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En général, j’essaie sur ce blog de présenter des séries originales, qui s’éloignent des sempiternelles séries policières procédurales qui pullulent sur les chaînes télé généralistes. La série que je présente aujourd’hui fait figure d’exception: un cop show allemand très classique, composé d’épisodes d’une durée d’une heure trente environ, mais avec une bonne dose d’humour et un duo d’enquêteurs qui fonctionne très bien à l’écran. Ayant pour décor la ville de Cologne, chaque épisode narre les enquêtes de Marie Brand, une inspectrice de police d’âge mûr (interprétée par Mariele Millowitsch) assistée par l’inspecteur Jürgen Simmel (joué par Hinnerk Schönemann, connu entre autres pour son rôle dans le film de Florian Henckel von Donnersmarck, La vie des autres), un détective athlétique au tempérament fougueux dont les fréquentes maladresses sont sources de péripéties comiques. Les deux limiers font partie d’une équipe de flics dirigée par Gustav Engler (Thomas Heinze), qui entre parfois en conflit avec Marie et ses méthodes d’investigation souvent peu orthodoxes. La série n’est pas découpée en saisons, les épisodes étant diffusés de loin en loin à la télévision allemande depuis 2008. Je présente ici le contenu d’un coffret DVD récemment paru et comprenant 10 épisodes.

Le pilote, Marie and the Perils of Greed (Marie Brand und die Tödliche Gier), introduit le personnage de Marie Brand: après le décès de son père, un inspecteur mort dans l’exercice de ses fonctions, Marie fut transférée de la brigade des homicides à celle s’occupant des cambriolages. Initialement, Marie rappelle un peu Adrian Monk, de par ses excentricités et ses facultés hors norme (mémorisation des nombres premiers, ambidextrie, intuition peu commune). Cependant, cette approche ne sera pas exploitée par la suite, Marie étant après quelques épisodes présentée sous un jour plus ordinaire (et avec un nouveau look). De même son compagnon, Herms (Stefan Reck), un individu taciturne qui dirige un magasin animalier spécialisé dans les NACs, disparaît au bout de quelques épisodes. Dès le pilot, on suit les mésaventures de l’acolyte de Marie (Simmel), célibataire trentenaire qui cumule les déconvenues sentimentales. Si la caractérisation des protagonistes n’est pas encore fermement établie dans cet épisode initial, l’intrigue est plutôt bien agencée. C’est une enquête sur la mort en apparence accidentelle d’une jeune femme dans son appartement, victime d’un cambriolage ayant mal tourné, affaire qui impliquerait les agissements d’une secte et de son insaisissable gourou, car une adepte a été surprise par un témoin sur les lieux du crime au moment fatal. La résolution de l’affaire par Marie s’avère purement intuitive, ne s’appuyant pas sur un faisceau de preuves matérielles (autre caractéristique des premiers épisodes de la série).

Le second épisode, Marie and the Charm of Evil (Marie Brand und der Charme des Bösen) est un face à face entre Marie et Ulf Tilmann (interprété par Harald Krassnitzer, connu pour avoir joué dans Tatort), qui dirige une société de conseil en management du personnel des entreprises. Une de ses subordonnées meurt dans l’explosion de sa voiture, victime d’une bombe censée attenter à la vie de Tilmann. Marie soupçonne ce dernier d’être l’instigateur d’une machination alors qu’il se déclare visé par une personne qu’il a contribué à faire licencier. Cynique et très influent auprès des autorités, cet adversaire obligera Marie et Simmel à recourir à un ruse somme toute assez classique, mais assez bien amenée dans l’intrigue.

Marie and the Night of Retribution (Marie Brand und die Nacht der Vergeltung) est une histoire de double meurtre doublée d’un cas de suicide apparent dans un building de Cologne.L’épisode est moyennement intéressant, car si Marie fait preuve d’un sens de déduction aiguisé, le déroulement des faits est démontré par les images d’une vidéo opportunément découverte par les enquêteurs. Heureusement, l’épisode suivant, Marie and the Murderous Oblivion (Marie Brand und das mörderische Vergessen) est un peu plus inventif. Se déroulant dans le milieu hospitalier, c’est l’histoire d’un patient apparemment mort des suites de la négligence de l’assistant d’un neurochirurgien réputé. Abordant le cas intéressant d’une malade d’Alzheimer qui note méticuleusement jour après jour tout ce dont elle est témoin dans son existence, cet opus présente aussi un criminel dont le mobile est plutôt original. Cependant, les recherches ambitieuses en chirurgie neurale exposées lors du dénouement de l’intrigue relèvent pour une grande part de la science-fiction.

