l’antenne) et constate qu’il a été remplacé par un certain Doug Winner, est surtout notable pour la seconde partie, où Fever finit par confondre Doug, qui sous des dehors aimables de gendre idéal, s’avère être de mèche avec une maison de disques pour diffuser de préférence les artistes qu’elle produit. I want to keep my baby, où une jeune mère abandonne son bébé dans le studio de Dr Fever, l’obligeant à pouponner tout en animant son émission musicale, est écrit avec sensibilité et évite d’avoir une conclusion trop prévisible.

Fish story est l’épisode le plus fou, le plus loufoque. Hugh Wilson n’avait pas du tout confiance en écrivant le scénario, car il l’a signé du pseudonyme de Raoul Plager. Pourtant, c’est hilarant, aussi bien l’histoire de la campagne contre l’alcoolisme au volant où les DJ testent leurs réflexes en direct après avoir bu une quantité croissante de bocks de bière que celle où Herb se déguise en carpe pour incarner la mascotte de la station (tout simplement car le sigle WKRP évoque à l’oreille la carpe) et se chamaille avec la mascotte de la radio concurrente WPIG (un cochon, bien entendu). The contest nobody could win est aussi une des réussites de la saison: Fever ayant malencontreusement annoncé que le prix d’un jeu concours, la « musique mystère », est de 5000 dollars (au lieu de 50), la radio doit corser le jeu pour s’assurer que personne ne gagne, en demandant d’identifier une suite d’extraits musicaux ultracourts. Mais c’est sans compter sur les forts en thèmes qui composent l’auditorat de la station et qui pourraient bien s’avérer ruineux pour Carlson !

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A date with Jennifer est surtout intéressant pour les excentricités de Less Nessman, qui demande à la réceptionniste de l’accompagner à un banquet où il doit recevoir un prix mais où il ne veut pas se montrer seul. Pour l’occasion, il se ridiculise en arborant une perruque imposante. C’est aussi à partir cet épisode que deux clans se forment à la radio, les BCBG (Les et Herb en tête) et les décontractés (où l’on trouve venus Flytrap et Johnny Fever). I do, I do… for now fonctionne comme un petit vaudeville: il s’agit pour Jennifer de faire croire à son ancien fiancé, un chanteur de country (joué par Hoyt Axton) qu’elle est mariée à Johnny Fever, mais ce dernier multiplie les bourdes, menaçant de vendre la mèche. C’est lors de ce sympathique épisode que l’on découvre l’intérieur cosy du luxueux appartement de Jennifer, qui s’avère être la mieux payée parmi le personnel de WKRP.

A commercial break, où le principal annonceur de la station devient une entreprise de pompes funèbres, pose une question éthique: les employés doivent-ils se plier à ses exigences et enregistrer une chanson publicitaire enjouée pour les conventions obsèques ou bien juger cela nuisible à l’image de la radio et refuser le contrat juteux qui leur est proposé? Enfin, toujours dans un registre plus sérieux, Who is Gordon Sims? est centré sur Venus: on y découvre sa véritable identité et le fait qu’il fut un déserteur lors de la guerre du Vietnam, après avoir combattu jusqu’à Saïgon. L’épisode comporte un monologue émouvant du DJ sur les horreurs dont il a été alors témoin. Ce passage montre clairement qu’à ce stade, la série voulait être plus qu’une simple comédie.

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Cette première saison montre bien par moments quelques faiblesses, mais comprend quelques épisodes mémorables, qui jouent sur différents registres. Bien sûr, comme dans les autres sitcoms de l’époque, on retrouve les rires enregistrés lors du tournage en studio, face à un public réceptif. A première vue, c’est une comédie américaine typique, mais au fil de la saison, on découvre que c’est un programme spécial, plus ambitieux que ce à quoi on pouvait s’attendre. Personnellement, ma préférence va toujours, pour les comédies vintage, à l’humour british, mais j’avoue trouver WKRP in Cincinnati très plaisant à suivre (je n’ai par contre pas encore vu la série de 1991, The new WKRP in Cincinnati, qui est réputée être inférieure à l’originale). J’ai visionné en partie la seconde saison, elle est dans la lignée de la première, avec cependant un épisode très particulier, In Concert, réalisé en réaction au drame survenu en décembre 1979 lors d’un concert des Who à Cincinnati, où 11 personnes périrent dans un mouvement de panique de la foule. Si vous maitrisez l’anglais américain, si vous aimez la musique pop/rock des années 70, les capsules temporelles délicieusement rétro et l’humour débridé voire absurde, vous trouverez sans doute là votre bonheur.

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Počivali u Miru [saison 1] (Croatie, 2013)

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Encore une nouvelle destination cette semaine: la Croatie, un pays qui produit depuis quelques années des séries de bon niveau qui se font remarquer dans les festivals. Malheureusement, bien peu disposent de sous-titrages à ce jour, cependant c’est le cas de la première saison de Počivali u miru (titre anglais: Rest in Peace), diffusée en 2013 par HRT (Hrvatska Radiotelevizija). Les 12 épisodes qui la composent, d’une durée de 45 minutes, sont autant d’aperçus de la société croate des dernières décennies, à travers une fiction carcérale où se succèdent des histoires d’anciens prisonniers disparus, le plus souvent tragiques voire poignantes. Le budget étant très restreint, la réalisation (de Goran Dkic, Kristijan Milic et Goran Rukavina) est loin d’être impressionnante, mais la série tire sa qualité de la force de son écriture, ainsi que de l’attachant duo d’enquêteurs dont nous suivons les investigations. Le générique est bizarre et vaguement inquiétant: sur une musique lancinante de Davor Devcic, on y voit des morts se relever de leurs tombes dans les allées tâchées de sang d’un cimetière. Après cette entrée en matière peu engageante, et malgré l’austérité des décors, la série est une bonne surprise, égrenant des scénarios captivants et d’une grande noirceur.

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Lucija Car est une jeune journaliste de télévision (interprétée par Judita Frankovic) envoyée par sa chaîne effectuer un reportage sur une prison désaffectée des environs de Zagreb, Vukovscak. Construit il y a une centaine d’années, c’est le plus ancien établissement pénitentiaire de Croatie, aujourd’hui en passe d’être détruit. Il accueillait des détenus des deux sexes, dans des bâtiments séparés. En visitant ce lieu décrépit à l’atmosphère lugubre, Lucija découvre dans un terrain attenant un cimetière où reposent les prisonniers morts en détention et non réclamés par leurs familles. Sur les croix impersonnelles ne figurent que des numéros, ce qui aiguillonne sa curiosité, la poussant à découvrir les identités de ceux qui ont été enterrés ici, ainsi que leur parcours de vie et les causes de leurs décès.  Lors de son arrivée, des ouvriers exhument lors de travaux d’excavation un faux cadavre en paille qui reposait au fond d’une fosse. Intriguée par le fait qu’un prisonnier s’est visiblement fait passer pour mort en bénéficiant de complicités, Lucija consulte les registres des personnes enterrées et constate que ce taulard évaporé, connu sous le nom de Zdenko Jurkovic, a un passé trouble d’informateur des services secrets et a bénéficié d’un faux certificat de décès pour une raison mystérieuse.

