Mots-clefs

, , , ,

burned6_zps2iwrwjki

Ces dernières années, la télévision australienne a produit quelques très intéressantes séries nous plongeant dans le quotidien des aborigènes d’Australie. Quelques exemples: la fiction juridique The circuit, les deux saisons de Redfern now, chroniques de la vie dans ce quartier de Sidney (et première série entièrement écrite et produite par des indigènes) ou encore la mini-série The gods of wheat street. Heartland, qui date de plus de vingt ans, peut être considérée comme un précurseur de ces productions récentes. Comportant treize épisodes et diffusée sur la chaîne ABC, c’est une fiction à la fois policière et sociale qui permet en outre au téléspectateur de découvrir divers aspects de la vie des communautés autochtones, aussi bien en milieu rural qu’urbain. Grâce à une réalisation très soignée, la série a très bien vieilli et demeure captivante à suivre, malgré un certain étirement de l’action parfois perceptible.

burned4_zpsfufnxxqx

Le premier épisode débute avec l’arrivée à Brooklyn Waters, en Nouvelle-Galles-du- Sud, de Beth Ashton, une jeune productrice de radio récemment divorcée (interprétée par Cate Blanchett). Son grand-père décédé lui a légué sa maison et ses terrains sur place et Beth projette de les vendre. Mais la propriété est mitoyenne d’une réserve aborigène, Binbilla, habitée par quelques familles ayant pris l’habitude d’empiéter sur le terrain familial. L’arrivée de Beth est source de frictions avec les natifs, mais celle-ci finit par se montrer compréhensive lorsqu’elle découvre les conditions de vie difficiles que connaissent les aborigènes de Binbilla, grâce à l’action conciliatrice de Vincent Burunga (joué par Ernie Dingo, que l’on retrouvera dans un épisode de la saison 2 de Redfern Now, Dogs of war), un officier de police indigène qui tient un rôle de médiation entre les autorités locales et les populations aborigènes.

burned3_zpscnexkrey

Bientôt survient une tragédie: une jeune fille de Brimbilla est retrouvée morte, après avoir été violée et assassinée. Son petit ami, Ricky Dyer (Bradley Byquar) est accusé du meurtre et incarcéré. Alf, le patriarche de la communauté et grand-père de Ricky (Bob Maza), croit en son innocence et demande à Vincent d’enquêter pour trouver le vrai coupable. L’enquête, qui s’étale sur l’ensemble de la série, permet de mettre en évidence les préjugés de certains flics blancs envers les aborigènes. Bientôt, un second meurtre vient compliquer l’affaire, mais la résolution du mystère ne devrait pas surprendre les amateurs de polars (bien que la façon dont les preuves déterminantes sont découvertes est pour le moins atypique). Heureusement, Heartland ne se résume pas à une trame policière classique, mais développe d’autres storylines dignes d’intérêt.

burned10_zps99vzgdwp

Ainsi, Beth découvre un secret de famille: son grand-père a eu un fils avec une aborigène, Mary Dyer (Lilian Crombie). Le fils de Mary, Ben, lui a été arraché à un âge très jeune et placé par l’assistance sociale dans une famille non aborigène. Ben ignore tout de ses véritables origines lorsqu’il reçoit la visite de Beth et de sa sœur Sally (Lisa Kinchela). Tout d’abord, il refuse d’admettre la vérité mais va peu à peu se rapprocher de la communauté indigène avant de se révéler un farouche défenseur de leurs droits et un homme d’affaires n’hésitant pas à investir pour leur développement. L’évolution du personnage, bien qu’assez prévisible selon moi,  permet aux scénaristes de plaider pour un rapprochement entre les communautés composant l’Australie.

