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Dans ce cycle consacré au XIXe siècle, j’aurais pu choisir, parmi les séries américaines, de me tourner vers les westerns (depuis les classiques des années 50/60 à l’excellent Deadwood, il y eut un certain nombre de réussites). Cependant, cette mini-série d’Alvin Rakoff (en deux parties) reconstituant les premiers Jeux olympiques de l’ère moderne a titillé ma curiosité. Initialement diffusé en mai 1984 sur le réseau NBC, soit quelques mois avant le déroulement des JO de Los Angeles, c’est un programme de circonstance assez bien documenté, qui prend parfois des libertés avec les faits pour les besoins de la construction dramatique. Certes, il y a bien quelques passages convenus (par exemple quelques intrigues sentimentales un peu mièvres, heureusement peu développées) et la musique disneyenne peut parfois sembler sirupeuse. D’autre part, on peut considérer, même s’ils furent conçus dans un esprit différent de celui de Coubertin, que les véritables premiers jeux modernes furent ceux de Zappas, dont la première édition date de 1859 (voir ce site qui milite pour leur reconnaissance). Cependant, c’est dans l’ensemble une mini-série de bonne tenue, à destination d’un public familial.

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La première partie, d’une durée d’une heure et demie, aborde la préparation des jeux, à partir de 1894, en se focalisant sur la constitution de l’équipe américaine d’athlétisme de l’université de Princeton. D’autre part, un volet grec retrace le parcours de Spyrídon Loúis (ou Spýros Loúis) effectuant son service militaire et sélectionné pour courir le marathon. Cet épisode, tourné en grande partie aux studios de Pinewood, près de Londres, met particulièrement en valeur deux personnages ayant joué un rôle majeur dans la renaissance de l’olympisme: le baron Pierre de Coubertin (joué par un acteur d’origine marseillaise, Louis Jourdan,  qui s’exprime ici dans un anglais à la diction impeccable) et surtout le docteur William Miligan Sloane, fondateur du Comité olympique des USA. Joué par David Ogden Stiers, c’est un universitaire à l’esprit curieux, aussi enthousiaste que paternaliste avec les étudiants qui composent l’équipe de Princeton et féru d’Histoire antique. La série montre le travail de recherche qu’il entreprend quant aux modalités des jeux des temps anciens, le déroulement des épreuves comme les attitudes des athlètes de jadis, en se basant sur des sources picturales archéologiques. Ces sources serviront d’inspiration aux athlètes, en particulier les représentations des discoboles antiques influenceront la gestuelle des lanceurs de disque).

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Le casting américain est constitué en majeure partie d’acteurs de télévision des années 80 un peu oubliés aujourd’hui. On note cependant la présence d’Angela Lansbury (Arabesque) dans le rôle de la mère de l’athlète Robert Garrett (joué par Hunt Block) ainsi que le comédien interprétant James Connolly, qui n’est autre que David Caruso (Les experts: Miami). Cette première partie décrit l’entrainement des américains, soulignant le côté souvent empirique et les tâtonnements de leur préparation: ainsi, ils font leur première course vêtus de leurs vestes avant de se rendre compte que les enlever serait plus indiqué pour un tel effort! Également, ils confient la fabrication d’accessoires comme le poids et le javelot à des artisans, sans prendre en compte les gabarits officiellement admis lors de la compétition. Cet épisode mentionne aussi quelques anecdotes intéressantes: par exemple, le fait que les grecs voulaient nommer le marathon du nom du messager de l’antiquité qui effectua le légendaire trajet, Philippidès; ou encore le refus d’Oxford et de Cambridge de participer aux jeux, leur préférant les jeux pan-britanniques, car ils étaient froissés d’avoir reçu une invitation rédigée en français.