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Lucija obtient l’aide d’un ancien maton, Martin Strugar (Miodrag Krivokapic), un paisible retraité qui connait l’histoire de la prison comme sa poche et se souvient avec netteté des détenus qu’il a côtoyé quotidiennement. Martin était un gardien à poigne, qui n’hésitait pas à manier la matraque, mais aujourd’hui il semble bien inoffensif, passant son temps à construire des maquettes de bateaux et à jouer aux échecs. Mais sous ses airs débonnaires, il est hanté par un terrible secret, quelque chose d’inavouable qu’il a commis dans l’exercice de ses fonctions et qu’il refuse obstinément de confier à la jeune femme. Ses relations avec Lucija sont par ailleurs très amicales, les deux s’estiment mutuellement et se complètent bien.

Ensemble, ils vont collaborer pour déterrer le passé des morts anonymes et réaliser un reportage sur chacun d’eux, pour qu’ils sortent enfin de l’oubli. La journaliste et son compère s’avèrent d’une efficacité redoutable, mettant au jour des faits douloureux que certains préféreraient ne pas voir ressurgir. Lucija fait vite l’objet de pressions pour la contraindre à interrompre ses recherches, elle reçoit des lettres de menaces anonymes, mais elle ne se laisse pas intimider. De plus, la direction de la chaîne de télé qui l’emploie décide de la suspendre de ses fonctions, jugeant son travail d’investigation morbide et indécent. Malgré tout, elle poursuit obstinément ses enquêtes, poussée par le désir ardent de faire éclater la vérité sur les disparus.

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Chaque épisode de la série explore le passé d’un détenu en particulier, en multipliant les flashbacks pour dévoiler peu à peu des pans de leur parcours. Parallèlement, les liens de Lucija avec sa famille son abordés brièvement. Ses relations  avec sa mère Katja (Jasna Odorcic) sont houleuses, celle-ci lui reproche de fumer comme un sapeur et semble lui cacher des choses à propos du décès tragique de son père. Elle a cependant beaucoup d’affection pour son frère handicapé Goran (Ivan Ozegovic), qui lui apporte son soutien moral. Lucija est par ailleurs l’amante de Boris Drobnjak, un riche politicien qui trempe dans des affaires louches. Elle est aussi courtisée par Branko, un inspecteur de police (incarné par Zijad Gracic) qui lui fournit à l’occasion de précieux renseignements sur le background des anciens prisonniers.

L’entourage de Martin est plus restreint. On apprend au cours de la saison qu’il a eu une fille prénommée Lijana, mais il se montre élusif lorsqu’on lui demande ce qu’elle est devenue. Il rend parfois visite à une amie, une ancienne matonne, Josipa (Nada Gacesic) qui n’était pas un modèle d’intégrité parmi les gardiennes (elle n’hésitait pas à demander de l’argent aux détenus en échange de ses services) mais est devenue une aimable vieille dame. Les mystères du passé tourmenté de Martin, ainsi que l’identification de l’énigmatique collaborateur des services secrets qui s’est fait passer pour mort et aurait commandité un assassinat au sein même de l’établissement (Jurkovic) constituent les fils rouges de la série.

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Chaque épisode narre une histoire spécifique, le tout formant un ensemble très varié. Le second épisode relate le destin tragique d’une jeune danseuse de bar, Irena Lolic, dite Lola, qui s’est suicidée en avalant du verre pilé après avoir été constamment exploitée durant sa courte vie d’adulte. Dès le troisième épisode, le contexte politique est très présent avec l’histoire de Predrag, un prisonnier qui dut son incarcération à un sombre complot dont il fut la victime innocente et qui fut battu avant d’être égorgé par des codétenus parce qu’il était serbe (le drame se déroulait à l’époque de la guerre d’indépendance de la Croatie). Martin, qui s’était pris d’amitié pour le pauvre homme, s’en prit alors violemment à ses bourreaux.

Le quatrième épisode apporte un éclairage sur les conditions de vie difficiles des plus modestes dans les années 90. C’est l’histoire de deux copines, Diana et Sara, détenues suite à un braquage raté. Les deux femmes, caissières de supermarché, ont basculé dans le banditisme car elles ne parvenaient pas à survivre avec leurs maigres revenus, mais une fois en détention, elles sont séparées avant que l’une d’elles décède inopinément, plongeant l’autre dans un profond désarroi

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L’épisode 5 nous transporte à l’époque où la Croatie était une république socialiste. Le détenu dont il est question, Marko, a été victime d’une méprise. Il a été arrêté car il a été confondu avec un homonyme, suspecté d’anticommunisme et de comportement antiétatique. Marko clame qu’il y a eu erreur sur la personne, mais on ne l’écoute pas. Pire: lors d’un interrogatoire musclé, il tue accidentellement le flic qui voulait le tabasser, plongeant ainsi involontairement dans la criminalité, avant qu’un autre détenu ne lui fasse la peau.  Comme dans d’autres épisodes de la série, le malheureux détenu est victime de la malchance et sa situation est le comble de l’injustice.

Dans le sixième épisode, le défunt, un certain Dukic, s’est suicidé en prison en sautant du toit d’un bâtiment. Il a été puni pour avoir trempé dans une arnaque, un système de vente pyramidale qu’un homme d’affaires véreux lui avait présenté comme un moyen sûr et légal de gagner de l’argent. Dukic a payé cher sa naïveté, une fois en prison sa famille s’est détournée de lui et son épouse a demandé le divorce. En arrière-plan, cette histoire pointe les abus du capitalisme dans les années 90, une période de libéralisation effrénée qui vit émerger nombre de profiteurs sans scrupules.

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L’épisode 7 a un sujet un peu plus léger, éloigné de toute préoccupation politique. Il s’agit d’un crime passionnel commis en prison. Le détenu, Pero, était un grand séducteur et a entrepris de faire la cour à une matonne, tout en continuant de fréquenter d’autres femmes. Mal lui en a pris.  L’épisode suivant voit Lucija enquêter sur un autre meurtre en détention, commis à l’encontre de Danijel Dragun, un membre du parti démocrate croate qui fut emprisonné pour détournement de fonds publics. La journaliste découvre qu’il fut en réalité un bouc émissaire et que des pontes de son parti étaient impliqués jusqu’au cou dans une nébuleuse affaire de trafic d’armes, où le sulfureux Zdenko Jurkovic refait enfin surface (ce personnage inquiétant est incarné par Dragan Despot).

Le neuvième épisode est une histoire de vengeance par le sang. Bekim Halijaj s’est arrangé pour se faire incarcérer, avec pour objectif de tuer un skinhead en prison pour avoir tabassé à mort, avec sa bande, son ami homosexuel. Mais une fois son forfait accompli, il est lui même l’objet d’une vendetta sans pitié. Cette intrigue souligne les dérives du communautarisme et dénonce la persistance de l’homophobie en Croatie, certes présentée ici sous son aspect le plus extrême.

