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Ce fut, il y a quelques mois, ma première découverte d’une série pakistanaise. On ne pouvait rêver meilleure entrée en matière. On pourrait qualifier cette fiction de comédie romantique ultime. Elle est en tout cas considérée comme une des meilleures œuvres écrites par Haseena Moin, une fameuse scénariste qui s’est illustrée à la télévision dans des genres fictionnels très diversifiés et dont la production se distingue par des dialogues d’un style inimitable. Dhoop Kinaray doit aussi sa renommée à un excellent casting et un script intelligent, tour à tour drôle et émouvant. Même si la qualité des vidéos disponibles en ligne avec sous-titres anglais n’était pas optimale (il arrivait que l’image pixelise, voire même se fige), j’ai été rapidement captivé par l’histoire.

L’intrigue se situe à Karachi. Le docteur Ahmer est un orphelin qui a grandi aux côtés d’un père adoptif (surnommé Baba) qui lui apporta beaucoup d’affection. Lorsque ce dernier meurt, il laisse sa maison en héritage à sa petite-fille, alors qu’il n’avait jamais révélé à son fils adoptif qu’il avait une descendance. Cette petite-fille, Zoya, qui n’a jamais connu son grand-père, refuse d’habiter dans la maison qu’il lui a légué. Elle décide de faire une carrière de médecin et se retrouve affectée dans une service hospitalier s’occupant d’enfants malades, sous les ordres de docteur Ahmer. Tous deux ignorent les liens qui les unissent. Peu à peu, ils passent de rapports strictement professionnels et souvent conflictuels à une relation affective, malgré leur différence d’âge. Par ailleurs, un autre médecin, une femme divorcée (docteur Sheena) est attirée par Dr. Ahmer et devient fortement jalouse de Zoya. Dans le même temps, un confrère du Dr. Ahmer, le docteur Irfan, courtise Anji, l’amie d’enfance de Zoya.

Ce résumé de l’intrigue peut laisser penser que l’on est en présence d’une bluette sentimentale. Il n’en est rien. La réussite de Dhoop Kinaray réside d’abord dans les dialogues truculents d’ Haseena Moin, dans leur verve inimitable mettant en valeur le sens de la répartie des protagonistes, parfois empreints d’une autodérision les rapprochant de l’humour juif. La distribution donne vie à une galerie de personnages dotés de fortes personnalités (y compris les rôles secondaires) et aux échanges souvent drôlatiques. Cet humour apporte un côté fantasque, excentrique à la série. Également,  la musique est de bonne facture et comprend quelques chansons interprétées par Nayyara Noor, composées à partir de ghazals écrits par le poète Faiz Ahmed Faiz. Le style naturaliste de la réalisation, typique des séries pakistanaises, contribue aussi à la qualité de l’ensemble.

La relation entre Zoya (Marina Khan) et le Dr. Ahmer (Rahat Kazmi) est développée avec soin. Zoya multiplie les gaffes à l’hôpital et, de plus, Sheena intrigue pour la discréditer. Cependant, le docteur traite Zoya avec une grande indulgence et ses remontrances ont un côté paternel, ses sentiments envers sa subordonnée restant longtemps inavoués. Cependant, les personnages secondaires sont peut-être encore plus mémorables. Le père de Zoya, joué par Qazi Wajid, est doté d’un humour sarcastique et chambre fréquemment son entourage. Ahmer, lorsqu’il le rencontre, décèle chez lui un air de famille avec son père adoptif, dans son caractère distrait comme dans ses attitudes comiques. Fazeelat, la mère de Zoya, est une femme à poigne et prête à tout pour protéger sa fille. Le père d’Anji est un businessman bourru et pète sec, mais se révèle avoir un cœur d’artichaut lorsqu’il côtoie ses proches. Enfin, le docteur Irfan, interprété par Sajid Hassan, est hilarant: irrévérencieux et beau parleur, il a en outre l’habitude, dès qu’une femme attirante est dans les parages, de débiter un baratin de séducteur mêlant flagorneries et autosatisfaction, ne reculant devant aucune envolée lyrique.

Mais, outre les nombreuses scènes de comédie, la série réserve des moments empreints de gravité. Les réminiscences du docteur Ahmer évoquant avec nostalgie ses relations passées avec son père adoptif montrent sa difficulté à surmonter le chagrin de la perte d’un être cher et l’inciteront à vouloir racheter la demeure familiale, témoin pour lui d’un bonheur envolé.  La vie professionnelle du docteur a aussi parfois des aspects tragiques, comme lorsqu’un attentat à la bombe perpétré dans un parc de Karachi amène à l’hôpital des dizaines d’enfants grièvement blessés, ou lorsqu’une erreur médicale met en péril la vie de l’un d’eux. La scène finale de la série est également émouvante et sa mise en scène très étudiée, parfaitement conçue pour cueillir le téléspectateur.

J’avoue ne pas être habituellement un adepte des comédies romantiques, mais celle-ci est irrésistible. Tous les aspects de la production se conjuguent pour en faire une fiction délectable et pleinement aboutie, fort bien scénarisée qui plus est. Regarder Dhoop Kinaray est cependant à double tranchant, car une fois le visionnage terminé, vous voudrez sûrement découvrir d’autres séries d’ Haseena Moin. Si vous ne comprenez pas l’urdu, vous risquez d’être frustré car bien peu ont été sous-titrées (seule Pal do Pal, une autre comédie romantique, est accessible en intégralité pour les anglophones). Néanmoins, que cela ne vous prive pas de vous pencher sur cette perle qui fit date dans l’histoire de la télévision pakistanaise.

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