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Feuilleton en six épisodes de moins d’une heure diffusé par l’ORTF dès mars 1974, il s’agit d’un récit d’aventures contant les exploits du général Jean-François Allard (interprété par François Dunoyer) et de son ami italien André Ventura (Julian Mateos), partis en Inde en 1816, suite à la chute de l’Empire. Réalisée et scénarisée par François Villiers, avec des dialogues de Claude Brulé, cette mini-série s’inspire très librement du parcours exceptionnel d’Allard, préférant un plaisant divertissement au ton léger à une adaptation rigoureuse des faits historiques, qui ne sont respectés ici que dans les grandes lignes. Jean-François Allard demeure une célébrité de sa ville natale, Saint-Tropez, comme en témoignent les manifestations de l’année de l’Inde qui eurent lieu en 2012 à Saint-Trop, où des expositions et des conférences lui furent consacré.  La série, pleine d’humour, lui rend hommage en brodant sur la légende du personnage.

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Allard est dépeint dès le premier épisode comme un séducteur multipliant les liaisons à Saint-Tropez, où il fait notamment cocu le maire de la ville. Occupé à la gestion de l’entreprise de négoce en vin familiale après avoir combattu vaillamment dans l’armée napoléonienne, il s’ennuie ferme. Farouchement bonapartiste, il monte un projet fou avec d’autres fidèles de l’empereur: libérer Napoléon de Sainte-Hélène au moyen d’un sous-marin de leur fabrication. Mais des partisans de la Restauration découvrent l’engin en construction et le détruisent. Dans le même temps, Allard retrouve un ancien compagnon d’armée, Ventura: fils de joaillier, celui-ci doit partir en Perse, livrer un bijou (une pendule automate) au prince de Chiraz. Ni une ni deux, Allard décide de suivre son ami dans ses pérégrinations. En cheminant dans le désert avec une méharée, les deux amis font la connaissance de Yasmina, une séduisante aventurière qui cherchera à les délester de leur argent. Ils seront ensuite victimes d’une tentative de la part d’un guide malhonnête de leur subtiliser la pendule précieuse. Ils parviennent finalement à la livrer au prince. C’est alors qu’ils apprennent qu’en Inde le royaume du Pendjab tente de résister à l’envahisseur britannique. Répondant à l’appel de l’aventure, les deux amis décident de s’y rendre sur le champ.

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Après la difficile traversée d’un désert brûlant, ils parviennent à la cour fastueuse du Radjah Ranjit Singh. Mais gagner sa confiance ne va pas sans mal: ils sont soupçonnés d’être des espions anglais. Après l’avoir convaincu de leur bonne foi, ils se mettent à son service et sont nommés capitaines, même s’ils ambitionnent de devenir généraux.  Ils sont chargés de réorganiser l’armée du Pendjab, recruter des fantassins et développer une artillerie légère (le seul canon, lourd et peu maniable, dont disposait alors le Radjah, était le Zamzama). Ils font alors la connaissance de la directrice de l’usine de munitions, une belle allemande, Charlotte Honigberger, dont ils vont bientôt partager le lit. Malgré leur rivalité amoureuse, Allard et Ventura demeurent complices et élaborent des stratégies victorieuses pour repousser les envahisseurs afghans, faisant montre d’ingéniosité et recourant parfois à d’audacieux coups de bluff, comme pour s’emparer de la capitale ennemie au moyen d’une poignée d’hommes.

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Pendant leurs pérégrinations, ils rencontrent un riche homme d’affaires venu développer le commerce avec l’orient, Rockefeller. En outre, ils délivrent un anglais capturé par les afghans, le médecin Chaster, qui côtoya Napoléon à Sainte-Hélène et leur communique un plan précis de la demeure où celui-ci est reclus, Longwood House. D’autre part, le Radjah oblige Allard à épouser sa nièce, Bannou Pan Deï. Initialement récalcitrant, il tombe amoureux de la princesse hindoue après l’avoir dévoilée, à l’issue d’une cérémonie de mariage traditionnelle. Mais les deux acolytes ont aussi un adversaire de taille en la personne de Sardudsingh, un sikh proche conseiller du roi du Pendjab, qui multiplie les complots pour les discréditer aux yeux du souverain. Finalement, Allard retourne à Saint-Tropez, où il est accueilli triomphalement, accompagné de son épouse indienne, tandis que Ventura, nommé gouverneur au Pendjab, se lance dans le négoce avec le partenariat de Rockfeller.

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Ce qui frappe dans cette mini-série, c’est les nombreux décors magnifiques filmés avec des plans très travaillés. Les splendeurs des palais, les costumes, l’armement d’époque, les fastes de la cour font l’objet d’une reconstitution minutieuse. Le budget de la série devait être conséquent, celle-ci n’ayant rien à envier visuellement aux majestueuses productions indiennes de Sanjay Khan, The sword of Tipu Sultan ou encore The great Maratha. Pour un point de vue plus anglophile à propos de l’Inde à cette époque, on peut aussi visionner les deux téléfilms concluant la série Sharpe (avec Sean Bean dans le rôle titre), Sharpe’s Challenge et Sharpe’s Peril, qui bénéficient également de décors exotiques somptueux. Outre son aspect esthétisant, Le soleil se lève à l’est possède une bande musicale notable, composée par François de Roubaix (bien connu entre autres pour le générique de Chapi Chapo). La chanson du générique est interprétée par Johnny Hallyday, mais j’ai trouvé le thème répétitif et les paroles guère mémorables. Comme souvent pour les séries de cette époque, le casting réunit des comédiens de divers pays européens et est dans l’ensemble de bonne tenue.

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Si la série est très agréable à suivre, on peut trouver qu’elle prend un peu trop de libertés avec l’Histoire. Ainsi, on peut douter de la véracité de la personnalité des protagonistes tels qu’ils nous sont décrits: rien n’indique dans sa biographie qu’ Allard fut un tel collectionneur de conquêtes féminines ni que lui et Ventura eurent une réussite aussi insolente dans leurs exploits militaires. Quant au perfide Sardudsingh, il semble ne pas être inspiré d’un personnage ayant réellement existé. De plus, on peut regretter que les fouilles archéologiques réalisées sur place par les officiers français, à la recherche des traces du passage d’Alexandre le Grand, ne fassent pas l’objet de développements scénaristiques. Néanmoins, si la série privilégie la légèreté, un certain optimisme et une vision romantique du périple d’Allard, elle met tout de même en évidence l’influence du général sur l’organisation militaire du Pendjab, calquée sur celle de l’armée française (de plus, le royaume ira jusqu’à adopter le drapeau tricolore). Bien que n’ayant pour ambition de n’être qu’une divertissante fiction historique, on peut tout de même y glaner nombre d’informations sur le royaume de Lahore et le contexte des évènements survenus en Inde à cette époque lointaine. Cependant, pour une analyse sérieuse de la vie de Jean-François Allard, mieux vaut sans doute consulter la biographie récemment parue, Le généralissime, écrite par Henri Prévost-Allard. Pour une approche très romancée et ne se prenant pas au sérieux de cette grande figure de l’histoire tropézienne, cette fiction fort dépaysante et menée avec entrain remplit très bien son office.

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