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C’est à nouveau une pure victime qui nous est présentée dans l’épisode 10. Dario Marek était un jeune détenu de 18 ans, dépressif, il s’est pendu dans sa cellule. Il avait été accusé d’avoir écrasé un piéton au volant de sa voiture, alors que c’était un de ses potes qui conduisait alors qu’il était endormi à l’arrière du véhicule. Comble de malchance, un témoin a fait un faux témoignage en sa défaveur, le laissant dans un total désarroi, avec le sentiment d’avoir été trahi par celui qui se prétendait son ami le plus cher. Une fois de plus, une histoire tragique et déprimante.

Les deux derniers épisodes offrent des intrigues intenses, mais au prix de coïncidences parfois difficiles à avaler. En effet, les proches de Lucija se trouvent successivement impliqués dans les affaires sur lesquelles portent ses investigations. Dans le onzième épisode, Juraj Hrenovic, employé senior d’une société financière, a été coffré pour fraude avant de périr de mort naturelle en prison. Il a fait office de fusible et a payé pour les malversations d’un supérieur hiérarchique. Nikola Car, journaliste et défunt père de Lucija, a à l’époque enquêté à sa demande et décéda peu après d’une attaque dans des circonstances troublantes. De plus, il apparaît que le petit ami de Lucija, Boris, était impliqué dans ce scandale financier, emblématique des privatisations sauvages de l’ère postcommuniste.

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Enfin, l’ultime épisode de la saison, le plus dur est le plus émouvant, fait la lumière sur les ombres du passé de Martin et les circonstances de la disparition de sa fille Ljiljana (Buga Zuparic). C’est une remarquable étude psychologique portant sur l’incompréhension entre un père protecteur et une fille avide de s’émanciper de la tutelle parentale. Comme d’habitude, il ne faut pas compter sur un happy end, la série est résolument pessimiste, de bout en bout.

Le portrait de la société croate (en particulier durant des années 1990) que dresse la fiction est sans concessions: prévalence de la pauvreté, du désenchantement, dérégulation brutale ayant entrainé la multiplication des fortunes douteuses, corruption et malversations omniprésentes.  De plus, d’une façon surprenante, la série dénonce le racisme anti-serbe exacerbé des ultranationalistes. Počivali u miru appuie là ou ça fait mal, tout en présentant des protagonistes principaux dotés de qualités humaines certaines. En particulier, Martin Strugar a une personnalité intéressante: il fut loin d’être un saint au cours de sa carrière, ne maitrisant pas toujours ses pulsions violentes, mais a gagné en humanité en prenant de l’âge, posant un regard critique, non dénué de remords, sur l’homme qu’il a été. Les nombreux flashbacks permettent de bien se rendre compte de l’évolution de sa mentalité. Lucija, de son côté, ne sort pas indemne de ces enquêtes, les détenus ayant subi un triste sort finissant par hanter ses cauchemars, mais gagne en lucidité et en empathie. Je n’ai pas encore vu la seconde saison mais j’espère qu’elle aura su conserver l’ âpreté et l’intelligence aiguë de la première, même si quelques épisodes plus souriants et légers ne seraient pas de refus, de temps en temps.

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La couronne du diable / The devil’s crown (Grande-Bretagne / France, 1978)

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C’est une série historique injustement méconnue que je vous présente cette semaine. Une coproduction entre la BBC et…TF1 (à l’heure actuelle, il serait bien surprenant que TF1 programme une telle fiction, le niveau de la chaîne privée a visiblement beaucoup baissé depuis!), qui raconte le destin de la famille Plantagenêt,  en s’intéressant plus particulièrement à Henri II, à son épouse Aliénor d’Aquitaine et à leur turbulente descendance (sans surprise, Richard Cœur de Lion et Jean sans Terre y occupent successivement les premiers rôles). En 13 épisodes d’une cinquantaine de minutes, la série est disponible avec un doublage français sur le site de l’INA et en VO sur YouTube (il n’y a pas à ce jour d’édition DVD outre-Manche, ce qui est bien surprenant). La VF est de bonne qualité, les voix ne manquent ni d’emphase ni de conviction, néanmoins ma préférence va à la version originale, car The devil’s crown se distingue, outre par des dialogues brillants, par les performances marquantes de ses acteurs principaux, à la théâtralité assumée.

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En découvrant le premier épisode, j’avoue que ma première impression visuelle fut assez réservée. Les décors, bien que colorés et plongeant le spectateur dans une ambiance typiquement médiévale, me semblaient artificiels et kitchissimes. Cependant, je n’avais pas encore saisi quelle était la démarche des réalisateurs. Le budget dont ils disposaient étant très limité, ils ont opté, en lieu et place des décors naturels, pour une toile de fond évoquant les enluminures des vieux manuscrits, les rinceaux et palmettes (courbes végétales stylisées), les miniatures de couleurs vives montrant avec vivacité des scènes du quotidien, les tableaux primitifs de l’époque où figurent des représentations imagées de châteaux forts et autres imposantes bâtisses, les splendides vitraux à la gloire de la foi chrétienne…en bref, toute une imagerie évocatrice de l’époque. Certains décors sont magnifiques, d’autres moins, mais la série se caractérise par le soin esthétique apporté à la reproduction de la patine des anciens textes calligraphiés dans les scriptoria. Une démarche qui rappelle un peu celle du dessin animé Brendan et le Secret de Kells, avec certes des moyens techniques bien plus modestes.

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Certains plans présentent une image compartimentée, évoquant les diptyques ou les illustrations pieuses des livres d’heures. L’iconographie religieuse est très présente, les crucifix de style roman ou incrustés de pierreries abondent, tandis que chaque épisode s’ouvre sur un discours solennel de la voix off accompagnant la vision d’un gisant de la crypte familiale des Plantagenêts. Les gisants constituent le fil rouge de la fiction, les vivants leur rendent visite pour se recueillir devant eux et, par leurs tirades, nous éclairer sur leurs relations passées avec leurs proches défunts. Il y a même une scène où Jean sans Terre embrasse sur la bouche le gisant de sa mère Aliénor. Les monologues des personnages principaux, déclamés avec grandiloquence, émaillent le récit en lui apportant une profondeur  et une intensité dramatique inhabituelle pour une série télévisée historique, même à cette lointaine période qui suivait de peu l’éclatement de l’ORTF.