burned1_zpscctgtu1o

D’autre thématiques relatives au sort des aborigènes émaillent les épisodes: alcoolisme, difficultés d’insertion, intégration dans le système éducatif, délit de faciès. Parfois de manière un peu trop démonstrative, ces développements on le mérite de montrer les inégalités qui persistent dans cette société. Sur un plan plus léger, il y a également un peu de romance, avec une idylle  entre Beth et Vincent. Il est probable que ce qui contribue à les rapprocher, c’est la similitude de leurs situations: ils se trouvent entre deux mondes et peinent à  se faire accepter par les communautés blanches et indigènes. Cette histoire d’amour n’occupe heureusement pas une place prépondérante dans Burned bridge. Les intrigues sont assez diversifiées, comme en témoignent quelques épisodes qui tranchent avec la tragédie de Brooklin Waters.

burned8_zpsql2gpxgd

Lors des épisodes 6 et 7, nous plongeons dans l’outback: Vincent retourne dans sa famille résidant dans les plaines désertiques non loin du mont Augustus, lieu éminemment sacré dans la culture aborigène. Beth découvre alors que Vincent a laissé là bas une femme et une enfant quand il a quitté son poste d’officier de police dans l’ouest. Il culpabilise en trouvant sa fille gravement malade et ses parents l’incitent à subir une punition rituelle pour sauver sa progéniture, selon la loi coutumière des indigènes. Les modalités de l’épreuve montrées dans la série restent assez nébuleuses, mais ce passage est révélateur d’un système judiciaire radicalement différent de celui officiellement en vigueur dans l’État. Cette parenthèse dans une zone reculée de l’ouest australien rappelle un peu The circuit, aussi bien par l’intrigue que par les paysages sauvages faisant l’objet de magnifiques plans.

burned7_zpshnt1b453

L’autre parenthèse de la série est constituée par les épisodes 10 et 11, où Vincent, Beth, Alf et Chris (le frère de Ricky) se rendent à Sidney pour poursuivre l’enquête à propos du meurtre et chercher à obtenir la libération sous caution de Ricky. Beth retrouve son ex-mari Garth, un animateur radio plutôt cynique, prêt à tout pour faire de l’audience. Celui-ci, en laissant filtrer à l’antenne des détails de l’affaire, fait incidemment échouer les négociations pour l’émancipation de Ricky. Outre un changement de décor bienvenu, ce passage à Sidney apporte un éclairage à propos du passé de Beth et de sa personnalité. Chris, quant à lui, rêve de devenir footballeur et décide de quitter sa communauté pour vivre en milieu urbain, un choix commun à nombre de jeunes aborigènes dans les dernières décennies et qui n’est pas forcément approuvé par leurs ainés. La série montre ainsi un certain gouffre entre générations.

burned5_zpsdeyib4mm

Si l’affaire est pratiquement résolu dès l’épisode 12, le final de la mini-série, où une révolte des aborigènes de Binbilla contre les autorités tourne mal, est assez marquant. Heartland s’achève sur un constat amer, un sentiment d’injustice, même si l’issue est heureuse pour certains protagonistes. En définitive, cette fiction fut pour moi une bonne surprise. Bénéficiant de l’implication de consultants aborigènes (dont Ernie Dingo par ailleurs coscénariste des deux derniers épisodes), dotée d’une réalisation très moderne (voire supérieure à celle de certaines séries australiennes actuelles) et d’un casting judicieux, elle aborde une large gamme de sujets de société et milite (parfois de façon un peu trop flagrante) pour la cause aborigène. Pour les fans de Cate Blanchett, la série est évidemment incontournable, le charme de la jeune actrice étant éclatant tout au long des épisodes. Pour les passionnés de polars, l’histoire est sur ce plan un peu convenue mais avec suffisamment de rebondissements pour maintenir l’intérêt. Les musiques sont très classiques, cependant le générique, où  percent des notes de didgeridoo, reste en mémoire. Au final, Burned bridge vaut le détour pour qui souhaite découvrir une source d’inspiration des séries récentes portant sur la vie actuelle des descendants des premiers habitants d’Australie.

burned9_zpsmkglihbu

Publicités