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Cette série de science-fiction méconnue a une origine plutôt inhabituelle: l’île de Man, une dépendance de la couronne britannique l’a produite et constitue le territoire où ont été tournés l’ensemble des épisodes. Bien entendu, le seul décor étant constitué par les compartiments d’une station spatiale, nous ne voyons rien des paysages de l’île (à part lors de quelques flashbacks). Malgré l’inégale qualité des 26 épisodes qui la composent, cette série mérite d’être exhumée, car il s’agit d’une des rares tentatives de SF tendance « hard science » à  la télé, dans la veine de Moonbase 3 (mini-série anglaise des années 70 se déroulant dans une base lunaire et qui, malgré des moyens plus que limités, avait le mérite d’aborder de nombreux aspect de la recherche spatiale). Space Island One, créée par Andrew MacLear et coproduite par la chaîne allemande Vox, compte parmi ses scénaristes un auteur de science-fiction réputé, le romancier Stephen Baxter, et présente un casting original composé de comédiens que l’on voit rarement dans les productions anglo-saxonnes.

Située à 250 kilomètres d’altitude, la station Unity comporte en ce début du XXIe siècle sept membres d’équipage, engagés par un centre de recherche privé pour mener toutes sortes d’expériences biologiques et médicales. Ils ont accès par ordinateurs interposés (l’absence d’écrans plats nous rappelle que c’est un programme des années 90) à toutes les bases de données de la Terre et doivent faire face aussi bien aux difficultés de la vie commune en espace confiné qu’à la nécessité d’effectuer à l’occasion des réparations d’urgence sur les infrastructures de la station. Le commandant de la station est une femme de tête résolue et au caractère affirmé, Kathryn Mc Tiernan (jouée par Judy Loe). Elle a à ses côtés, en tant que commandant en second, un vétéran de l’aventure spatiale, courageux mais un peu mal dans sa peau, Walter B. Shannon (Angus MacInnes). Dusan Kashkavian (Bruno Eyron), ingénieur en chef et spécialiste de l’informatique embarquée, est un jeune homme sérieux et au caractère froid et distant. Il ne laisse pas indifférent Paula Hernandez, jeune biochimiste métisse (indra Ové), curieuse et sensuelle. Sa consœur, la biochimiste en chef Harry Eschenbach (Julia Bremermann), est une chercheuse brillante et ambitieuse, qui a la particularité dans la série de devenir la première femme à accoucher dans l’espace. Deux autres scientifiques complètent l’équipage: le médecin de bord, Kaveh Homayouni (Kourosh Asad) et Lyle Campbell, conseiller scientifique en chef (joué par William Oliver), un geek solitaire accaparé par ses expériences sur les cultures hydroponiques de la station et par ses deux compagnons, une paire de robots doués d’aptitudes étonnantes. Lyle est le personnage le plus drôlatique et attachant de la série.

Space island one est composée de deux saisons de 13 épisodes (l’épisode 14 qui devait clore la première saison n’ayant jamais été diffusé). Les premiers épisodes servent essentiellement à présenter les membres de la mission spatiale, en particulier le second, All the news that fits, où une journaliste réalise un reportage dans la station et cherche à découvrir les petits secrets de chacun en vue d’épicer la teneur de son article. Quarantine, l’épisode suivant, est le premier à développer un intéressant scénario de SF: des roches martiennes sont introduites dans la station afin de les analyser, et sont entreposées dans une enceinte de confinement. Suite à une manipulation malencontreuse de Lyle, les échantillons contaminent l’environnement: ils contiennent une forme de vie primitive qui a la particularité de dévorer l’acrylique, substance composant une bonne moitié de la station. Il faudra toute la sagacité des biochimistes du bord pour enrayer la progression des bactéries. Une histoire assez originale.