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Les scénaristes,  Ken Taylor (connu pour son travail sur The Jewel in the Crown) et Jack Russell (qui a participé à l’écriture de Poldark en 1975) se sont surpassés: les répliques sont ciselées, souvent empreintes d’humour et avec un sens aigu de la formule qui fait mouche. Les dialogues ont une indéniable qualité littéraire, sans paraître trop irréalistes. La palme des meilleures réparties revient sans conteste à Eleanor d’Aquitaine, incarnée par Jane Lapotaire, très inspirée par ce rôle emblématique. Les relations entre Henri II et Eleanor sont orageuses et cette dernière manie comme personne l’ironie, multipliant les répliques mordantes à l’encontre de son royal époux. Eleanor est la grande vedette de la série, où elle est présentée comme une femme de tête, indépendante et d’une grande intelligence, qui sait parfaitement manœuvrer à sa guise les puissants mâles de son entourage. La série s’attache, au travers de la reine, à mettre en évidence l’étendue de l’influence dont pouvaient bénéficier les femmes de haute lignée au Moyen-Age, un constat tempéré par le fait que les filles des représentants de la noblesse servaient souvent de monnaie d’échange, étant réduites au statut de pions sur l’échiquier politique des puissances monarchiques.

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Brian Cox est formidable dans le rôle d’Henri II, un monarque à la forte personnalité, qui après s’être fait couronner roi d’Angleterre, tient tête au roi de France Louis VII, qui est son suzerain. La série insiste sur ses rapports conflictuels avec ses fils, qui se jalousent les uns les autres et l’accusent volontiers de ne pas les traiter équitablement. D’interminables bisbilles les opposent pour déterminer qui héritera de quels territoires continentaux. L’Aquitaine, le Maine, l’Anjou constituent des pommes de discorde récurrentes. Les problèmes familiaux exaspèrent au plus haut point ce roi bourru et autoritaire, qui ambitionne de consolider son pouvoir en amadouant ses rivaux. Mais, s’il finit par se réconcilier avec Louis VII (Charles Kay), il s’opposent frontalement aux desseins de son successeur, Philippe-Auguste (Christopher Gable). Ce dernier est dépeint comme un monarque à la froideur impitoyable, un oiseau de mauvais augure toujours vêtu de sombre doublé d’un redoutable politicien, capable de profiter des division entre Plantagenêts en faisant des rejetons d’Henri II (Richard et Jean) des alliés de circonstance.

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Un point d’Histoire fait l’objet d’un long développement dans la série: les relations entre Henri II et Thomas Beckett (interprété par Jack Shepherd, que j’ai pu voir dans une intéressante minisérie des années 70 sur les arcanes du parti travailliste anglais, Bill Brand). Archidiacre puis chancelier d’Angleterre avant d’être nommé archevêque de Canterbury, c’est un homme d’église intransigeant. Ses relations avec Henri, initialement cordiales, se dégradent vite, car pour lui l’intérêt de la religion prévaut sur tout autre, y compris l’intérêt de la royauté. Malgré son bégaiement, c’est un redoutable débatteur, habité par une foi sincère (une scène le montre brandissant une imposante croix en direction de ses contradicteurs).

La série consacre deux épisodes aux incessantes querelles entre lui et le roi, évoquant par exemple l’opposition de Beckett aux constitutions de Clarendon, qui instituaient un contrôle royal sur l’élection des prêtres ainsi que des mesures juridiques plus contraignantes pour eux. L’opposition entre les deux hommes est âpre, mais après l’assassinat de l’archevêque en pleine cathédrale de Canterbury, Henri est rongé par le remord et va s’agenouiller devant la statue du saint homme en guise de pénitence, s’adressant à lui avec contrition. On peut regretter que la série passe un peu rapidement sur la fin brutale de Thomas Beckett, après avoir décrit en détail son bras de fer avec le souverain, en le présentant de façon ambiguë, comme un homme de conviction courageux mais rongé par l’ambition et quelque peu ingrat à l’égard de son souverain.

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Autre acteur ayant tiré la fève, Michael Byrne incarne Richard Cœur de Lion, le successeur d’Henri II. Il apparait dans la série fougueux et impulsif, un va-t-en-guerre valeureux mais brouillon, qui aime par dessus tout la compagnie de ses fidèles compagnons d’armes (au premier rang desquels figure Guillaume le Maréchal). Philippe-Auguste souhaite ardemment qu’il épouse sa demi-sœur Alix, mais Aliénor a d’autres visées matrimoniales pour lui et organise son mariage avec Bérengère de Navarre (Zoë Wanamaker), un choix guidé par la volonté de ne pas offenser la papauté. Les dignitaires du royaume de Navarre sont dépeints de façon peu flatteuse, mais ce n’est pas le cas de la princesse qui se lie avec Richard, dont le caractère est empreint de douceur et de sensibilité.

Cependant, la série opte le point de vue en vogue à l’époque de sa diffusion, selon lequel Richard aurait été homosexuel. Un plan le montre dénudé, allongé lascivement devant un éphèbe, un serviteur musclé seulement vêtu d’un pagne. Cette vision de Richard gai est contestée de nos jours et n’est plus autant dans l’air du temps pour les historiens. Par ailleurs, le portrait qui est dressé du personnage est ambivalent: il est audacieux certes, mais pas toujours d’une grande prudence. Ainsi, il échoue à traverser l’Autriche incognito et est fait prisonnier. Il est libéré par sa mère contre une forte rançon: comme il est le fils préféré d’Aliénor et elle s’est démenée comme un beau diable pour réunir la somme exigée. Aliénor n’est pas avare de conseils à lui prodiguer et n’hésite pas à le houspiller à l’occasion, comme lorsqu’il revient d’Autriche avec de l’embonpoint, mais est toujours bienveillante à son endroit. La mort prématurée de Richard, survenue lors du siège du château de Châlus Chabrol, constitue un choc pour elle.

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Vient ensuite Jean sans Terre, qui bénéficie de l’interprétation habitée de John Duttine. Le personnage a mauvaise réputation, mais la série ne le montre pas sous un jour entièrement négatif, plutôt comme un individu à l’esprit torturé, qui s’interroge avec angoisse sur Dieu et sa propre foi (quelques scènes le représentent en train de méditer devant un crucifix), qui peut agir de façon inconsidérée (comme lorsqu’il retient, contre l’avis de sa mère, son neveu Arthur en captivité pour le motif d’avoir incité les bretons à se rebeller). La fiction souligne ses relations conflictuelles avec le pape Innocent III, en particulier le désaccord portant sur la nomination de l’archevêque de Canterbury, querelle à laquelle prit part le cardinal Stephen Langton (joué par Clifford Rose, l’inoubliable Ludwig Kessler de Secret Army).

D’autre part, jean doit faire face aux revendications des barons anglais, qui contestent le bien fondé de sa gouvernance et veulent lui imposer la Magna Carta. Jean est présenté comme un piètre stratège militaire, peu doué pour la diplomatie et peu soucieux des règles de droit. D’un autre côté, il aime réellement l’Angleterre, plus que Richard qui était préoccupé au premier chef par ses possessions continentales, comme en témoigne un passage où, dans un monologue inspiré, il fait l’éloge vibrant de son pays. Des trois souverains abordés dans la série, c’est celui qui a la personnalité la plus sombre et complexe. Son destin tragique prend des accents shakespeariens. Si la fiction ne contribue pas à le réhabiliter en tant que souverain, elle ne le présente pas comme quelqu’un de foncièrement antipathique, plutôt comme la victime de ses errements successifs.

