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C’est l’une des séries policières les plus populaires au Japon. Concoctée par Koki Mitani, ses épisodes ont le plus souvent un déroulement similaire à ceux de Columbo, on voit d’emblée le meurtrier commettre son forfait et l’intérêt réside ensuite dans le jeu du chat et de la souris entre le détective et le coupable, entre la sagacité et les capacités de déduction de l’un et l’ingéniosité criminelle de l’autre. Masakazu Tamura campe à la perfection le lieutenant Furuhata Ninzaburo, assisté du notoirement incompétent et fréquemment comique Shintaro Imaizumi (interprété par Masahiko Nishimura) et, dans cette troisième saison, de Mamoru Saionji (joué par Masanori Ishii) qui, au contraire, est aussi consciencieux que perspicace. Pour une présentation du personnage de Furuhata, ainsi que des développements à propos des deux premières saisons, je vous renvoie à ces articles que j’ai rédigé il y a de ça quelques années sur un forum dédié à la fiction policière (à noter cependant que, depuis, des sous-titres anglais sont disponibles en ligne pour les deux premières saisons).

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Cette saison 3, diffusée quelques mois après un épisode spécial où le limier était confronté à un meurtre en chambre close commis par les membres d’un boys band (le groupe SMAP), présente quelques différences notables avec la seconde saison: il n’y a plus le minisode humoristique suivant chaque épisode et mettant en scène Imaizumi. Par contre, un leitmotiv de la saison est la lecture du courrier des téléspectateurs, commenté avec humour par Furuhata en s’adressant en aparté à la caméra. La série, tout en évitant de se prendre au sérieux,  délivre une fois de plus des épisodes de très bonne tenue, même si cette troisième fournée d’enquêtes est d’un intérêt un peu plus inégal que lors des deux premières saisons. Si on ne retrouve pas, comme précédemment, d’astucieux crimes impossibles (ceux-ci feront un retour en force  lors du premier épisode de l’ultime saison), on découvre ici des variantes du crime (presque) parfait ainsi que quelques récréations qui rompent avec le schéma habituel de la série.

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Cette saison s’ouvre avec une histoire se déroulant dans le monde du rakugo (one-man-show très codifié où le conteur en kimono et muni d’un éventail narre une histoire comique). L’assassin est un rakugoka qui supprime un confrère voulant révéler le plagiat de son propre spectacle. Le plan comporte un alibi truqué, une substitution de personnes lors d’une représentation de rakugo, mais Furuhata finit par dévoiler la supercherie. S’il est intéressant de découvrir un aspect peu connu de la culture nipponne, les déductions du limier s’appuient sur des détails spécifiques de cette coutume scénique difficilement décelables pour un non-initié.

Le second épisode est excellent: un homme d’affaires tue son maître chanteur et tente de faire croire qu’il se trouvait dans son bureau et non dans celui de sa victime au moment du meurtre. Le final est étonnant, particulièrement l’élément imprévu qui trahit sa supercherie, très original (je n’en dit pas plus pour préserver l’effet de surprise).

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Le troisième épisode est un opus mineur. Située dans un petit village, c’est essentiellement une aventure d’Imaizumi. Celui-ci avait rendez-vous avec la victime au moment où le meurtre a eu lieu et constitue un témoin gênant. Tous les habitants du village couvrent l’assassin et conspirent pour décrédibiliser les déclarations du malheureux Imaizumi.  Furuhata finit par venir à son secours, mais ses déductions s’appuient sur une spécificité de l’écriture des caractères kanjis incompréhensible pour la plupart des occidentaux.

Le quatrième épisode est un peu capillotracté et très amusant: Furuhata a rendez-vous chez sa dentiste et celle-ci se sert de lui pour se procurer un alibi en vue de perpétrer le meurtre de son mari, en se faisant remplacer par une assistante en plein durant une opération avec anesthésie pratiquée sur le lieutenant. Un plan nécessitant un timing précis, et qui échoue finalement à cause d’un simple lapsus dans les déclarations de la meurtrière.

