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La fiction télé portugaise n’a pas grande réputation. Cependant, on a déjà pu voir en France certaines productions de qualité, sur Arte: les mini-séries de Raoul Ruiz (Mystères de Lisbonne) et plus récemment de sa compagne Valeria Sarmiento (Les lignes de Wellington). Initialement des films de cinéma qui furent diffusés ensuite sous forme de séries. Até Amanhã, Camaradas (A demain, camarades) de Joaquim Leitão, est un cas différent: elle est passée du petit écran lusitanien à une version ciné écourtée. Constituée de 6 épisodes de 50 minutes, la série est l’adaptation d’un roman en partie autobiographique de Manuel Tiago, pseudonyme d’Álvaro Cunhal, ancien leader du Parti Communiste Portugais (PCP), qui revint dans son pays lors de la Révolution des œillets, après un long exil. C’est à l’occasion du centenaire de sa naissance que la série fut créée.

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L’intrigue se déroule en 1944, dans la province du Ribatejo, alors que le Portugal est sous la férule d’ António Salazar. Vaz, un jeune militant, rejoint une cellule du PCP clandestin dont l’objectif est de mobiliser la population, pauvre et mal nourrie, en vue d’un soulèvement pour réclamer plus de justice sociale et de liberté. La série nous plonge au cœur du réseau communiste, de ses actions et montre la répression implacable dont fait preuve la dictature à leur égard. Malgré une réalisation qui n’a rien d’exceptionnel, hormis une bande musicale de bonne facture (la fréquence des plans rapprochés trahit les limitations du budget), la série propose une histoire forte, parfois d’une violence crue.

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Le casting est assez large, mais dominé par quelques figures centrales: Vaz (Gonçalo Waddington) est un militant totalement dédié à la cause du parti (un personnage qui serait l’alter ego de Cunhal); Paulo (Cândido Ferreira), un cinquantenaire jovial qui, bien que non affilié au parti, est entièrement dévoué à ses camarades; Maria (Leonor Seixas) est une activiste novice et forme un couple avec Afonso (Nuno Nunes), jeune homme indécis quant à son degré d’implication au sein de la cellule; Ramos (Paulo Pires, qui joua dans une autre adaptation d’un roman de Cunhal, Cinco Dias, Cinco Noites) est un militant expérimenté et courageux, apte à déterminer la stratégie du réseau.

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Le premier épisode me sembla, de prime abord, un peu austère. Les réunions de cellules se succèdent, à tout propos (les camarades semblent atteints de réunionite aiguë), où le jargon du PCP employé rend l’immersion dans la fiction un peu difficile. Très vite la structure du réseau et les connexions entre ses membres apparaissent prépondérantes. Le PCP est une organisation fortement hiérarchisée, avec entre l’échelon local et national un comité régional très directif. Des divergences de vue se font jour quant à l’attitude à tenir face aux patrons: pour certains, ce sont des adversaires de classe mais pour d’autres des alliés potentiels contre le régime honni. D’autre part, la direction du parti semble ne pas être en phase avec la base, préoccupée plus par la théorie politique que par l’action de terrain contre les autorités salazaristes.

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La série montre aussi le noyautage des syndicats ouvriers par le PCP, en vue de préparer le soulèvement des travailleurs. Celui-ci fait l’objet du quatrième épisode, où une grande manifestation à Lisbonne (réunissant aussi bien les paysans que les ouvriers de l’usine textile) est réprimée durement, certains militants étant emprisonnés et torturés par les agents du PVDE, service de sécurité de l’Estado Novo de Salazar. Les méthodes du PVDE montrées à l’écran rappellent fortement celles de la Gestapo, tant par leur brutalité que par leur volonté de semer la division entre les activistes gauchistes (par exemple en les amenant à croire en la présence d’un traître dans leurs rangs). Cette épreuve sera le révélateur de la force de caractère de quelques camarades, prêts à se sacrifier, mais aussi de la faiblesse de certains, qui finissent par craquer face à la dureté des sévices du PVDE.

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La fiction parvient alors à mettre en évidence la capacité de survie du réseau clandestin, son aptitude à se reconstruire, à établir de nouvelles connexions pour pallier les pertes humaines subies. Les éléments ayant mis en doute la pertinence de la tentative d’insurrection du PCP sont bien vite mis à pied et des nouvelles têtes émergent aux postes de responsabilité.  Au final, bien plus qu’un récit visant à glorifier quelques figures emblématiques de la lutte politique (les faiblesses des protagonistes ne sont nullement occultées) ou à dénoncer le totalitarisme, c’est la structure politique clandestine qui est surtout mise en valeur, par sa capacité de résilience. Até Amanhã, Camaradas est une mini-série certes pleine de suspense, riche en tragédies humaines, mais où les protagonistes ne sont en définitive que les rouages d’une organisation dont les desseins prennent le pas sur le devenir des individus qui la composent. En cela, elle peut parfois paraître un peu froide, mais constitue une analyse éclairante d’un parti qui devint, avant la chute de l’URSS, un des acteurs majeurs de la vie politique portugaise.

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