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La couronne du diable constitue une formidable fresque médiévale. Le sujet est classique, mais la série apporte un point de vue original sur ces grandes figures historiques, loin de tout académisme. La représentation des batailles est minimaliste (dans le cas des croisades, elles nous sont présentées au moyen d’une carte sommaire de la région, tandis que le siège fatidique de Château-Gaillard ne fait l’objet que d’une courte séquence où elle est illustrée par le croquis de deux bataillons montés sur des destriers entrant en choc frontal), mais ce sont les dialogues flamboyants et l’humour pince-sans-rire des répliques qui en font une fiction historique haut de gamme. Si les décors divisèrent les critiques lors de la première diffusion (certains les considéraient inférieurs à ceux d’I Claudius), la présentation est d’une grande cohérence artistique de bout en bout (seule une scène du dernier épisode déroge à la règle, celle où la couronne de Jean est jetée à l’eau pour éviter à un attelage de s’enliser, mais je ne l’ai guère trouvée convaincante). Il va sans dire que la distribution, pour les rôles principaux du moins, est très judicieuse, même si les déclamations des comédiens pourraient sembler parfois bien emphatiques pour des téléspectateurs actuels. Reste que si vous avez aimé l’ancienne adaptation des Rois maudits de Maurice Druon, ou si vous êtes un tant soit peu amateur de séries historiques sérieuses, vous passerez sûrement un excellent moment. Un feuilleton comme on n’en fait plus, ce qui est bien dommage.

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Vireo: The Spiritual Biography of a Witch’s Accuser (USA, 2015-2017)

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C’est une websérie singulière que je vous présente aujourd’hui: un opéra créé sous forme épisodique, conçu pour être diffusé en streaming sur internet. Vireo: The Spiritual Biography of a Witch’s Accuser est une œuvre originale qui traite d’un sujet difficile: l’hystérie féminine et sa perception par la société à travers les âges. L’opéra a été imaginé par une compositrice californienne, Lisa Bielawa. Ce projet remonte pour elle à une vingtaine d’années et devait initialement être une production plus classique, pour la scène, avant de devenir cet objet hybride, apte à capter l’attention d’un public plus large que celui des amateurs exclusifs d’art lyrique. La fiction se compose de 12 épisodes d’une durée variant entre une dizaine et une vingtaine de minutes. C’est le fruit d’une collaboration avec le librettiste Erik Ehn et le directeur de théâtre Charles Otte (qui travailla notamment avec Philip Glass sur le fameux opéra  de Robert Wilson Einstein on the Beach), à qui on doit la réalisation de cet OVNI sériel à tendance surréaliste.

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Vireo (interprétée par Rowen Sabala) est une adolescente de 14 ans qui a la faculté de naviguer entre les siècles. Lors du premier épisode, la jeune fille vit en France au XVIe siècle, non loin de Reims. Lorsqu’elle s’aventure dans les bois pour y collecter des charbons ardents, elle entend une mystérieuse voix (the Voice, incarnée avec justesse par la mezzo-soprano aveugle Laurie Rubin) qui évoque pour elle l’attrait d’une vie libérée du carcan de la société, en communion avec la nature. The Voice est une figure ésotérique et envoûtante, qui hantera Vireo tout au long de son périple. Après cette rencontre bouleversante, elle ne cesse, au gré de ses évanouissements, d’alterner entre différentes identités, devenant la patiente d’un médecin psychiatre viennois du XIXe siècle en tant que cas d’hystérie pris comme sujet d’expérimentation médicale ou encore une adolescente en rébellion contre ses parents aux États-Unis au XXe siècle. Au cours de ses pérégrinations temporelles, Vireo combat sans relâche des individus qui cherchent à contrôler son existence dans les moindres détails, tout en ne comprenant pas vraiment les variations imprévisibles de son comportement exalté.

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La mère de Vireo est jouée par Maria Lazarova. Quelle que soit l’époque où se situe l’action, elle est désarmée, ne sachant guère comment se comporter avec sa fille, si déconcertante pour elle. Au XVIe siècle, elle la confie à un prêtre, qui cherche sur son corps des manifestations de possession démoniaque (la marque de Satan), en la piquant avec une aiguille. Au XIXe siècle, la mère laisse son enfant aux soins d’un docteur qui la contraint à l’enfermement et lui prodigue des traitements qui n’améliorent en rien son état (les travaux de l’homme de science évoquent ceux du professeur Jean-Martin Charcot portant sur les troubles mentaux) . Le médecin comme l’homme d’église sont interprétés par Gregory Purnhagen, dont la voix puissante confère une présence imposante. Le docteur a un assistant, Raphaël (Ryan Glover), un étudiant qui écrit une thèse sur l’hystérie féminine et éprouve une attirance certaine pour les jeunes femmes dont il scrute quotidiennement le comportement. La nature romantique de Raphaël ne l’empêche pas de profiter financièrement de ses recherches en vendant des articles à des journaux grand public (allusion sans doute aux descriptions sensationnalistes de l’hystérie qui fleurissaient dans la presse populaire de l’époque).

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Au XVIe siècle, Vireo est témoin de l’exécution d’une prétendue sorcière, la paysanne Pernette, en qui elle reconnaît la propriétaire de la voix entendue auparavant dans la forêt. Le prêtre incite Vireo à dénoncer d’autres sorcières, mais celle-ci hésite, consciente que cela revient à condamner à mort des gens peut-être innocents. De plus, même après avoir envoyé une sorcière sur le bûcher, son village semble encore victime de maléfices, les vaches des éleveurs meurent les unes après les autres sans raison apparente, causant la détresse des habitants privés de leur moyen de subsistance… et le désarroi de la jeune fille, plus indécise que jamais malgré les sollicitations insistantes du prêtre et de sa mère pour qu’elle identifie plus de sorcières. Au XIXe siècle, Vireo rencontre au sein de l’établissement psychiatrique où elle est recluse une autre adolescente, Caroline (Emma MacKenzie), qui devient son amie mais s’avère vite un personnage ambigu, prompt à manipuler son entourage. Caroline, qui voyage aussi dans le temps, conseille à la Vireo de la fin du Moyen-âge de multiplier les accusations de sorcellerie, juste pour jouir de plus de tranquillité en satisfaisant ainsi les adultes qui la harcèlent constamment. Progressivement, l’affection entre Caroline et Vireo se mue en une relation conflictuelle, où chacune cherche à prendre l’ascendant sur l’autre.

