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Sitcom en deux saisons de 6 épisodes diffusée sur ITV à partir de 1986, Hot metal est peut-être la comédie la plus mémorable créée par le duo infernal Andrew Marshall/David Renwick. Ceux-ci avaient déjà commis quelques années plus tôt Whoops Apocalypse, série burlesque tournant en dérision la guerre froide et la psychose de l’hiver nucléaire,  avec notamment John Cleese dans le rôle de Lacrobat, un trafiquant d’armes qui parvient à dérober une bombe atomique pour la vendre à l’Iran. Whoops Apocalypse doit son statut de série culte à un humour complètement barré et des personnages loufoques au ridicule outrancier. Hot metal est, dans la même veine, une satire délirante, bien que moins azimutée et construite avec plus de rigueur. Prenant pour cible la presse à scandale, elle s’avère particulièrement corrosive, plus encore que la comédie Drop the dead donkey, qui exploita avec bonheur le même thème (appliqué à une chaîne de télévision fictive) dans les années 90 durant 6 saison, sur Channel 4. David Renwick est sans doute le plus connu du duo, aussi bien pour sa fameuse série d’énigmes policières Jonathan Creek que pour sa géniale britcom One foot in the grave. Andrew Marshall est surtout renommé pour sa comédie à l’humour surréaliste 2point4 Children, qui rendit célèbre le regretté Gary Olsen.

La première saison débute par une révolution survenant au sein de la rédaction d’un quotidien respectable, le Daily Crucible. Ce journal, sérieux et austère, centré sur l’actualité politique et financière (un quotidien rappelant Le Monde) est à la traîne de ses concurrents et ses ventes sont en déclin. C’est alors qu’intervient un racheteur, le magnat Twiggy Rathbone (joué avec exubérance par Robert Hardy, connu auparavant pour son interprétation du véto Sigfried Farnon dans All creatures great and small), bien décidé à booster le journal en modifiant du tout au tout sa ligne éditoriale. Homme d’affaires décomplexé, il transforme le Daily Crucible en un infâme torchon racoleur, au grand dam du rédacteur Harry Stringer (Geoffrey Palmer dans un rôle bien différent de celui qu’il jouait dans la britcom ciblant les retraités As time goes by), qui se veut le garant d’une certaine intégrité professionnelle. Cependant Rathbone a un atout maître en la personne du reporter Greg Kettle (Richard Kane, excellent ), un enquêteur dépourvu de sens moral, prêt à toutes les bassesses, tous les bidonnages pour fournir des reportages à sensation.  De plus, le magnat place à la tête de la rédac Russell Spam, un journaliste qui partage entièrement sa vision du métier (également interprété par Robert Hardy). Commence alors la descente du Daily Crucible dans les tréfonds de la presse de caniveau.

Chaque saison comporte au moins un arc scénaristique, une enquête feuilletonnante. Dans la saison 1, on suit les investigations du reporter Bill Tytla à propos d’un homme prétendant être Nikita Khrouchtchev, qui s’avère au final n’être qu’un aliéné avant de mourir empoisonné lors d’une interview sur un plateau télévisé. Intervient ensuite un mystérieux informateur qui se révèle être un ordinateur doué de conscience. Parallèlement, Greg Kettle cherche à prouver la rumeur selon laquelle un respectable prêtre se transformerait en loup garou. Ces deux intrigues à suivre sont très bien scénarisées, en particulier celle de Bill Tytla où Renwick montre son potentiel dans la conception d’intrigues policières ingénieuses. Cependant, chaque épisode présente aussi des petits sketchs, un peu dans le style de ceux d’End of Part One, comédie antérieure du duo Marshall/Renwick qui parodiait gentiment la télé british. Souvent réussis bien que parfois d’un goût douteux, ces sketchs contribuent à pimenter la sitcom.

On découvre par exemple des spots publicitaires pour le journal, présentant les innovations de son manager: une photo de femme à poil par édition, à voir avec des lunettes 3D (ou Wobblevision, trouvaille qui inspirera plus tard Renwick pour un gag d’un épisode de Jonathan Creek, le film porno en 3D) ou encore à palper en version braille pour les aveugles; la déclinaison du journal en 24 éditions quotidiennes, une pour chaque heure; les suppléments exclusifs comme la publication d’un annuaire des londoniens séropositifs; les offres spéciales complètement dingues (offre d’un sextuplé à l’un des six lecteurs tirés au sort,  possibilité pour les lecteurs de remporter des fragments du squelette d’Elvis Presley)…Si tous ces gags participent à l’ambiance délirante de la série et à son caractère provocateur, le personnage de Greg Kettle demeure le plus sulfureux et le plus noir de la britcom: vrai psychopathe au comportement de pyromane (il n’hésite pas à provoquer des émeutes violentes pour créer une actualité brûlante), il est sans foi ni loi comme lorsque, infiltré chez un membre de la famille royale, il perce ses préservatifs en vue de favoriser la naissance d’un rejeton princier ou encore comme lorsqu’il attente à la respectabilité d’une institutrice en prétendant qu’elle conduit ses écolières à la prostitution. Si cet humour souvent excessif est réjouissant, il peut cependant parfois choquer les plus prudes des téléspectateurs.

La seconde saison, diffusée en 1988, surenchérit sur la première et propose une satire encore plus radicale, des situations plus outrées. Harry Stringer passe à la trappe et est remplacé par Dickie Lipton, un ancien journaliste de télévision qui devient la nouvelle caution morale du papelard (joué par Richard « Victor Meldrew » Wilson) mais qui ira au cours des épisodes de mal en pis et finira par sombrer dans une dépression nerveuse, terrassé par les indignités répétées de la direction. Le nouveau personnage le plus marquant est celui de Maggie Troon (interprété par Caroline Milmoe), une journaliste d’investigation pugnace qui enquête sur les méfaits d’un tueur fou sévissant dans un petit village, suivant une piste la menant sur la trace de possibles extraterrestres. L’arc scénaristique a cette fois a une intrigue des plus grotesques, mais le final est vraiment surprenant. D’autre part, Twiggy Rathbone est plus fantasque que jamais dans cette saison, multipliant les projets mégalos comme la création d’un parc d’attraction à sa gloire ou une audacieuse campagne de dénigrement des titres de presse concurrents. Si cette saison comporte des gags un peu plus inégaux que lors de la première, la britcom va ici encore plus loin dans la causticité mordante.

Dans l’ensemble sitcom très efficace (parfois au prix d’entorses au bon goût), portraiturant sans indulgence la vulgarité des acteurs de la presse tabloïd, la série est un brûlot ciblant particulièrement The Sun, nombre de parallèles pouvant être établis entre le Daily Crucible et ce quotidien à scandale. Évidemment, le trait est  grossi (quelquefois démesurément) mais cette satire reste, encore de nos jours, assez pertinente, en dépit du fait que ses thématiques sont bien ancrées dans l’air du temps de son époque (le milieu des années 80). Bien sûr, comme dans toute britcom vintage qui se respecte, on a droit aux rires (du public assistant au tournage ou bien enregistrés). Mais outre cet aspect forcément daté, c’est une perle d’humour politiquement (très) incorrect qui mérite amplement d’être redécouverte.

Ci-dessous, vous pouvez écouter la chanson d’Alan Price intitulée Papers, dont une version aux textes remaniés constitue le générique de la série.

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