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Romance of the three kingdoms est l’adaptation d’un des Quatre livres extraordinaires de la littérature chinoise. Parmi ceux-ci, The water margin (Shui hu zhuan) est sans doute plus connu des téléspectateurs français, car l’adaptation japonaise de 1973 fut diffusée quelques années plus tard sur TF1 sous le titre La légende des chevaliers aux 108 étoiles. La série qui nous occupe aujourd’hui, une monumentale superproduction de 84 épisodes, fut tirée d’un roman historique de Luo Guanzhong écrit au XIVe siècle. C’est la plus longue série chinoise que j’ai visionné à ce jour. Une autre version a été créée en 2010, avec plus d’effets spéciaux et prenant plus de libertés avec sa source littéraire. Néanmoins, j’ai préféré opter pour cette adaptation plus ancienne, car réputée de meilleur qualité sur le fond. L’histoire débute en l’an 169, période de déclin de la dynastie des Han, suite à la rébellion des Turbans Jaunes et l’assassinat du jeune empereur par les influents eunuques de la cour. Le pouvoir échoit alors au féroce Dong Zhuo, auquel succédera Cao Cao, fondateur du royaume de Wei. Au même moment, Liu Bei fonde le royaume de Shu et a pour but la restauration de la dynastie Han. Il est secondé par Guan Yu et Zhang Fei, avec lesquels il a juré fidélité et assistance mutuelle. Par ailleurs, le sud prospère est, sous l’autorité de Sun Quan, le puissant royaume de Wu. C’est alors une période de grande instabilité, marquée par de nombreux affrontements entre ces trois factions, des renversements d’alliances et des faits d’arme héroïques, aboutissant à l’issue d’un long chemin mouvementé à l’unification des trois royaumes en 280.

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C’est vraiment une série épique, avec de nombreux figurants, de très beaux décors extérieurs et des décors intérieurs très détaillés, un casting excellent et quelques chansons magnifiques composant la bande originale. Le feuilleton est divisé en cinq parties d’inégales longueurs. Si les réalisateurs varient selon les parties, il n’y a pas de différence notable quant à leur manière de filmer. Chaque épisode relate un fragment de l’épopée pouvant être vu séparément et dépeignant une histoire captivante. Les batailles, bien que ne constituant pas le point fort de la série, sont assez spectaculaires même si leur rendu est limité par la technologie de l’époque. Romance of the three kingdoms  (ROTK) offre une galerie de personnages charismatiques aux parcours extraordinaires.

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Dans la première partie, on découvre en Liu Bei un chef de guerre prudent et avisé, secondé par Guan Yu, intrépide et expert dans le maniement des armes d’hast et par Zhuge Liang, grand buveur, coléreux et impulsif, qui met en péril à plusieurs reprises son maître par son comportement ombrageux. Cao Cao est un personnage bigger than life, fin manœuvrier, opportuniste, mais capable de grande loyauté. Il peut tuer sur un coup de colère (même s’il s’en repent ensuite), comme lorsqu’il embroche un serviteur venu imprudemment troubler son sommeil, avant de se rendormir en laissant le cadavre du malheureux à ses pieds. Lu Bu, un autre chef de guerre, se caractérise par une tendance à trahir ses alliés successifs et s’avère un piètre tacticien, tour à tour berné par Cao Cao et Liu Bei.

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La première partie de ROTK est marquée par une certaine anarchie, les alliances entre les différents factions armées se font et se défont au gré de stratégies à courte vue. Ce qui frappe d’emblée, ce sont les similitudes du récit avec le roman de chevalerie occidental. Les joutes opposant deux adversaires à la lance, le code d’honneur entre chefs de guerre, les serments de loyauté (comme celui du jardin des pêchers entre Liu Bei et ses compagnons) sont autant d’aspects montrant de façon frappante une certaine parenté. Les faits héroïques semblent parfois tout droit sortis d’une œuvre de Chrétien de Troyes, comme lorsque Sun Ce, attendant le retour promis d’un allié à une heure précise, plante son épée dans le sol pour former un cadran solaire et pouvoir mesurer sa ponctualité.