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La websérie a une structure cyclique. Le dernier épisode se déroule dans une forêt, comme le premier, mais le décor est naturel et non plus une scène de théâtre décorée de verdure. Vireo y apparait apaisée, détachée de l’influence néfaste de la société et parvenue à affirmer son identité. Son parcours tumultueux dans un univers étrange au temps fluctuant, où les époques se mélangent allègrement, débouche sur la lucidité que procure la maturité. Si l’épisode final, très succinct, clôt la série en douceur, il y eut auparavant quelques passages mémorables. Le cinquième épisode, The cow song, où une vache d’apparence humaine (jouée par Kirsten Sollek), un verre de lait à la main, chante l’histoire de sa vie vouée à l’alimentation des villageois, avant d’être conduite à un barbecue où elle doit être mangée, se distingue par son ton décalé, tragicomique, flirtant avec l’absurde.  L’épisode 9, Alcatraz, tourné dans les murs décrépits de la célèbre prison, est visuellement marquant et rend bien l’atmosphère austère des lieux. Le onzième épisode, Circus, qui constitue l’ultime confrontation entre Caroline et Vireo dans un décor grandiose où tous les personnages sont métamorphosés en membres d’une troupe de cirque, constitue le point culminant du récit. La célèbre soprano Deborah Voigt y fait une apparition notable, impeccable dans le rôle majestueux de la reine de Suède.

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Parlons à présent de la réalisation. La caméra est constamment dynamique, opère fréquemment un travelling circulaire autour des personnages, prend parfois du champ pour souligner leur isolement ou leur solitude. On trouve de nombreux effets, images subitement floues, dédoublements des protagonistes ou fondus enchainés, pour illustrer la nature mouvante, fluide de la temporalité non linéaire dans laquelle évolue Vireo. A un moment, il y a même un écran splitté où l’image de l’héroïne se démultiplie. Les changements d’époque sont soudains, d’une seconde à l’autre les costumes des personnages peuvent changer: Charles Otte a dû pour cela filmer chacune des scènes à trois reprises, avec des costumes appropriés à chaque période, avant de les mêler lors du montage de la série. Le but du procédé est de montrer la permanence de certaines attitudes à l’encontre des hystériques au fil des siècles. Cependant, ce procédé implique aussi que le public qui assiste au tournage de ces scènes ne voit qu’une version incomplète d’une portion de l’opéra. On aperçoit l’assistance à quelques reprises, lors des premiers épisodes et dans l’avant dernier, signifiant ainsi que l’on est bien en présence d’un hybride entre spectacle vivant et websérie. L’ensemble, dont la durée approche les 3 heures, est conçu pour être vu soit d’une traite, comme un opéra classique, soit de façon fragmentée, sans perdre pour autant le fil du récit.

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Un des attraits majeurs de la websérie réside bien entendu dans les performances musicales. Chaque épisode propose des prestations de diverses formations, leur variété est impressionnante. Les musiciens apparaissent à l’écran au milieu des protagonistes chantants et certains plans s’attardent même sur un artiste exécutant un morceau enlevé. De nombreux instruments sont représentés: violons, pianos, piccolos, saxophones, trompettes, harpes…et même une vielle à roue (hurdy-gurdy en anglais)! Parmi les groupes qui se succèdent, citons les chorales d’Orange County et de San Francisco, la fanfare de la Shadow Hills High School, le Kronos Quartet, le Prism Quartet, le Lorelei Ensemble (ensemble vocal féminin) ou encore l’orchestre de chambre Alarm Will Sound. Quelques musiciens réputés sont de la partie, par exemple le percussionniste Mathias Bossi, la pianiste Kate Campbell et la violoniste virtuose Jennifer Koh. A l’instar des musiciens, les performances vocales des chanteurs sont irréprochables, si le ténor et la soprano font la plus forte impression, les autres parviennent néanmoins à tirer leur épingle du jeu.

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Comme il s’agit d’un opéra filmé, il est possible de s’affranchir des limites d’une création purement scénique. Les décors sont renouvelés à chaque chapitre, les lieux spacieux et chargés d’atmosphère ayant été privilégiés, le défi pour les chanteurs et musiciens étant de s’adapter à l’acoustique particulière de chaque environnement. Toutes les scènes n’ont pas été tournées en Californie, l’épisode du procès a pour décor un ancien monastère situé à New York, l’actuel institut Garrison. Outre Alcatraz, un autre lieu chargé d’histoire a été exploité, la gare désaffectée d’Oakland (dans la baie de San Francisco), où se déroule l’épisode Circus. Quant au final bucolique, il a pour cadre le parc forestier californien Samuel Penfield Taylor. La scénographie utilise habilement la configuration des divers décors, par exemple en plaçant les protagonistes à différentes hauteurs ou en les tenant éloignés dans un vaste espace pour symboliser le caractère distant ou conflictuel de leurs relations.

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On fit par le passé des opéras créés en vue d’être diffusés à la télévision, mais à ma connaissance il s’agissait de téléfilms et non de séries. Dès 1951, le compositeur Gian Carlo Menotti s’y est attelé pour la chaîne NBC avec Amahl and the night visitors, avant de récidiver à plusieurs reprises au cours de la décennies suivante. Il y eut d’autres créations, la plus connue étant peut-être Owen Wingrave de Benjamin Britten, œuvre diffusée par la BBC en 1971. Cependant, il est à noter que ce furent des opéras prévus pour la scène aussi bien que pour une diffusion télévisée et non spécifiquement dédiés à être visionnés sur petit écran. Vireo adopte donc une démarche novatrice, mais reste à savoir si les amateurs de séries plus conventionnelles seront intéressés. Contrairement aux films et aux séries relevant de la comédie musicale, qui jouissent aujourd’hui encore d’une certaine popularité, l’opéra est une forme artistique souvent reléguée aux heures de diffusion tardives (comme sur France 3, qui a néanmoins le mérite d’en proposer), tandis que le nombre d’opéras commandés par des producteurs de télé a beaucoup diminué depuis un demi siècle, signe peut-être d’une désaffection du public.

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Vireo s’adresse donc peut-être essentiellement à un public de niche. Il est vrai que son côté surréaliste, sa symbolique parfois mystérieuse, sa structure éclatée peuvent déconcerter bien des spectateurs. Mais il s’agit d’une œuvre ambitieuse à laquelle ont participé nombre d’artistes chevronnés. Le tournage, échelonné sur deux années, a dû être éprouvant, pour un résultat somme toute satisfaisant: la créatrice est bien parvenue à mettre en parallèle les regards de différentes époques sur l’hystérie. Une fois la série terminée, le message est clair et l’intrigue s’avère compréhensible dans ses grandes lignes même si l’aspect baroque de la narration a par moments un effet distractif. N’hésitez pas à regarder en ligne la websérie (sous-titrée en anglais) pour vous faire votre propre opinion, tous les épisodes sont sur ce site. Vous y trouverez aussi nombre d’articles et d’interview apportant un éclairage sur ce projet hors-normes. L’avenir dira si Vireo préfigure un engouement inédit pour les hybrides d’opéra et de séries télé, mais une chose est sûre: à l’heure actuelle, c’est une websérie unique en son genre.