L’épisode suivant est particulièrement bien agencé, mais très spécial: c’est le seul où Furuhata parvient à prévenir l’exécution d’un projet criminel. Invité chez des amis, il note le comportement suspicieux du mari: celui-ci a pour objectif de se suicider en faisant croire que c’est sa femme infidèle qui l’a tué. Grâce à un ensemble d’indices sans rapport apparent, le limier parvient à déduire en détail le modus operandi que le suicidaire compte mettre en œuvre et à le persuader de n’en rien faire.

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Ensuite, vient l’un des temps forts de la saison: le meurtre passionnel commis par un chef d’orchestre, qui cherche ensuite à faire retomber la faute sur un confrère musicien. Le criminel, réputé dans sa profession, possède l’oreille absolue. Mais cette rare qualité va le trahir car elle permettra à Furuhata d’établir avec certitude sa présence sur les lieux du crime. Le final est assez brillant.

Passons rapidement sur l’épisode 7: une femme au foyer abat son mari violent et cherche à maquiller l’heure du crime, mais s’avère lors de l’enquête une proie facile pour Furuhata, multipliant les erreurs et perdant ses moyens devant ses questions insidieuses. Cependant, le personnage est d’une touchante fragilité et le détective éprouve pour elle une certaine compassion.

La huitième enquête, plutôt classique, met notre limier aux prises avec un scientifique en fauteuil roulant qui commet un meurtre à distance à l’aide d’une bombe dissimulée dans une statue. Le savant est joué par Masaharu Fukuyama, qui interprétera quelques années après le fameux détective Galileo du drama éponyme, physicien spécialisé dans la résolution de crimes impossibles. Dans l’épisode, c’est finalement l’oubli du facteur humain qui cause la perte du savant. La preuve décisive est aussi simple qu’élégante et ne manque pas d’ironie.

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L’avant dernier cas se déroule entièrement lors d’un trajet en avion. Le meurtrier est un passager qui assassine sa maîtresse entre deux compartiments et doit par la suite endosser le costume d’un membre du personnel navigant pour pouvoir circuler à sa guise dans l’appareil et être libre de ses mouvements en vue de dissimuler son forfait. L’épisode est atypique et met en avant Saionji, qui mène l’enquête et effectuant une grande part des déductions, Furuhata faisant ici office de détective en fauteuil et se cantonnant à fournir in extremis la preuve décisive. Distrayant, sans être mémorable.

La dernière affaire est le point culminant de la saison. Elle s’étale sur deux épisodes et confronte le détective à l’adversaire le plus coriace de sa carrière: le cerveau d’une organisation criminelle qui vient de flinguer une balance. La victime, avant de mourir, avait déposé dans un train un sac dissimulant un carnet accusateur pour la bande. Dans l’incapacité de le récupérer à la consigne de la gare sans éveiller les soupçons, les criminels conçoivent un plan complexe: ils piratent le système informatique des chemins de fer pour faire croire au détournement d’un train rempli de passagers et exigent le versement immédiat d’une rançon en pièces de monnaie…pour faire en sorte que tous les bagages de la consigne soient employés en vue de transporter les pièces et ainsi pouvoir récupérer le fameux sac! Ce n’est que le début du plan tordu du cerveau du gang et Furuhata devra faire assaut de perspicacité pour le confondre. Un final bluffant qui multiplie les rebondissements.

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Cette saison a bien quelques épisodes anecdotiques, mais reste dans l’ensemble un divertissement policier cérébral de choix, quelques enquêtes (en particulier celles des épisodes 2, 6, 10 et 11) figurant parmi les meilleures de toute la série. Les assistants de Furuhata bénéficient chacun d’un épisode qui les met en avant, même si ce ne sont pas les plus brillantes du lot. On espère que les fansubbers qui ont fort bien sous-titré les deux premières saisons feront bientôt de même avec celle-ci. La traduction anglaise proposée sur le DVD est loin d’être parfaite, mais reste compréhensible. Néanmoins, pour les amateurs de détection et en particulier les fans de Columbo, ce drama demeure une valeur sûre et s’avère bien mieux qu’une pâle copie de son modèle américain.

 

Ci-dessous: quelques extraits de la bande originale très jazzy du drama.

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