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La seconde partie débute par l’introduction d’un personnage essentiel, conseiller stratégique de Liu Bei, Zhuge  Liang. Interprété avec brio par Tang Guoqiang, il est d’une aisance souveraine dans ses fonctions, toujours clairvoyant concernant les actions à adopter. Il est une bénédiction pou Liu Bei, lui permettant de remporter de nombreuses victoires et faisant mordre la poussière à Cao Cao. Un exemple de son ingéniosité: dans l’épisode 34, Liu Bei doit faire face à une pénuries de flèches pour ses archers. Zhuge Liang envoie alors, par une nuit de brouillard, un bateau bardé de mannequins de paille près du rivage où sont cantonnées les troupes de Cao Cao. En provoquant les archers ennemis, il parvient à récolter des centaines de flèches venues se ficher dans les mannequins de son embarcation. Également, il est capable à l’occasion de bluff (par exemple pour faire croire à ses adversaires qu’il possède des troupe bien plus nombreuses qu’en réalité) ou encore de mystification, exploitant la superstition des armées adverses.

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Cette seconde partie est aussi marquée par la bataille de la Falaise rouge, où Cao Cao, bien qu’en grande supériorité numérique face à Liu Bei, essuie une cuisante défaite, notamment du fait d’une erreur stratégique majeure: la décision d’amarrer ses vaisseaux les uns aux autres pour contrer le mal de mer de ses soldats, exposant sa flotte à un incendie dévastateur la réduisant à néant en un rien de temps.

Dans la troisième partie, après de nouvelles campagnes victorieuses de Liu Bei et Zhuge Liang,  Sun Quan (l’empereur Wu) noue une alliance avec Cao Cao, ce qui bouleverse l’équilibre des forces en faveur de ces derniers et cause la perte de  Guan Yu, qui périt acculé par cette nouvelle coalition. Peu après, Cao Cao trouve la mort et ses descendants s’affrontent pour le pouvoir.  Liu Bei et Zhang Fei meurent aussi, dans des conditions tragiques. Cette portion de ROTK est de loin la plus dramatique. La quatrième partie voit alors Zhuge Liang obtenir le poste de premier ministre et donner pleine mesure à son génie politique et militaire.

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Cette avant-dernière partie est pour moi le point culminant de la série. Zhuge Liang y mène une difficile campagne dans le sud contre un guerrier sanguinaire, Meng Huo, particulièrement coriace. Il trouve ensuite enfin une opposition de valeur: le jeune stratège Jiang Wei dont il finit par faire son allié et surtout Sima Yi. Avec ce dernier, il a enfin un adversaire à sa mesure, un stratège hors pair contre lequel il doit déployer au maximum son habileté militaire. Les deux stratèges rivalisent alors d’astuce et de rouerie lors d’une succession de passes d’armes.  La cinquième partie, après les décès de ces deux personnages hors du commun, fait un peu pâle figure avec des protagonistes moins charismatiques, à l’exception notable de Jiang Wei. L’unité des trois royaumes finit par se faire, sous l’égide de la descendance de Sima Yi, mais aux prix de dramatiques sacrifices humains.

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Impossible de faire le tour d’un feuilleton de cette ampleur avec un simple article de blog. Je crois que, de toutes les séries historiques que j’ai vu, c’est celle qui présente le plus large éventail de stratégies militaires. Le roman dont est issu ROTK est si dense que tout n’a pu être intégré à la série: souvent, un épisode commence par un récapitulatif d’évènements faisant suite à l’épisode précédent et non montrés à l’écran. Autre particularité: fidèle au roman, l’adaptation comprend quelques passages empreints de mystique taoïste, mais aussi quelques prouesses surnaturelles (comme lorsque le cheval de Liu Bei saute d’un bond au sommet d’une falaise vertigineuse). Les exploits légendaires se mêlent aux faits historiques, cependant respectés dans les grandes lignes. ROTK, malgré quelques petits défauts (le réemploi de certains acteurs pour divers rôles secondaire au cours des épisodes, certains passages un peu ennuyeux vers la fin) est à raison considéré comme un classique de la télévision chinoise, parvenant à restituer la richesse épique d’un grand roman qui a influencé durablement la culture orientale.

Ci-dessous une vidéo avec un patchwork d’extraits de la série, accompagné de la musique de fin, Li Shi De Tian Kong, chantée par Mao Amin.

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