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La NHK est réputée pour ses grandes séries historiques (taigas dramas) et ses fictions fleuve matinales (asadora). Cependant, la chaîne propose de temps en temps d’intéressantes fictions policières, comme ce fut le cas dernièrement avec une adaptation réussie de The long goodbye, de Raymond Chandler. Remontant à 1997, Shin Hanshichi Torimonocho propose en 18 épisodes des versions télévisées de quelques enquêtes d’Hanshichi, détective de l’ époque Edo, dont les exploits se situant vers le milieu du XIXe siècle furent contés par Okamoto Kidō au long de 68 nouvelles. La série offre un large panel d’affaires criminelles, permettant en outre d’aborder les croyances et les coutumes de cette période tardive du Japon féodal. Bénéficiant d’une bande son jazzy originale, c’est un drama distrayant, même si la réalisation n’est pas à la hauteur de ce que la NHK a fait de mieux (les décors sont peu variés, sans doute faute d’un budget conséquent). Le générique de fin est d’une originalité notable: on y voit des photos noir et blanc d’Hanshichi évoluant dans des décors du Japon moderne, avec en fond une sympathique chanson d’Okuda Tamio, Hi.

Une sélection des enquêtes d’Hanshichi a été publiée en langue anglaise dans une traduction d’Ian MacDonald et en France aux éditions Philippe Picquier (deux volumes: Fantômes et samouraïs et Fantômes et kimonos) dans une traduction de Karine Chesneau. Écrites entre 1917 et 1937, les nouvelles d’Okamoto Kidō constituèrent les premières fictions policières historiques japonaises écrites à l’époque moderne. L’auteur a été influencé par la lecture des aventures de Sherlock Holmes (traduites au Japon dès 1892), ainsi que par un personnage de policier (okappiki) du théâtre kabuki. Chaque nouvelle débute par la visite du jeune narrateur à Hanshichi au soir de sa vie qui lui raconte ses exploits passés. Rien de tel dans la série, où un commentateur apparaît le plus souvent lors du pré générique pour introduire l’enquête du jour (souvent avec humour) et préciser le contexte historique, un peu à la manière du narrateur du taiga drama  Aoi Tokugawa Sandai (voilà une grande série historique dont je vous reparlerai ultérieurement).

Lorsque débutent ses exploits, Hanshichi (interprété par Sanada Hiroyuki) est un jeune veuf vivant seul dans une maison d’habitation d’Edo (aujourd’hui Tokyo). Sa belle-sœur Okume (Makise Riho) s’occupe de lui et lui rend visite de temps en temps.  Il est secondé dans ses enquêtes par quelques fidèles, dont Matsukichi (Ato Kai) et Kojiro (Takachi Noboru). La distribution est composée d’acteurs confirmés, qui surjouent lors de certaines scènes, une caractéristique que l’on retrouve dans nombre de dramas japonais, mais qui ne nuit pas ici à la crédibilité de l’action. Les affaires développées dans la série ne sont en général pas très complexes, même celles qui s’étendent sur deux épisodes. Cependant, un soin particulier est apporté à l’atmosphère, spécialement lorsque des manifestations du surnaturel sont (en apparence) présentes.

La première enquête, The gold candles, une histoire de femme noyée près de laquelle on retrouve des bougies dissimulant des lingots d’or, est basique et sert essentiellement à présenter les protagonistes. Le deuxième épisode, Upstairs of the bathhouse est plus intéressant car son intrigue est bâtie autour de la pratique légiférée de la vendetta à l’époque Edo: celui qui voulait se venger (souvent un samouraï pour une dette d’honneur) devait demander un permis de vendetta; une fois celui-ci accordé, le vengeur avait interdiction de retourner chez lui avant d’avoir tué sa victime désignée. Si les épisodes suivants sont d’inégale qualité, ils apportent chacun un éclairage sur la société japonaise d’alors, révélant les mentalités, les coutumes et croyances en vigueur.

Ainsi, l’épisode 5, Kappa Kid, mêle à une affaire de meurtre la légende des kappas, monstres du folklore nippon, qui font l’objet dans l’histoire d’une représentation théâtrale. L’épisode suivant, The female shaman, développe une intrigue sur la supposée clairvoyance d’une femme mystérieuse issue de la noblesse de Kyoto.  L’épisode 8, Osakaya Kacho, introduit la Némésis du détective,  une ancienne prostituée et  meurtrière sans scrupules à l’habileté redoutable, reconnaissable à son splendide tatouage (elle réapparait ultérieurement dans la série). Morning glory mansion (ep. 9), où Hanshichi recueille un enfant aux origines énigmatiques, nous présente les particularités du système scolaire de l’époque, comme l’obligation d’apprendre sur le bout des doigts les œuvres  de Confucius, les discours de Mencius et les neuf classiques chinois pour réussir les examens. Three voices (ep.10) constitue une des meilleures intrigues policières de la série, une histoire de meurtre lors d’un pèlerinage et d’un alibi truqué reposant sur des voix entendues au travers d’une cloison en papier de riz.

Après The noh mask (ep.11), un imbroglio autour d’un ancien masque no de grande valeur, les épisodes 12 et 13, Tsunokuniya développent une histoire baignant dans le fantastique avec une malédiction familiale et les apparitions miraculeuses d’un spectre vengeur, avant de s’achever par des explications on ne peut plus rationnelles. A voir pour les amateurs de mystère et d’ambiances macabres. L’épisode suivant, The votive horse tablet est également très intéressant, une histoire de contrefaçon d’objets d’art, où est évoqué la tablette votive de Yui Shosetsu (chef de la rébellion de Keian en 1651) représentant un aigle blanc. Les techniques des faussaires y sont brièvement exposées. The voice in the dark (ep.15) est un autre épisode reposant sur des apparences étranges, où les victimes de meurtres sont attirés vers leur funeste destin par une voix semblant désincarnée, cependant le mystère ne fait pas long feu et l’intrigue est un peu simpliste. The toy tiger (ep.17) raconte une affaire criminelle dont l’action est située en partie dans un lupanar, permettant de découvrir la prostitution de luxe telle qu’elle se pratiquait à l’époque Edo. L’épisode comprend aussi quelques unes des plus habiles déductions d’Hanshichi.

Malheureusement, l’épisode final, Spinning lantern, clôt la série sur une note mineure avec une improbable histoire faisant intervenir un sosie d’Hanshichi et une pirouette finale un peu trop opportune. Avec quelques épisodes que je n’ai pas évoqué, c’est une des rares déceptions d’une série, certes pas exceptionnelle, mais en général assez intéressante à suivre. Il y a parmi les affaires évoquées quelques bonnes énigmes criminelles, cependant la télévision japonaise a fait mieux depuis, nombre de séries de mystère récentes surpassant aisément en ingéniosité les cas résolus par Hanshichi. Cependant, ce drama reste un bon divertissement permettant de découvrir certaines histoires du corpus d’Okamoto Kidō non encore traduites en occident et de se familiariser avec l’œuvre de l’un des pères de la fiction policière nipponne. Malgré une réalisation un peu limite au regard des productions actuelles (voire même d’autres dramas de la NHK des années 90 et en deçà), les nombreuses informations distillées au fil des épisodes sur la culture de la fin de la période Edo font que le drama mérite l’attention des amateurs de fiction historique. Ceux intéressés essentiellement par l’aspect policier peuvent aussi l’apprécier malgré la minceur de certaines énigmes.

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