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Deuxième mini-série anglaise à destination des adolescents présentée sur ce blog, Children of the stones, écrite par Jeremy Burnham et Trevor Ray, reçut un accueil critique très favorable lors de sa première diffusion (découpée en 7 épisodes) en 1977. Développant une intrigue complexe à propos du mystère entourant l’édification d’un des plus anciens sites mégalithiques de Grande-Bretagne, il s’agit d’un curieux mélange de ratiocinations scientifiques très détaillées, d’atmosphère surnaturelle et de mysticisme tendance New Age. La distribution ne comporte pas d’acteurs très connus, à part peut-être Iain Cuthbertson qui joua dans Sutherland’s law ou encore Doctor Who. L’intérêt de cette production réside dans le scénario assez captivant et une réalisation originale qui distille une ambiance inquiétante.

Adam Brake, un astrophysicien réputé (Gareth Thomas) et son fils Matthew (Peter Demin) se rendent dans le village de Milbury pour y étudier les phénomènes magnétiques sur le site mégalithique jouxtant la localité. Ce site est plus ancien que Stonehenge: il s’agit dans la réalité du cercle de pierres d’Avebury (la fiction a été tournée sur place), le plus grand ensemble de monolithes du monde et qui reste encore aujourd’hui par bien des aspects une énigme pour les archéologues, peu de fouilles ayant actuellement été effectuées sur les lieux (voir ce site pour plus de détails sur Avebury). A Milbury, Adam et Matthew sont surpris par l’étrange comportement des habitants, qui font preuve d’une gaieté peu naturelle (perceptible notamment lors de leur traditionnelle démonstration annuelle de Morris dance au milieu des pierres levées). A l’école, Matthew fait la connaissance de Sandra (Katharine Levy), qui ne semble pas affectée par la même bizarrerie que la plupart des villageois. Dans le même temps, Adam sympathise avec la mère de Sandra, Margaret (Veronica Strong), récemment arrivée sur les lieux pour diriger le musée local.

Adam et Margaret échangent nombre de réflexions à propos du site mégalithique au cours des épisodes. Margaret évoque l’existence hypothétique de nombreuses lignes psychiques maillant le site et connectant les lieux sacrés des environs, suscitant une réaction dubitative d’Adam, qui, en bon scientifique, veut se cantonner à une étude rationnelle des pierres levées. Armé de détecteurs, il mesure une énergie magnétique de forte intensité émanant des monolithes et s’interroge sur la signification de l’orientation des pierres. Leur alignement ne semble pas avoir de lien avec les positions du soleil et de la lune aux solstices ou aux équinoxes, comme sur d’autres sites plus récents. Avec Matthew, féru d’astronomie, il suppose que les pierres pointent vers quelque chose dans l’espace céleste, qui semble être d’après leurs calculs un trou noir apparu suite à l’effondrement gravitationnel d’une supernova.

Matthew est un enfant surdoué. On le voit lors des cours de mathématiques inscrire au tableau des équations complexes (qui semblent à l’écran n’être que du charabia, l’équivalent scientifique du lorem ipsum, si l’on y regarde de près). Il est en outre doté de capacités hors normes, développant des facultés de psychométrie: il est capable de percevoir, au contact d’un objet (par exemple, dans la série, une paire de gants retrouvées sur le site), les évènements passés auxquels il est rattaché. Avant sa venue à Milbury, il eut des visions en découvrant une ancienne peinture représentant un rite paganique pratiqué à l’intérieur du cercle de pierres. Ces éléments  entraînent le téléspectateur vers des considérations para-scientifiques, de même que les forces psychiques semblant affecter Adam lorsqu’il touche l’une des pierres sacrées. A cela s’ajoute l’étrange comportement de Mr Hendrick, un inquiétant notable du village (interprété par Iain Cuthbertson), qui semble maîtriser les pouvoirs surnaturels des bâtisseurs du site mégalithique, ainsi que les nombreuses énigmes entourant les pierres (squelette retrouvé à l’emplacement de l’ensevelissement rituel de certains monolithes par les anciens, mystérieux symbole serpentiforme évoquant un dieu solaire retrouvé à divers emplacements…).

On le voit, l’intrigue est touffue et brasse de nombreuses hypothèses quant à la signification du site ancestral. Ce qui est remarquable, surtout dans une série pour la jeunesse, c’est la précision des théories scientifiques évoquées et l’exploitation détaillées des connaissances archéologiques de l’époque. Même si la série verse résolument dans le fantastique le plus débridé lors des derniers épisodes ( où il est question de boucles temporelles et de rayons d’énergie psychique), les scénaristes s’emploient à développer une intrigue cohérente et multiplient les explications (pseudo)scientifiques des phénomènes observés.  On peut cependant trouver que l’épisode final est bien déconcertant et que les auteurs ont in fine privilégié une vision ésotérique de l’énigme ancestrale des mégalithes, par exemple en incluant un twist assez renversant dans les dernières minutes.

Néanmoins, Children of the stones est une mini-série mémorable pour plusieurs raisons. Le scénario est très étoffé, l’effort sur ce plan est louable et assez inhabituel dans une série fantastique pour adolescents. La réalisation met bien en valeur l’inquiétante étrangeté de l’intrigue, en particulier la bande musicale, unique en son genre et particulièrement dérangeante, composée par Sidney Sager. Les Ambrosian Singers interprètent de façon mémorable le thème récurrent, à cappella: la sonorité du morceau est dissonante et les vocalisations vont crescendo pour s’achever par un chœur d’exclamations horrifiques. Si le thème de la série évoque celui d’un épisode de Doctor Who datant de la même période (The stones of blood, 1978), sa tonalité rappelle plus une autre série fantastique pour la jeunesse: Escape into night (1972) , où la menace minérale diffuse était représentée par des rochers dotés d’yeux brillant dans la nuit. A cet égard, on songe également par moments à Pique-nique à Hanging Rock, le film envoûtant de Peter Weir. En résumé, la série est un mélange intelligent de science-fiction spéculative et de fantastique, apte à captiver les ados comme les plus grands.

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