Rogue satellite propose une intrigue intéressante. Les spationautes doivent réparer un satellite météo endommagé dont la trajectoire croise l’orbite de la station, mais en réalité il s’agit d’un module espion doté de mécanismes de défense qui menacent Unity. Un bon suspense, cependant l’acteur jouant le propriétaire américain de l’engin a un accent américain assez caricatural. Dangerous liaison fait intervenir deux scientifiques de haut niveau dans la station: si Alexi, un surdoué de 14 ans et doctorant en astrophysique est un personnage attachant, le physicien Carl Sutter qui l’accompagne est un irritant idéaliste qui s’est donné pour mission d’ attenter à la station spatiale. L’exposé de ses motivations ne m’a guère convaincu. Crew test a pour guest une consultante de l’entreprise possédant Unity venue évaluer la solidité du groupe: pour l’éprouver, elle s’ingénie à créer des divisions en son sein. Cet épisode permet d’en savoir plus sur les différents protagonistes. En particulier, l’histoire de Walter, placé face au choix difficile d’autoriser ou non le débranchement des appareils maintenant en vie sa mère dans le coma, est poignante. The barrier of second attention est un épisode atypique, très étrange. un OVNI en forme de pyramide est repéré près d’Unity, avant de se matérialiser peu après à l’intérieur de la station. Les membres d’équipage qui l’approchent sombrent dans une torpeur onirique où ils perçoivent des scènes fantasmées inspirées de leur passé sur Terre. Une singulière histoire qui permet, outre d’étoffer la psychologie des personnages principaux, de montrer quelques séquences tournées sur l’île de Man ( sur le parcours de golf de Mount Murray, mais aussi près de la roue de Laxey, la même que l’on put voir dans un épisode de Lovejoy intitulé Friends, romans and ennemies).

Passons rapidement sur Sarcophagus, un épisode mineur où un entrepreneur qui a investi dans Unity veut exploiter la station en tant que lieu de sépulture de luxe et y entreposer les cercueils de ses richissimes clients. Il s’agit ici de dénoncer les dérives commerciales d’entreprises spatiales privées, thème récurrent de la série. Spring fever développe deux intrigues assez amusantes: Lyle veut contrer le projet visant à remplacer ses robots en les rendant plus performants grâce à un logiciel qu’il a créé, tandis qu Paula cherche à synthétiser un cocktail de phéromones en vue de séduire Dusan. S’ensuit une passion torride entre Paula et Dusan. The third man raconte l’histoire de trois membres d’une mission spatiale ayant échoué et ayant dû survivre des mois dans une capsule dérivant dans le cosmos. Les thèmes classiques de la résilience et de la réadaptation à la vie normale sont abordés assez pertinemment. Awakening aborde le sujet des expériences de mise en sommeil artificiel, où Kathryn teste un caisson pas franchement au point. L’autre storyline de l’épisode concerne un laser spatial chargé d’éliminer les nombreux débris spatiaux et qui devient un danger pour Unity. L’ensemble est pas mal dans le genre SF spéculative mais aurait mérité plus de développements.  Nemesis est un épisode mineur, où une relique de la guerre froide, un engin américain chargé de détruire d’éventuels missiles soviétiques menace Unity. L’intrigue, qui rappelle celle d’un épisode précédent, évoque vaguement le programme paranoïaque de guerre des étoiles du président Reagan. A child is born clôt la saison par l’accouchement spectaculaire de Harry dans la station spatiale et montre les différents projets de recherche des membres de l’équipe. Un épisode assez calme centré sur le développement des personnages.

