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Direction la Pologne avec une mini-série historique de Filip Bajon, réalisateur de cinéma sans doute peu connu en dehors de son pays natal mais dont l’œuvre mérite d’être découverte. Comme par exemple Biala wizytówka, intéressante aussi  bien sur le fond que sur la forme.
Composée de six épisodes, elle narre l’histoire tourmentée d’une famille aristocratique polonaise de 1900 à la fin des années 1930. Tout débute  en 1900, époque où la Pologne est intégrée à l’Allemagne, lorsque le futur prince Hans von Teuss divertit l’empereur Guillaume II avec une chasse au bison sur le domaine de sa luxueuse résidence, à la suite de quoi le souverain lui octroie un titre honorifique et des terres étendues situées en Silésie, aux riches ressources minières. Quelques années plus tard, Hans divorce de sa femme, l’extravagante et sulfureuse princesse Daisy, celle ci ayant une liaison avec Guillaume II. Le prince, très marqué, fait alors une tentative de suicide.

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Hans devra ensuite faire face à d’autres déboires, comme un mouvement de grève très dur de la part des mineurs. Mais c’est de sa famille que viendront ses plus grandes désillusions, plus particulièrement de ses trois fils: bien qu’ayant épousé en secondes noces Mariscal sur la recommandation de son plus jeune fils, Bolek (un flambeur invétéré), il surprend bientôt une liaison adultère entre Bolek et Mariscal, qui ne manquera pas de faire les choux gras des tabloïds.  Un autre de ses fils, Conrad, se convertit au catholicisme sans égard pour les convictions religieuses de son père et a une relation homosexuelle avec un ami d’enfance (ce qui était jugé scandaleux à l’époque).
Franzel, son troisième fils, semble à première vue être résolu à faire fructifier les affaires familiales. Le prince étant devenu invalide, il lui en confie la gestion. Mais Franzel va s’évertuer à dilapider le capital familial, principalement en participant grandement à financer les nazis dans les années 30, en échange de la promesse du titre de roi de Pologne une fois la guerre remportée par les allemands !

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Cette fiction est basée sur l’histoire d’une famille ayant réellement existé, celle d’ Hans Heinrich XV von Hochberg, prince de Pless et de sa première épouse Mary Theresa Olivia, dite princesse Daisy. Elle s’appuie en partie sur la correspondance de cette dernière. Difficile cependant de déterminer dans quelle mesure la mini-série relate les faits avec fidélité. Biala wizytówka raconte le déclin rapide d’une grande famille, dans une atmosphère rappelant un peu celle du Crépuscule des dieux de Visconti. Mais c’est surtout l’influence de Fellini qui est décelable dans l’œuvre de Filip Bajon, de par l’humour féroce et le côté baroque de certaines scènes (par exemple lorsqu’un sapin de Noël est envoyé aux mineurs dans un chariot jusqu’au fond de la mine, ou encore par la description des subterfuges excentriques de Hans pour espionner sa maisonnée). Autre particularité de la réalisation: l’histoire se déroule de façon non linéaire et alterne entre différentes époques de la vie de Hans, soulignant le contraste entre la grandeur passée (symbolisée par le décorum quelque peu empesé de la demeure princière) et l’évolution décadente de la famille.

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Biala wizytówka est la version longue d’un film (d’une durée de près de trois heures) du même auteur intitulé Magnat. Le film (récompensé en 1987 au festival de Gdańsk)  est bien plus succinct que la série sur la vie de la princesse Daisy, mais va à l’essentiel, ne conservant que les passages prépondérants du récit. Cependant, que ce soit la version sérielle ou cinématographique, cette production léchée et jouée avec conviction porte un regard édifiant et sans concessions sur les turpitudes des derniers descendants d’une noblesse en voie de déchéance.

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