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The Sun, the Moon and the Truth [Saison 1] (Birmanie, 2015)

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Après une bref hiatus estival, poursuivons notre inlassable exploration des séries du monde.  Aujourd’hui, je me penche sur une fiction du Myanmar, un pays où des séries commencent à émerger timidement, suite à la « révolution safran » de 2007. Si une série historique coproduite avec la Chine et tournée dans la ville de Bagan, autrement dit la mythique Pagan des temps anciens (Legends of Song and Dance) a attiré mon attention, j’ai dû renoncer à la visionner, n’ayant pas trouvé de sous-titres en anglais (refrain connu). Mais j’ai déniché cette petite série, dont la première saison compte 8 épisodes de près de 45 minutes, un legal drama pédagogique qui traite des problèmes juridiques auxquels est confrontée une communauté villageoise et du dévouement d’une avocate bénévole pour défendre les plus démunis. Différents aspects de la justice du quotidien sont abordés, permettant aux citoyens birmans de se familiariser avec la législation et de connaître leurs droits dans le contexte du processus de démocratisation du pays. Les questions politiques qui fâchent, comme les emprisonnements arbitraires d’opposants dans un État qui reste largement sous la coupe de l’armée et autres chevaux de bataille des droit-de-l’hommistes, ne sont pas abordées: il s’agit de montrer sous un jour positif l’action de la justice birmane et d’inciter le peuple à avoir confiance dans les institutions.

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L’idée de la série vient de la célèbre opposante historique Aung San Suu Kyi, les épisodes ont été écrits par le romancier australien Phillip Gwynne, en collaboration avec le juriste Patrick Burgess. Le réalisateur, Aung Ko Latt, était connu auparavant pour son film Kayan Beauties: son travail sur cette série, avec un budget visiblement limité, est très correct, alternant des scènes tournées en extérieur où les paysages sont bien mis en valeur et des intérieurs filmés en studio, à l’instar de beaucoup de dramas coréens (le réalisateur a de plus composé la musique du générique). Étant donné sa nature didactique, le programme a été diffusé sur plusieurs chaînes de télé, distribué gratuitement sur support DVD et mis en ligne sur internet (où il peut être vu avec des sous-titres en anglais). C’est une production de YFS (Yangon Film School), avec le soutien de plusieurs organismes humanitaires, comme le programme Pyoe Pin piloté par la Grande-Bretagne et AJAR (Asia Justice and Rights, qui agit pour promouvoir l’avènement d’une démocratie stable dans d’anciens pays dictatoriaux). Ces patronages on ne peut plus sérieux n’empêchent pas la série d’être un divertissement plaisant, contant des histoires certes simples, mais donnant un aperçu pertinent de la vie actuelle au Myanmar.

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Le titre fait référence à une citation de Bouddha, selon laquelle trois choses au monde ne peuvent demeurer cachées longtemps: le soleil, la lune et la vérité. C’est la quête de la vérité, d’une justice équitable même pour les plus humbles, qui guide l’avocate May Nhin (incarnée par Su Pan Htwar), toujours prête à défendre les citoyens sans le sou qui viennent la consulter dans son cabinet.  Elle est fiancée à un brillant juriste, Nay Min Htet (joué par Hpone Thaik), qui ne cache pas ses ambitions politiques et est bien moins idéaliste qu’elle. May a un assistant consciencieux qui partage sa vision altruiste du métier, Ko Htwon Naing (Nay Yan), mais qui dissimule un passé trouble et est l’objet de tentatives de chantage (ce point reste nébuleux et fera peut-être l’objet de plus amples développements dans la seconde saison). Parmi les personnages principaux, on trouve aussi Khin Khin, une institutrice révoltée par la corruption qui règne dans l’administration (jouée par Khin Zar Kyi Kyaw, par ailleurs chanteuse à succès) et Sai Thura (Moe Yan Zun), un jeune policeman fréquemment du côté de May et qui l’aide à plusieurs reprises à réunir les preuves dont elle a besoin, quitte à entrer en conflit avec son supérieur, un flic à l’ancienne peu enclin à prendre le parti des opprimés.

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Le premier épisode a un scénario un peu simpliste, mais constitue une bonne introduction à l’univers de May. Le cas présenté est celui d’un homme retrouvé poignardé alors qu’il venait d’avoir une violente altercation avec un client d’un bar du coin, suite à de juteux paris sportifs. Son adversaire lors de la rixe est accusé de meurtre ainsi que du vol du magot de la victime, tout juste gagné grâce au jeu. Une vidéo filmée avec un téléphone portable le montre rôdant non loin des lieux du drame, lors de la nuit fatidique. Sa situation est compliquée par le fait que dans le passé, il a déjà fait de la prison. May croit cependant à la présomption d’innocence et accepte de défendre cet homme trop désargenté pour se payer un avocat. De leur côté, Ko et Sai enquêtent pour trouver des éléments à décharge, finissant par démasquer le véritable meurtrier. L’épisode montre que la justice birmane peut être bien plus sévère envers ceux dont le casier judiciaire n’est pas vierge. A l’audience, le juge (comme dans les épisodes suivants), est d’une droiture exemplaire et fait preuve de compréhension et d’empathie (en quelque sorte, il représente le magistrat idéal vers lequel devraient tendre tous les membres de la profession). On perçoit d’emblée que le drama est résolument optimiste.

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L’épisode 1 nous fait découvrir quelques particularités de la culture birmane, comme les tenues vestimentaires (les longyi, sortes de sarongs noués autour de la taille ou encore le gaung baung, étoffe de couleur portée en turban, dont la teinte varie en fonction de l’appartenance ethnique de la personne, les plus communs étant jaunes ou roses). Ce qui frappe surtout, c’est l’utilisation courante, surtout chez les femmes, d’une pâte cosmétique, le thanaka, étalée sur le visage pour se protéger des assauts du soleil et fabriquée à partir du bois de différents arbrisseaux (on voit au fil des épisodes des vendeurs de thanaka, qui les commercialisent sous la forme de petits rondins). Le second épisode évoque brièvement les croyances religieuses. Lorsque l’eau du fleuve est polluée par les déversements sauvages de produits chimiques effectués par les camions d’une usine des environs, faisant mourir les poissons et rendant impropres les cultures irriguées, les villageois attribuent le désastre à l’action punitive des nats, des esprits vénérés en Birmanie. Ce sont les fantômes d’individus ayant connu une mort violente. Les croyants doivent faire régulièrement des dévotions pour apaiser leur fureur. Dans cet épisode, le frère de Nant Tha Khin, une jeune vendeuse de thanaka, est arrêté après avoir pénétré par effraction dans les locaux de l’usine pour trouver des preuves d’une pollution planifiée. Nant demande l’aide de May dont les investigations lui permettront de découvrir le fin mot de l’affaire. Finalement, la condamnation de son frère est grandement allégée car il n’a pas d’antécédents judiciaires.