La seconde saison aborde des sujets tout aussi variés que la saison initiale, tout en étant un peu plus inégale. Quelques épisodes m’ont laissé perplexe. A place in the sun, où des clandestins pénètrent dans la station en s’infiltrant dans le cargo qui la ravitaille régulièrement, peine à convaincre de par son scénario peu plausible. Lost property est vraiment bizarre: dans une navette endommagée par un météorite et dont l’équipage est mort, les membres d’Unity découvrent un artefact faisant apparaître des spectres dans la station (en fait, un générateur d’hologrammes). Abandoned, où une fille apeurée retrouvée sur une plateforme spatiale abandonnée se révèle la dernière survivante d’une secte suspectée d’avoir commis un attentat dans le métro de New York (ce qui rappelle l’attaque au gaz sarin dans le métro de Tokyo quelques années avant le tournage), est une histoire un peu incongrue. Cependant, à côté de ces épisodes de qualité moyennes, quelques uns sont de bonne facture. Split allegiances met en évidence les tensions pouvant se développer au sein du microcosme de la station: Lyle a appris que son contrat de chercheur ne sera pas renouvelé et que Harry doit le remplacer. Kathryn devra faire preuve de beaucoup de diplomatie pour les réconcilier (un épisode ultérieur, Lost in space, où un précieux sérum disparait mystérieusement, semant la suspicion parmi l’équipage, est dans une veine similaire). Winter kills met en vedette le duo de robots de Lyle: ceux-ci construisent eux-mêmes un troisième robot intelligent qui ne va pas tarder à faire des siennes en déréglant les thermomètres de la station, où s’installe bientôt un froid sibérien. Réguler la température va s’avérer un casse-tête pour l’ingénieur Dusan. Un divertissant scénario de SF tendance « hard science ».

Mayfly est sans doute mon épisode favori. Un programme sophistiqué est chargé de gérer l’ensemble des systèmes de la station, une intelligence artificielle nommée Calum, capable de dialoguer avec les humains. En conversant avec l’IA, Harry et Lyle découvrent que ses raisonnements logiques sont particuliers. Calum évolue en devenant de plus en plus confus et finit par ne se préoccuper que de questions existentielles, au point de devoir être désactivé. Une exploitation originale du thème du dialogue homme/machine. Not in my backyard a un scénario flippant: un spécimen du virus de la variole est introduit dans la station pour être étudié par Harry. L’équipage est divisé à cause des risques de contamination. C’est ce qui semble arriver à Harry qui finit par présenter les symptômes de la variole et est placée en quarantaine. L’histoire a un twist intéressant et montre qu’une psychose peut vite survenir dans un espace aussi confiné. Anniversary introduit un nouveau membre d’équipage, le docteur Gail, une brillante chercheuse en médecine. Une romance éphémère se développe entre elle et Lyle. Cependant, l’épisode est notable pour une intrigue à propos de l’enfant de Harry resté sur Terre. En tant que premier bébé né dans l’espace, il est devenu la mascotte de la société gérant Unity, qui exploite son image à des fins commerciales, au grand dam de sa mère. Cette critique du mercantilisme spatial se retrouve dans Money makes the world go round: l’entreprise gérant la station est au bord de la faillite. Deux têtes à claques, des stratèges marketing sont envoyés sur Unity pour évaluer ses possibilités de reconversion. Après avoir songé à en faire un casino, ils optent pour un hôtel de luxe. Dusan, qui accepte d’être employé par les repreneurs d’Unity, doit faire face à l’hostilité de ses compagnons.

La série se termine par un épisode tragique, Trouble in paradise, où les scientifiques doivent quitter précipitamment la station suite à une succession de dysfonctionnements: explosion des systèmes d’alimentation suivie de multiples incendies et de pertes subites de la gravité artificielle. L’issue est dramatique pour certains, qui ne sont pas parvenus à rejoindre à temps la navette devant les rapatrier sur Terre. J’ai trouvé cette fin un peu arbitraire, même si elle illustre les risques exacerbés de l’aventure spatiale. Au final, j’ai bien apprécié cette série, à part quelques épisodes au scénario assez faible, car elle aborde de nombreux aspects de la recherche en milieu spatial, tout en ne négligeant pas d’explorer les difficultés inhérentes aux relations humaines dans un environnement clos et exigu. La réalisation est d’un niveau honorable, restituant de façon convaincante l’ambiance claustrophobique  des lieux. La distribution fait de son mieux pour rendre les protagonistes crédibles, même si le comportement de ceux-ci peut sembler parfois inhabituel pour des scientifiques de haut niveau en mission spatiale. Pour les adeptes du courant « hard SF » qui préfèrent un semblant de réalisme à la fantaisie débridée du space opéra, c’est une série qui vaut certainement le coup d’être vue.

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