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Les studios Gorki en URSS ont produit quelques séries qui méritent vraiment d’être vues encore aujourd’hui et qui sont de nos jours considérées comme des classiques en Russie. Ces dernières années, j’ai déjà eu l’occasion de voir une intéressante version des aventures de Sherlock Holmes (avec Vassili Livanov), Mesto vstrechi izmenit nelzya (minisérie policière, adaptation d’un roman des frères Vayner) et surtout Semnadtsat mgnoveniy vesny, passionnante série d’espionnage (voir ici). Guest from the future est l’adaptation d’un roman de Kir Bulychov connu en anglais sous le titre One Hundred Years Ahead. En cinq épisodes de près d’une heure, il s’agit d’une fiction pour la jeunesse mais pouvant cependant être appréciée par un public adulte ayant conservé un certain goût pour le merveilleux. En la visionnant, je me suis dit que cette série était dans une veine comparable à certains titres de la collection des Inédits fantastiques de l’INA.

Kolya, un écolier moscovite, intrigué par une passante d’étrange allure, la suit dans une mystérieuse bâtisse. Parvenu au sous-sol, il découvre derrière un panneau coulissant une machine à voyager dans le temps. Transporté vers la fin du XXIe siècle, il évolue dans un futur utopique, où des voyageurs explorent aussi bien le système solaire que les différentes époques de l’histoire et de la préhistoire, où les robots jouent aux échecs et se découvrent une âme de poète ou de musicien. Il expérimente une cabine volante (une belle séquence le montre survolant les monuments de la capitale russe) et des portes qui, une fois franchies, lui permettent de se téléporter en divers lieux. Par hasard, il surprend deux pirates de l’espace qui convoitent un artefact appelé myelophone, un cristal permettant de lire les pensées d’êtres humains comme d’animaux, possédé par la petite Alisa. les pirates se saisissent de l’appareil au zoo interplanétaire, mais Kolya parvient à le leur reprendre et s’enfuit avec au XXe siècle, bientôt poursuivi par les pirates et Alisa.

La réalisation de Pavel Arsenov plonge le spectateur dans un univers à l’atmosphère onirique, où toutes les extravagances sont possibles. On sent dans cette fiction l’influence de Lewis Carroll (visible notamment chez certains personnages comme l’excentrique grand-père Pavel, un centenaire en costume, ou encore la chèvre parlante). La musique, composée par Yevgeny Krylatov contribue également à l’ambiance fantastique de la série (mais il est vrai que la bande musicale était souvent un point fort du cinéma et de la fiction télé soviétique). La popularité de Guest from the future peut aussi s’expliquer par la prestation pleine de fraîcheur de Natalya Guseva dans le rôle d’Alisa, qui ne laissa pas indifférents nombre de jeunes spectateurs de l’époque.

La série est divisée en deux parties bien  distinctes. Les deux premiers épisodes, situés dans le futur, décrivent une utopie scientiste, un monde idéal où les techniques permettent à l’homme un plein épanouissement. Visuellement, c’est un univers rétro-futuriste dont certains détails peuvent aujourd’hui faire sourire: le panneau de commande de la machine à voyager dans le temps présente en guise de boutons la face d’un Rubik’s cube (casse-tête très en vogue dans les années 80), la navigation des cabines volantes se fait au moyen d’un joystick rappelant celui des premières consoles de jeux.  La seconde partie, la plus longue, se déroule intégralement dans le présent et relève plus du fantastique que de la SF. Ces trois derniers épisodes permettent d’avoir un aperçu de la vie dans la capitale russe quelques années avant l’effondrement de l’URSS.

Dans cette partie contemporaine de la série, on assiste à une longue course poursuite entre les pirates, Alisa et Kolya. L’action subit un certain étirement, mais l’intrigue ne manque pas de trouvailles scénaristiques. Les deux pirates ont la faculté de prendre l’apparence des individus avec lesquels ils entrent en contact. Bien que ce mimétisme constitue un atout pour s’infiltrer dans la société soviétique, les pirates ont tendance à bien vite se trahir par leur comportement inadapté, générant quelques scènes comiques. Par contraste, Alisa, douée naturellement d’empathie, n’a aucune difficulté à s’intégrer parmi les écoliers moscovites (et surprend ses enseignants par ses capacités physiques et intellectuelles hors normes). Il y a donc une morale à cette histoire. Mais cette seconde partie présente aussi quelques bizarreries, comme des personnages secondaires venus de nulle part et une étrange obsession des protagonistes pour une boisson fermentée, le kéfir, dont le symbolisme demeure pour moi un mystère.

Guest from the future n’est pas parfait: il y a quelques longueurs et le final comporte l’intervention d’un deus ex machina qui vient opportunément au secours d’ Alisa et de ses camarades. Cependant, on suit avec plaisir les péripéties de l’intrigue, heureusement dépourvue d’aspects trop puérils. Le fantastique l’emporte largement ici sur l’anticipation pour ados. Les adultes sensibles au sense of wonder peuvent donc regarder sans réticence, pour peu qu’ils apprécient le charme rétro que distille la série. Une curiosité, à voir pour son ambiance insolite. En buvant un grand verre de kéfir. 🙂

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