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Dernier volet du cycle consacré aux séries situées au XIXe siècle, cette fiction en six épisodes de moins d’une heure nous transporte en Afrique du Sud, lors de la seconde guerre des Boers, en 1900. Comme souvent pour les productions télé ambitieuses des années 70, il s’agit d’une coproduction internationale entre Antenne 2, Karat Films pour l’Allemagne, la RTBF pour la Belgique et la SABC pour l’Afrique du Sud. La collaboration de la SABC n’a pas manqué de déclencher une polémique, cette chaîne étant alors liée au  régime d’apartheid et devant pour certains être boycottée . Une prise de position compréhensible, néanmoins Pour tout l’or du Transvaal est une mini-série de qualité, dotée d’un scénario à rebondissements exploitant habilement le contexte historique, de beaux décors naturels et un intéressant casting. La chanson du générique, L’homme tranquille, interprétée par Lucky Blondo et ayant pour auteur Pierre Bachelet est également marquante et revient comme un leitmotiv au cours des épisodes.

Jacques Cervin (Yves Rénier), un médecin qui fut rayé des cadres de la marine, reçoit d’un patient mourant une carte indiquant l’emplacement d’un gisement aurifère en Afrique du Sud. Il s’y rend et rencontre sur le bateau en direction du Cap Mary Lawson, une infirmière anglaise allant prêter assistance aux forces britanniques (Ursula Monn). Mais, arrivé au Cap, Cervin est pris pour un espion et envoyé en prison. Il échappe à l’exécution grâce à l’intervention d’un groupe de rebelles ayant pris le parti des Boers. Il décide de se rallier à leur cause et de les aider à acheminer en contrebande des munitions à destination des Boers, en cheminant vers le nord, vers le Transvaal. Arrivé à Pretoria, Jacques apprend que Mary a été capturée par les Boers. Il veut monnayer sa libération contre les plans de la mine d’or et doit au préalable récupérer le précieux document à la prison du Cap où il est consigné. Il y parvient grâce à un astucieux stratagème. Il s’enfuit ensuite avec les rebelles et Mary, poursuivi par la police dirigée d’une main de fer par Paxton (Graham Armitage).

Jacques décide de mettre ses ressources financières au service de la cause des Boers. Mais la suite des évènements ne tourne pas en la faveur des insurgés. Des dissensions voient le jour parmi les rebelles: un certain Meeker (Manfred Seipold), jaloux de l’attirance de la jeune Marguerite (Jocelyne Boisseau) envers Cernin, choisit de trahir son camp et opte pour la collaboration avec les anglais; un autre Boer, Jacob (Ryno Hatting), entre en conflit avec Jacques à  cause de désaccords à propos de la stratégie à adopter contre les britanniques. Ces derniers parviennent à exploiter les divisions de l’ennemi et enchaînent les victoires sur le terrain, parvenant à annexer la capitale du Transvaal, Pretoria et à priver les Boers de soutien en parquant la population civile des campagnes dans des camps de concentration. Cernin et les rebelles poursuivent leur combat très mal engagé contre l’occupant, Tandis que les routes de Jacques et de Mary se croisent et se séparent au gré des péripéties d’une lutte bien inégale.

La distribution est de qualité, avec quelques bonnes surprises. Yves Rénier, jouant ici dans un registre très différent du Commissaire Moulin, est très à l’aise dans le rôle principal, celui d’un aventurier au départ dépourvu d’idéal mais qui vient au militantisme par le hasard des circonstances et finit par prendre une part active aux évènements politiques sud-africains. Dans un rôle secondaire apparaît Bernard Dimey, poète et dialoguiste, dont c’est l’une des rares apparitions à la télévision: il y joue Paintendre, un chercheur d’or d’origine provençale qui recueille Jacques alors que celui-ci errait dans le Veld. Son personnage exubérant à l’accent méridional prononcé apporte une touche pittoresque bienvenue à la mini-série. Ursula Monn incarne avec un entrain rafraîchissant une Mary Lawson au fort tempérament, résolue et altruiste.

Ce personnage de Mary Lawson est sans doute inspiré d’une figure réelle de la guerre des Boers: l’infirmière britannique Emily Hobhouse. Pacifiste militante, elle découvrit les camps de concentration anglais en Afrique du Sud lors d’un voyage réalisé en 1900 à l’instigation d’un député libéral. A l’instar de Mary Lawson (emprisonnée au sein d’un camp dans la série), elle chercha à améliorer le sort des internés, leur faisant parvenir des produits de première nécessité. Autre point commun avec Mary Lawson, de retour en Angleterre, elle ne ménagea pas ses efforts pour sensibiliser le public à propos du triste sort des Boers sous le joug britannique, avec pour conséquence l’envoi d’une commission dirigée par la féministe Millicent Fawcett pour enquêter sur les conditions de vie dans ces camps sud-africains. Cependant, la série ne s’inspire que très librement d’Emily Hobhouse, le parcours de Mary Lawson étant, on s’en doute, bien plus mouvementé et hautement romanesque. Le feuilleton est par ailleurs très critique envers la politique du maréchal Kitchener en Afrique du Sud, montrée sous un jour très répressif, avec une tactique d’isolement des rebelles par une compartimentation du territoire (opérée au moyen de la construction de multiples postes fortifiés). La vie difficile des civils dans les camps est montrée d’une façon nullement aseptisée: la promiscuité, l’insalubrité, les épidémies faisant des ravages sont dénoncées par la série. Cependant, seuls les Boers emprisonnés sont présents à l’écran. Plus de la moitié des détenus étaient des Africains noirs, qui eurent aussi à souffrir des privations et du manque d’hygiène. On peut regretter au la série n’évoque pas cet autre aspect du drame des prisonniers de guerre sud-africains.

Fiction riche en rebondissements, très instructive concernant ce conflit aujourd’hui un peu tombé dans l’oubli, Pour tout l’or du Transvaal fait partie des bonnes séries historiques à l’ancienne, se distinguant par un cadre rarement usité. C’est une sorte de western austral qui nous est conté. Bénéficiant d’un budget conséquent pour l’époque, ce qui se voit lors des scènes d’action spectaculaires qui émaillent les épisodes, c’est un divertissement prenant et intelligemment mené, par le réalisateur d’ Aux frontières du possible, Claude Boissol (qui tourna auparavant une autre série en Afrique du Sud, Les diamants du président, une histoire de mercenariat, avec Michel Constantin). Comme il s’agit d’une coproduction, les voix des acteurs étrangers sont doublées (comme de coutume en France): on aurait préféré les voix originales sous-titrées, cependant ici le doublage est très correct dans l’ensemble. La série permet en outre d’avoir un aperçu de la fiction télé sud-africaine diffusée à l’époque de l’Apartheid, bien peu de ces productions étant visibles facilement de nos jours (à quelques exceptions près, en particulier Shaka Zulu; voir ce site pour en savoir plus sur les vieilles séries de cet État ségrégationniste).

Ci-dessous, une vidéo de la chanson emblématique de la série, Homme tranquille.

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