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Si la première partie est plaisante à suivre, la seconde, plus riche et spectaculaire, demeure la plus intéressante. D’une durée de près de 2 heures 20 minutes, essentiellement tournée en Grèce, elle permet de voir reconstituées nombre d’épreuves de ces jeux de 1896. L’épisode débute par un faux suspense. Pour le transport des athlètes de Princeton, il y eut un cafouillage dans les dates prévues, une confusion entre le calendrier américain et le calendrier grec. L’équipe risquant d’arriver à destination seulement au dernier jour des compétitions, un plan de secours est prévu, leur faisant traverser l’Italie en train et prendre un ferry à Brindisi. On sait bien que les sportifs sont arrivés à temps pour le début des jeux, mais la série tente de bâtir un suspense factice à cet égard. La cérémonie d’ouverture présente un anachronisme de taille à l’écran, avec un défilé des nations comme dans les JO récents en lieu et place d’une parade des clubs et universités participantes. Cependant, cette inexactitude se justifie par une nécessité dramatique: montrer l’absence de la délégation américaine, qui cherche à joindre Athènes à temps. C’est l’infidélité historique la plus criante de la série (quelques autres, mineures pour la plupart, sont relevées sur la page Wikipédia anglaise de The First Olympics).

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Il y a un point que j’ai particulièrement apprécié dans les reconstitutions des épreuves: le fait que les attitudes des sportifs à l’écran soient souvent calquées sur les poses visibles sur les photos prises en 1896: ainsi, le fait que les concurrents n’ont pas tous la même position au départ d’un sprint (même s’ils finissent par adopter la position accroupie que l’on connaît). Il est intéressant de voir les différences avec les jeux récents: ainsi, les concurrents du saut en longueur n’ont alors droit qu’à un seul essai; le saut à la perche se pratique à des hauteurs que nous trouverions risibles aujourd’hui; les sauteurs en hauteur ne connaissent que la technique basique du ciseau; les épreuves de natation se déroulent en bassin naturel, dans une eau glaciale. Quant au marathon, il comporte des ravitaillements généreusement fournis en pinard! Tout cela donne un côté rafraichissant à ces premiers jeux, où l’on constate une part non négligeable d’improvisation. Il convient de souligner que les courses sont très bien filmées, avec notamment un recours au travelling lors des sprints, contribuant à rendre captivant leur visionnage.

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On a reproché à la mini-série de mettre essentiellement en valeur les performances des sportifs américains. A juste titre, cependant on remarquera que la série se concentre sur les épreuves d’athlétisme, discipline où les USA ont alors raflé le plus de médailles. Également, outre Spyrídon Loúis dont la performance est magnifiée, un athlète australien, Edwin Flack a un rôle prépondérant à l’écran, où il fait figure de redoutable rival des américain sur le demi-fond (800 et 1500 mètres) et bénéficie d’un effort de notable de caractérisation. Cependant, on regrette que peu de compétitions hors athlé ne soient montrées (à part le tir au pistolet et la natation, et encore brièvement, le reste passe à l’as). Les allemands, par exemple, ont remporté le plus de médailles grâce à la gymnastique, mais sont complètements absents de la série. The First Olympics a parfois des accents patriotiques qui peuvent agacer, comme les podiums des athlètes US qui jalonnent ce second épisode, qui font l’objet de longues scènes.

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Mais ne boudons pas notre plaisir: la reconstitution est très détaillée, incluant un nombre impressionnant de figurants en costume dans les gradins (y compris les popes, présents au premier rang comme sur certaines photos d’archive). Les décors grecs sont assez majestueux et la réalisation prenante (l’arrivée du marathon dans la liesse du public grec est particulièrement bien retranscrite à l’écran). Cependant, les quelques écarts fictionnels par rapport au déroulement réel des jeux n’apportent parfois pas grand chose à la série (Robert Garrett en valeureux participant du marathon, qu’il n’a en vérité jamais couru, est-ce juste pour valoriser encore plus la team américaine?). Sans être une mini-série de premier plan, c’est tout de même à voir pour qui s’intéresse à l’histoire de l’olympisme et aux balbutiements des disciplines athlétiques…Même pour les non anglophones, car heureusement, des sous-titres dans la langue de Coubertin sont disponibles.

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