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Cet article est le premier d’une série de billets consacrés à d’anciennes séries françaises, sélectionnées parmi mes visionnages de l’année écoulée. Bien que la télévision française actuelle propose quelques fictions de qualité, j’avoue avoir une nette préférence pour les productions de l’époque de l’ORTF et au delà, jusqu’au milieu des années 80. Aujourd’hui, je me penche sur deux DVD publiés ce mois-ci par l’INA, dans une nouvelle collection, les inédits du polar, qui succède à la fameuse collection des inédits fantastiques. Il y a quelques séries policières introuvables que j’espère voir rééditées (par exemple l’adaptation française du service des affaires classées de Roy Vickers), donc je suivrai avec attention les prochaines parutions. Deux téléfilms sont d’ores et déjà disponibles, deux adaptations de pièces de théâtre, qui ne datent pas d’hier mais ne manquent pas d’intérêt. Voyons cela de plus près.

Le dossier Chelsea Street (1962)

Téléfilm de Marcel Bluwal d’après une pièce d’un écrivain et dramaturge suisse, Walter Weideli, ce n’est pas la première adaptation de cette histoire, puisqu’une première version a été réalisée pour la télévision helvétique en 1961. On aurait aimé pouvoir visionner aussi cette version antérieure sur le DVD, histoire de comparer, mais on devra s’en passer. L’intrigue est située à Londres en 1927: George Steward (Pierre Vaneck) est un architecte aux ambitions déçues suspecté d’avoir tué son fils de trois ans  en l’empoisonnant au véronal (un barbiturique). Il est d’abord cuisiné par Twining (Georges Géret), un flic qui le bouscule sans ménagement, puis par son supérieur (interprété par Guy Tréjan), un policier subtil et à l’habileté confondante qui dissèque le passé de Steward et révèle les ressorts psychologiques de son comportement. En particulier, il soupçonne le ressentiment qu’il éprouve à l’égard de son épouse et de ses beaux-parents, membres d’une famille socialement et politiquement à mille lieues de ses convictions d’anarchiste, d’être la clé de l’affaire.

Le dossier Chelsea Street est à mon avis le plus remarquable des deux téléfilms, un huis clos captivant, en particulier le face à face entre Pierre Vaneck (qui joue parfaitement un protagoniste ambigu, alternant phases d’abattement et explosions de colère) et Guy Tréjean (très convaincant et qui semble ici habité par son personnage). Faisant preuve d’une perspicacité peu commune, le flic qu’incarne ce dernier a l’art de faire mine de sympathiser avec le suspect sur la sellette avant de lui asséner implacablement sa démonstration de la vérité criminelle. Néanmoins, à l’issue de l’interrogatoire, est-on sûr d’avoir mis au jour toute la vérité? Le téléfilm laisse planer une légère incertitude, laissant au spectateur le soin de se faire son opinion. Parmi les huis clos policiers vus à la télévision, certains m’ont laissé une empreinte indélébile (je pense surtout à Three men and Adena, épisode incroyable de la première saison d’Homicide: life on the street et à The man who said sorry, fleuron de la saison 6 de Public eye). Ce téléfilm n’est pas loin d’être aussi mémorable de par la tension qui le caractérise, allant crescendo vers un final magistral. Si le crime en lui-même relève du banal fait divers, c’est le dévoilement du mobile qui présente le plus d’intérêt et donne matière à réflexion.

Meurtre au ralenti (1959)

L’autre téléfilm est une réalisation de Jean-Paul Carrère d’après une pièce de théâtre du duo Boileau-Narcejac. C’est un suspense policier assez classique, dont l’originalité réside dans le cadre où est se situe l’action, les 24 heures du Mans. Raymond Berthon, engagé dans cette course, est à la fois constructeur de voitures et pilote automobile. Geneviève, son épouse, est rongée d’inquiétude à chaque compétition et souhaite qu’il prenne sa retraite. Exaspérée par la passion exclusive de son mari pour les autos, elle devient la maîtresse de Patrick, vendeur de voitures et frère de Raymond. Patrick, jaloux de la réussite de son frère, décide avec son amante de se débarrasser de Raymond, en remplaçant ses pilules énergétiques par des somnifères, dans l’espoir de provoquer un accident mortel pour ce dernier en pleine course. Commence alors une attente angoissée pour les deux complices, d’autant plus qu’un reporter photographe intrusif vient se mêler de ce qui ne le regarde pas.

C’est un suspense très bien huilé, une histoire d’engrenage fatal dotée in fine d’une chute ne manquant pas d’ironie. Cependant, force est de constater que la réalisation a pas mal vieilli, bien que la distribution (comprenant des comédiens un peu oubliés comme Jean Clarieux ou Liliane Bert) est dans l’ensemble compétente. Le téléfilm a été tourné entièrement en studio, avec quelques plans intercalés filmés lors de courses à l’autodrome de Montlhery, qui permettent de revoir les bolides d’époque. Le budget limité fait que l’on ne voit de la course de Raymond que les arrêts au stade, et rien des incidents qui l’émaillent. Sans être un incontournable, c’est un petit polar amusant à suivre, adaptant une fiction datant de la période la plus féconde de Boileau-Narcejac (le script de la pièce peut d’ailleurs être lu dans le tome 1 de l’intégrale de leurs œuvres intitulée Quarante ans de suspense). A noter la présence, dans le rôle du second pilote, de Serge Sauvion, le futur doubleur de Peter Falk/Columbo, dont ce fut la première apparition à la télévision. En somme, Meurtre au ralenti est une curiosité rétro, un scénario criminel assez simple mais développé avec efficacité.

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