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Les séries françaises des années 1970 se distinguaient souvent par une atmosphère fantastique très soignée et un sens aigu du mystère. C’est le cas avec L’homme qui revient de loin, mini-série diffusée en six épisodes et datée de 1972, disponible en DVD chez Koba films dans la collection Mémoire de la télévision, redécoupée en treize épisodes de moins d’une demi-heure (et aussi téléchargeable sur le site de l’INA, comme d’habitude). Il s’agit de l’adaptation d’un roman méconnu de Gaston Leroux (par Claude Dessailly, auteur des Brigades du tigre), dotée d’une réalisation classique mais bien maitrisée (de Michel Wyn, à qui on devra ultérieurement La cloche tibétaine, avec Coluche). Ce récit de mystère aux apparences surnaturelles est typique de la production romanesque de Gaston Leroux, le roman publié en 1917 s’inscrivant dans l’air du temps en abordant le thème du spiritisme, les pratiques médiumniques étant alors très en vogue.La série s’avère bénéficier d’une intrigue plus étoffée que celle du roman (surtout de sa première mouture) et constitue un bon exemple d’adaptation télévisuelle réussie.

Nulle présence de Rouletabille dans cette histoire, l’enquêteur, le journaliste Darbois, n’intervenant que tardivement pour démêler l’affaire. L’intrigue se déroule en 1910, au château d’André de la Bossière, en Ile de France. Cet industriel a prospéré en fabriquant des manchons incandescents. Veuf, il règne sur son domaine et héberge son frère Jacques et son épouse Fanny, qui sont sous sa dépendance suite à des revers financiers. Ils sont logés chichement dans les locaux de l’usine familiale tandis qu’André mène une vie dispendieuse de riche châtelain. Un jour, André annonce son départ inopiné pour l’étranger, pour une durée indéterminée et confie à Jacques, en son absence, la direction de l’usine, lui offrant de s’installer au château. Par la suite, l’absence d’André s’éternise tandis que Jacques et Fanny profitent d’un revers de fortune qu’ils n’auraient jamais espéré.

La femme du notaire de la famille Saint Firmin, Marthe, s’inquiète de l’absence prolongée d’André. Cette créature sensible au charme éthéré organise alors une séance de spiritisme autour d’un guéridon où se manifeste l’esprit d’André, qui affirme avoir été assassiné. Le comportement agité de Jacques suite à cette manifestation paranormale de l’industriel induit les soupçons de Fanny quant à l’implication de son époux dans ce crime supposé. Bientôt, les évènements d’apparence surnaturelle se succèdent à la Roseraie: apparitions du fantôme d’André dans les bois entourant la propriété, tentative d’assassinat par balle à l’encontre de Jacques, perpétrée par le spectre d’André selon les dires de la victime sauvée in extrémis de la mort. Un climat délétère qui conduira le châtelain de substitution au bord de la folie.

Quelques années avant l’adaptation réussie (malgré une réalisation en demi-teinte) de La poupée sanglante, autre roman de Leroux, par Robert Scipion, L’homme qui revient de loin est à mon avis une des meilleures séries de mystère de la télévision française. J’ai trouvé cette fiction bien plus convaincante que certaines autres largement plus connues, comme par exemple, le feuilleton L’île aux trente cercueils (d’après Maurice Leblanc) qui péchait par un scénario un peu artificiel. L’ambiance surnaturelle est ici habilement distillée, toutes les pièces du puzzle finissent par s’emboîter parfaitement. Si l’explication des sortilège de la Bossière peut sembler un peu tirée par les cheveux et assez grand-guignolesque par certains aspects, elle laisse au téléspectateur un souvenir durable.

La distribution est de qualité plutôt homogène, avec notamment de bonnes prestations de la part de Louis Velle et Alexandra Stewart dans leurs rôles respectifs de Jacques et Fanny. Mais les personnages les plus marquants restent Marthe (jouée avec sensibilité par Marie-hélène Breillat), femme exaltée dotée d’un fort penchant pour le mysticisme, et surtout Saint-Firmin, notaire au caractère faussement débonnaire et amateur de taxidermie à ses heures perdues. Roland Armontel, qui a alors une longue carrière de comédien derrière lui, est excellent dans ce rôle trouble et ambigu (il sera également au générique de La poupée sanglante quelques années plus tard, mais en incarnant un personnage secondaire). Si cette histoire de Gaston Leroux connut deux adaptations au cinéma (dont un film muet remontant à 1917),cette version télévisuelle a le mérite d’approfondir la trame scénaristique et de donner une plus grande épaisseur aux protagonistes, rendant la série (une fois n’est pas coutume) sans doute supérieure au roman adapté.

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