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Récemment, quelques séries cambodgiennes récentes et sous-titrées en anglais sont apparues sur le web. C’est l’occasion de découvrir la fiction télé de ce pays, d’autant plus qu’il est très difficile de trouver ces programmes en DVD avec sous-titres. Dans les mois qui viennent, je vous présenterai quelques autres dramas en langue khmer. Pour une première approche, j’ai choisi deux séries très courtes, l’une est un pur divertissement, la seconde est sérieuse et à visée pédagogique.

The jade elephant (2014) est une mini-série en cinq courts épisodes. Il s’agit d’une coproduction entre CTN (Cambodian Television Network), Khmer Mékong Films et MediaCorp (conglomérat singapourien actif aussi bien en télévision, en radio qu’en presse écrite).

Il s’agit d’une fiction mêlant comédie, aventure et un zeste de romance. Le protagoniste central est un célèbre architecte, Sam Lee (interprété par une vedette singapourienne, Elvin Ng, qui fut mannequin de mode avant d’être acteur). Également promoteur immobilier, il entreprend la construction d’un luxueux complexe hôtelier à Siem Reap (ville jumelée à Fontainebleau, je le signale au passage). Ce projet un brin mégalo suscite un vif mécontentement au sein de la population locale, qui voudrait que ce site riche en vestiges historiques demeure préservé. Des manifestants protestent aux abords du chantier et entament une grève de la faim qui sera vite médiatisé par la télévision nationale.

L’emplacement même du futur hôtel abriterait, enfoui sous terre, un légendaire éléphant de jade qui posséderait des pouvoirs magiques. En visite à Siem Reap pour superviser la construction, Sam Lee découvrira la fameuse sculpture, après moultes péripéties: il rencontre à l’aéroport une mystérieuse jeune femme (interprétée par Lida Duch) qui tente de lui subtiliser sa valise, tandis que des membres de la pègre désireux de s’emparer de l’éléphant de jade le kidnappent et le pourchassent ensuite une fois Sam Lee parvenu à leur échapper.

Les malfrats aux trousses de l’architecte, au service d’un réseau de trafiquants d’objets d’art, sont deux pieds nickelés qui multiplient les maladresses et leur duo constitue l’élément comique récurrent de la série. Le dernier épisode, trépidant, montre une course poursuite effrénée sur le site d’Angkor qui jouxte la ville de Siem Reap, entre les temples majestueux s’élevant dans la forêt. Mais ce décor n’est pas exploité longuement, l’aspect culturel reste peu développé. La romance est également peu présente et seulement suggérée lors de l’épisode final. The jade elephant cherche surtout, au travers d’un récit d’aventure distrayant, à faire passer un message en faveur de la préservation du patrimoine architectural et culturel du Cambodge.

En définitive, c’est une mini-série mineure mais amusante, à la réalisation dynamique (quelque peu influencée, au vu de la présentation des épisodes, par les dramas coréens contemporains) et qui a l’avantage de ne posséder aucune longueur. A voir pour se divertir entre deux séries plus ambitieuses.

Saving Seca (2010) est une mini-série encore plus courte (quatre épisodes de 25 minutes), écrite par Anji Loman Field (connue entre autres comme scénariste de la série britannique Eastenders). La fiction traite d’un sujet grave: le trafic humain et la prostitution des mineures. On y suit le démantèlement d’un réseau de proxénétisme, ainsi que les mesures prises pour la protection des victimes et leur réinsertion sociale.

Saving Seca est une production conjointe de Khmer Mékong Films, l’USAID (agence des États-Unis pour le développement international), une ONG nommée The Asia Foundation ainsi que le gouvernement cambodgien dont une flopée de représentants de divers ministères figurent au générique. Des membres de la police firent office de consultants et on note la participation d’autres ONG comme Chab Dai (ONG chrétienne luttant contre les abus sexuels), World Hope International ou encore International Justice Mission (IJM). En somme, beaucoup d’intervenants pour une aussi petite série.

La jeune Seca est confiée par sa mère à une cousine censée lui procurer un travail dans un restaurant de Phnom Penh. Cependant, il s’agissait d’une tromperie car, à la place, elle se retrouve dans un bordel à vendre son corps avec d’autres jeunes filles. Une de ses compagnes d’infortune, Makara, prend pitié de Seca et va rendre compte de leur situation à la police. L’officier Bunna contacte alors le département de lutte contre le trafic humain et pour la protection de la jeunesse. Ensemble, ils mettent sur pied une opération pour sauver Seca et les autres filles, en infiltrant au préalable un agent sur les lieux. Les deux premiers épisodes montrent la descente de police, l’arrestation des proxénètes, qui tentent sans succès de soudoyer les flics (on espère que ceux-ci font preuve d’une même incorruptibilité dans la réalité).

Cette première moitié du drama suit un déroulement assez prévisible, chaque épisode s’achevant par une intervention d’un officiel présentant l’action du gouvernement et donnant des recommandations aux forces de police concernant la façon de conduire leurs interventions dans les lupanars proposant des filles mineures. La série apparaît essentiellement comme un outil pédagogique à destination des policiers en exercice, cependant les épisodes 3 et 4 sont plus intéressants car ils abordent les procédures légales dans les affaires de trafic humain. Après la descente de police, Seca et les autres prostituées sont conduites dans un centre où elles sont prises en charge par des assistantes sociales, tandis que les flics cherchent à obtenir leur témoignage au procès à venir.

Seules Seca et Makara acceptent de témoigner (Makara, après s’être enfuie du centre et avoir failli retomber dans la prostitution, décide de collaborer avec les autorités judiciaires). Au centre, on leur explique le déroulement du procès à l’aide d’une maquette du tribunal et on cherche à leur assurer un futur décent au sein de la société, en leur montrant l’exemple d’anciennes péripatéticiennes juvéniles ayant réussi leur réinsertion. La série est certes un peu trop didactique et moralisatrice et certains personnages secondaires auraient mérité un traitement plus nuancé (la mère maquerelle en particulier,renfrognée et antipathique, est un peu caricaturale), cependant Saving Seca montre bien l’ensemble du dispositif mis en place par les autorités, alliant la répression des délinquants exploitant les mineures et le soutien à des prostituées considérées comme des victimes, sans nier les difficultés rencontrées pour que justice se fasse. Un sujet des plus sérieux qui aurait mérité d’être traité moins brièvement, avec un scénario plus étoffé et des protagonistes à la personnalité plus développée.

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