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Retour sur les 13 épisodes de l’avant-dernière saison d’Isabel (je ne dispose pas encore de sous-titres pour la troisième et ultime saison), vue pour ma part au printemps dernier. La série est un biopic d’Isabelle la Catholique. C’est une fiction historique de facture classique et globalement de qualité. La première saison, qui s’achevait par l’intronisation d’Isabelle, était un intéressant divertissement historique, l’intrigue étant dominé par les machinations  de deux éminences grises, le marquis de Villena, Juan Pacheco et le prélat Alfonso Carillo. La segunda temporada hausse le niveau de la série qui, tout en restant distrayante, propose une analyse documentée avec sérieux du début du règne d’Isabelle jusqu’à la chute de Grenade (1492, date clef de la fin de la Reconquista). Dotée d’un bon casting (Michelle Jenner dans le rôle-titre et Rodolfo Sancho dans celui de Ferdinand II d’Aragon sont très à l’aise et forment un duo bien assorti à l’écran), Isabel traite dans cette saison 2 d’une période très riche de l’Histoire espagnole, assurant une grande densité au récit.

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Les premiers épisodes abordent la guerre de succession de Castille. Le traité des Taureaux de Guisando (qui fit l’objet de développements lors de la première saison) permit à Isabelle de prendre le pouvoir en Castille mais ses termes étaient contestés par le roi Alphonse V du Portugal et son épouse, Juana dite la Beltraneja. Juana, dépeinte dans la série comme une jeune femme ambitieuse et au fort tempérament, semble devoir remplacer Pacheco dans le rôle de l’opposante farouche aux visées d’Isabelle. Mais le conflit s’achevant assez rapidement par l’échec du clan de Juana (suite à la bataille de Toro), le personnage passe vite au second plan. La saison peut alors se concentrer sur l’exercice du pouvoir d’Isabelle et Ferdinand, double monarchie où chacun conserve ses propres territoires (Aragon pour l’un et Castille pour l’autre) et montre les difficultés passagères auxquelles ils sont confrontés pour concilier leurs intérêts respectifs.

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Cependant, l’un des thèmes centraux de cette temporada est celui des relations interreligieuses, et surtout du processus ayant abouti à l’expulsion des juifs. D’après la série, Isabelle est initialement en faveur d’une politique tolérante à l’égard des juifs, influencée par son confesseur Hernando de Talavera. Mais les tensions entre communautés et les pressions exercées par les chrétiens la contraindront d’abord à leur faire arborer des signes distinctifs, puis, après la prise de Grenade, à les expulser. Cette saison montre bien les hésitations de la reine sur le sujet et tend à nuancer cet aspect sombre de son règne. L’autre volet religieux abordé est bien sûr celui de l’instauration de l’Inquisition. Torquemada y est dépeint comme un prélat consciencieux, calme et effacé, appliquant la torture sans états d’âme mais sans haine apparente pour ses victimes.

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Autre grande figure historique apparaissant naturellement au cours de cette saison, Christophe Colomb est montré comme un navigateur sûr de lui, présentant avec opiniâtreté aux diverses cours européennes son projet d’exploration au delà de l’Atlantique. La série montre l’indécision d’Isabel à financer l’expédition, mais le personnage de Colomb m’a semblé ici dépeint un peu naïvement, et l’exposition de ses motivations un peu simpliste. Enfin, la seconde moitié de la saison aborde surtout la difficile conquête de Grenade. Les décors de l’Al-Andalus de cette époque sont superbement rendus à l’écran. Outre le destin de Boabdil, la série brode sur un canevas historique en imaginant des luttes de factions et des intrigues d’alcôve au sein du royaume musulman, attribuant un rôle prépondérant à Isabelle de Solís, captive castillane convertie à l’islam et présentée dans la fiction sous un jour plutôt favorable.

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Cette segunda temporada est supérieure à la saison précédente: les décors sont plus variés, le budget semble plus conséquent (même si certaines batailles sont escamotées faute de moyens), les intrigues sont plus diversifiées et ont plus de profondeur. Je dirais que la série se hisse ici à un niveau supérieur à celui de productions comme The Tudors ou The Borgias, même si la narration reste très romancée. Les épisodes sont un peu longs car leur durée dépasse souvent allègrement une heure, mais bien remplis. Surtout, les enjeux du règne d’Isabelle apparaissent avec clarté, aussi bien sur le plan personnel, religieux que géopolitique. C’est donc un divertissement tout à fait regardable pour les férus d’histoire, en espérant que la tercera temporada confirmera cette évolution positive.

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