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Le troisième épisode est consacré au système éducatif et a ses défaillances. L’institutrice Khin Khin déplore la pénurie de fournitures scolaires élémentaires, les locaux mal entretenus où elle enseigne et la hiérarchie qui fait la sourde oreille devant ses récriminations. Lorsqu’elle est renvoyée sans motifs valables, elle fait appel à May et porte plainte pour diffamation. Elle soupçonne que les fonds alloués à l’école sont détournés. Face à elle, les accusés font bloc et intimident ses collègues enseignantes pour qu’elles ne témoignent pas en sa faveur. Le scénario, qui expose un astucieux système frauduleux, est plutôt malin. De plus, l’épisode développe quelques intrigues secondaires intéressantes. L’une fait intervenir Pho Kwar, un ami de Nant Tha Kwin; un jeune précaire qui travaille comme serveur dans un établissement de thé et qui se passionne pour le football au point de négliger son travail pour aller s’entrainer. Pho est illettré, mais est pris en sympathie par Khin Khin qui entreprend de lui apprendre à lire. Une autre histoire implique le juriste Nay, qui découvre la politique avec son mentor Khing Htoo San, un businessman louche qui lui enseigne les vertus du clientélisme, promettant aux riverains du fleuve la construction d’un pont avant les prochaines élections.  Pour Khing, l’argent est roi et tout peut s’acheter, les votes y compris.

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Les deux épisodes suivants sont liés. L’intrigue principale est celle d’un paysan, père de Nant Tha Khin, qui possède des terres depuis des générations et qui doit les vendre pour financer la coûteuse opération médicale de sa fille malade, intoxiquée par les eaux polluées du fleuve. Il sollicite les conseils de May pour les démarches administratives compliquées devant lui permettre d’enregistrer son terrain auprès des autorités pour pouvoir ensuite le céder. La procédure est lourde: il doit d’abord mesurer les dimensions de la parcelle, obtenir une attestation d’un voisin, la signature du chef de village…avant d’attendre patiemment que sa requête soit acceptée en haut lieu. Or, le temps pour lui est compté. La série montre le côté absurde de la situation et prône une simplification des procédures officielles. L’épisode 5 prolonge cette trame. Tandis que le père, désespéré, songe a des moyens répréhensibles pour obtenir l’argent, sa fille accepte de travailler comme hôtesse dans un bar à karaoké, sans se douter que l’on va lui demander de se prostituer. S’ensuit une course contre la montre pour sauver la jeune fille des griffes des méchants souteneurs et la ramener saine et sauve chez elle. Le scénario a un air de déjà-vu mais se suit avec amusement. Ces épisodes montrent aussi Pho Kwar en mauvaise posture, devant squatter avec des amis SDF dans un bus désaffecté, tandis qu’un journaliste, demi-frère de Nay, apparaît. Thaiddi n’a pas froid aux yeux, publie des articles sur des sujets sensibles, contraignant Nay à le défendre dans un procès pour libel, où le juge bienveillant prononce un vibrant plaidoyer pour la liberté de la presse (je vous avais bien dit que cette série est idéaliste!).

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Le sixième épisode traite d’un problème hélas répandu: les violences conjugales. May défend une femme battue par son mari alcoolique, criblé de dettes au point de ne plus pouvoir régler ses factures d’électricité. On apprend que la violence domestique est un crime pour le droit birman et que les sanctions sont lourdes. Cependant, lorsque la femme maltraitée porte plainte devant un policier, celui-ci, indifférent et blasé, refuse de s’en occuper. La série dénonce une certaine banalisation sociale de ces actes de violence en famille. La plaignante est hébergée dans un refuge pour femmes battues après avoir été rossée, le mari ayant gravement blessé son jeune fils dans le feu de l’action. Le point intéressant de l’histoire est que ce n’est pas seulement l’épouse qui est présentée comme victime, le mari aussi. Celui-ci a agi sous l’emprise de l’alcool, dont il est devenu dépendant à cause de ses difficultés financières. Il est battu en cellule par ses codétenus et a à cœur de se repentir, obtenant une certaine clémence du juge, qui croit à la possibilité de son rachat. Outre cette intrigue somme toute prévisible, l’épisode s’attarde sur la relation ambigüe entre Nay et son riche mentor: il apparaît clairement que leurs philosophies de vie divergent, comme en témoigne le juriste lors d’un discours prononcé à l’occasion de l’inauguration du nouveau pont, où il affirme vouloir œuvrer pour construire un nouveau Myanmar et être au service du peuple.

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L’épisode 7 a pour cadre une fabrique de pièces mécaniques, « SPK mechanical ». On y suit les mésaventures d’un ouvrier qui se fait embaucher pour pouvoir rembourser un prêt contracté auprès d’un usurier et qui se blesse en manipulant une machine-outil qui n’a pas été dûment révisée et constitue un danger pour le personnel: un autre ouvrier, qui porte un bandeau de pirate, a perdu un œil avec ce satané engin et précise qu’un de ses collègues a perdu la vie lors d’un accident du travail au même endroit. Le patron fait la sourde oreille, ne voulant pas interrompre la production pour faire intervenir un ingénieur. May se met au service de l’ouvrier qui porte plainte contre la direction et aide les employés dans leurs démarches pour constituer un syndicat et pouvoir ainsi peser pour obtenir plus de sécurité, une prise en compte des heures sup et des augmentations de salaire. Le drama, fidèle à sa mission didactique, aborde sans les approfondir les dispositions du droit du travail birman et montre que la procédure pour créer un syndicat et l’enregistrer au ministère du travail ne présente guère de difficultés et qu’obtenir gain de cause n’est pas un objectif insurmontable pour des subordonnés.

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Enfin, le dernier épisode porte sur les élections locales. Les deux principaux candidats sont Nay et l’institutrice Khin Khin, mais le premier a un support encombrant en la personne de l’homme d’affaires Khing, qui lui dévoile les raisons pour lesquelles il rachète à tour de bras des parcelles de terrain, des projets pharaoniques qui peuvent mettre en péril le mode de vie des villageois,  et qui seront révélés dans un article retentissant par le frère de Nay, pénalisant ainsi sa candidature. May défend le journaliste lors du procès intenté par Khing, tandis que le vote se déroule sans accrocs. Je vous laisse deviner qui gagne les élections. L’épisode, assez moralisateur, insiste sur la nécessité pour le peuple d’aller voter, de peser dans la vie démocratique du pays. Mis à part certains aspects pittoresques du processus électoral (comme les affiches où les candidats arborent le couvre-chef traditionnel, le gaung baung), il n’y a aucune surprise de taille dans le déroulement du scénario.

Pour conclure, The Sun, the Moon and the Truth, dans cette saison initiale, est une série sympathique et plaisante à regarder pour un spectateur étranger, même si le public visé est évidemment la population birmane. On aurait aimé des scénarios plus complexes et moins délibérément optimistes, que les bons sentiments fassent plus souvent place à une critique lucide du système judiciaire en place dans cette démocratie naissante. On ne peut qu’espérer que la saison 2, en tournage actuellement et dont la diffusion est prévue pour la fin de l’année, saura dépasser les quelques limites de ces 8 premiers épisodes et se montrera plus nuancée. Mais même si l’ambition n’a pas toujours été au rendez-vous au cours de cette saison, la visionner m’a permis d’en apprendre un peu plus sur les traditions de ce pays et sa situation actuelle, ce qui n’est déjà pas si mal.

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