L’épisode 5, Marie and the Last Ride (Marie Brand und die Letzte Fahrt), un meurtre survenu dans une attraction de fête foraine (le train fantôme), est une histoire dont le point de départ rappelle étrangement un épisode de Psych (In Plain Fright, saison 5, épisode 11).  L’intrigue ne manque pas de rebondissements et les explications finales dévoilent un modus opérandi assez astucieux. Si Herms est passé aux oubliettes, le duo Brand/ Simmel est parfaitement rôdé et leurs interactions amusantes à suivre. Marie and the Lady in the Game (Marie Brand und die Dame im Spiel) est peut-être le meilleur épisode: un champion d’échecs en fauteuil roulant serait impliqué dans un meurtre qu’il ne peut matériellement avoir commis et constitue un adversaire donnant à Marie du fil à retordre. C’est un cas assez brillant de crime parfait.  J’ai été moins emballé par Marie and the Fall of Mankind (Marie Brand und der Sündenfall), encore une histoire de meurtre à laquelle serait mêlé un prêtre aux agissements peu catholiques. Cependant, l’intrigue secondaire est distrayante: le supérieur de Marie, Gustav Engler, récemment divorcé et privé de son domicile, emménage chez l’inspectrice, Marie cherchant à dissimuler ce fait à Simmel.

Marie and the Moment of Death (Marie Brand und der Moment des Todes) a pour cadre une galerie d’art où un tableau de valeur a été dérobé, tandis qu’un homme en lien avec un des protagonistes est retrouvé assassiné sur une route, victime d’un mystérieux motard. L’intrigue s’avère être un grand classique, présentant un schéma récurrent dans les histoires de vols d’objets d’art. Cependant, la personnalité du peintre exposé est intéressante: ses œuvres macabres représentent l’instant où la vie s’éteint chez des individus à l’agonie et, pour avoir des modèles d’êtres vivants passant de vie à trépas, il se rend dans un abattoir et prend des croquis sur le vif de bestiaux lors de leur abattage.

L’avant dernier épisode du DVD, Marie and the Wrong Woman (Marie Brand und die Falsche Frau) est une affaire d’enlèvement. Une femme sortant de chez le coiffeur est kidnappée en vue de rançonner son riche mari. Mais les malfrats se sont trompés de cible, ils ont enlevé la secrétaire de l’épouse. Plus tard, Marie qui a surprise les malfaiteurs est enlevée à son tour. Les apparences sont trompeuses dans cette histoire mais j’ai trouvé l’issue assez prévisible, des indices flagrants étant donnés aux téléspectateurs assez rapidement. Enfin, Marie and the Song of Love and Death (Marie Brand und das Lied von Tod und Liebe) clôt l’ensemble sur une note positive, avec l’épisode le plus franchement humoristique du lot. L’enquête concerne la mort suspecte d’un indien: lors du tournage d’un film publicitaire, il descend la façade d’un immeuble en rappel et la corde sabotée se rompt. Si l’intrigue policière prend un tour assez surprenant, les quelques scènes comiques (comme celle où Simmel et Brand sont tétanisés sur le toit de l’immeuble, victimes d’acrophobie) contribuent à pimenter un scénario dont le fond se révèle assez sordide.

Cinq autres films des investigations de Marie Brand ont été diffusées depuis (les deux derniers en 5), peut-être seront-ils inclus dans un second coffret DVD. Concernant ces dix premiers épisodes, même si les énigmes policières proposées ne sont pas franchement exceptionnelles (bien qu’habilement agencées) et les décors de Cologne et alentours pas vraiment dépaysants, c’est le casting et la complicité du duo Brand/Simmel développée au fil des enquêtes qui rendent la série attachante en dépit du manque d’originalité inhérent à ce type de fiction. S’inspirant parfois de façon flagrante de séries policières américaines à succès, ce krimi qui se distingue par un humour assez particulier constitue un divertissement de qualité honorable, même s’il ne saurait prétendre être au niveau des meilleures fictions policières du petit écran. Classique et agréable à suivre, cela devrait convenir aux amateurs de polars ne sortant pas trop des sentiers battus.

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