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Cette première saison de 8 épisodes (une seconde saison a été commandée récemment) permet de découvrir, avec un humour batave un peu excentrique, les problématiques liées à la réglementation des Pays-Bas sur la production et le commerce des drogues douces. Certes, il s’agit d’un divertissement mêlant comédie et intrigue criminelle, mais la série développe, implicitement, un propos sur la société néerlandaise et ses choix politiques. Écrite par Franky Ribbens et réalisée par Dana Nechushtan, Hollands Hoop a bénéficié dans son pays d’un bon accueil critique et d’audiences amplement suffisantes pour justifier le tournage d’une suite. Le pilote a été présenté au festival Série Séries de Fontainebleau l’an dernier. On peut penser que cette fiction n’aura pas de mal à s’exporter, même si cette saison inaugurale est loin d’être parfaite sur le plan de l’écriture.

Fokke Augustinus (Marcel Hensema) est un psychiatre quarantenaire s’occupant du traitement de criminels pathologiques. Il est en conflit avec ses supérieurs qui n’approuvent guère ses méthodes. On lui reproche d’être trop empathique avec ses patients, de privilégier avec eux une proximité dangereuse. Excédé, il décide sur un coup de tête de tout plaquer et de démissionner. Sa vie personnelle est aussi difficile: sa femme Machteld (Kim van Kooten), une mère de trois enfants adepte de yoga transcendantal, lui reproche de ne pas s’occuper suffisamment de sa famille et de ne plus la contenter sexuellement. Elle veut divorcer de Fokke, mais en même temps cherche à l’émoustiller pour qu’il retrouve sa libido. Parmi les enfants de Fokke, Lara (Megan de Kruijf) est une adolescente sage et studieuse, adepte d’équitation et attentionnée envers sa petite sœur Filippa, tandis que Pepijn (Martijn Lakemeier), plus rêveur et dissipé, est toujours prompt à commettre des gaffes aux conséquences parfois désastreuses.

Pepijn, en voulant cultiver artisanalement du cannabis dans sa chambre, provoque un incendie, ce qui met Fokke hors de lui. Bientôt, une nouvelle va bouleverser l’existence de cette famille dysfonctionnelle: le père de Fokke vient de décéder et les Augustinus héritent de la demeure de ce dernier, une vaste ferme entourée de champs de blé dans la campagne de la province de Groningue, au nord des Pays-Bas. Rapidement, ils découvrent, dissimulée derrière les épis de blé, une vaste exploitation de cannabis (de la variété Hollands Hope) ainsi que, dans une dépendance de la ferme, des installations perfectionnées pour la fabrication de boulettes de shit. Cependant, il apparaît que cette plantation illégale est contrôlée par une organisation mafieuse aux méthodes violentes. A sa tête, Matthias (Peter Paul Muller), un ami d’enfance de Fokke, qui cache derrière une apparence cordiale et pleine de bonhomie une personnalité implacable de gangster.

Lorsque Pepijn tue accidentellement d’un coup de fusil un des membres de l’organisation, Fokke se voit menacé par les criminels. Mais Matthias décide de lui faire confiance pour couvrir ses activités et l’invite à collaborer avec les trafiquants. l’ex-psychiatre obtempère pour protéger sa famille, mais dissimule à Machteld et à ses filles l’activité secrète de l’exploitation, usant à l’occasion de subterfuges pour les éloigner de la ferme lorsque le trafic devient trop visible. Parmi les hommes de main de Matthias, Saša, un serbo-croate brutal et méfiant (joué par Nikola Djuricko), a une dent envers Pepijn et Fokke depuis le décès de son acolyte. Peu à peu, des différends se font jour entre lui et Matthias. Bert, le frère torturé de Matthias, un homme alcoolique et compulsif, cherche à faire cavalier seul et a une influence néfaste sur Pepijn, l’incitant à la consommation effrénée de drogue. Lorsque Pepijn découvre le magot caché du grand-père, une somme astronomique, il cherche à en garder le secret mais Bert le fait boire pour tenter de lui extorquer l’emplacement du trésor familial.

Pendant ce temps, Machteld se lie d’amitié avec Anna Bullema, une conseillère légale à la réputation douteuse, avec qui elle projette de créer un centre de méditation bouddhique dans les combles de la ferme familiale. Fokke se méfie d’Anna, qu’il voit comme une menace potentielle pour ses activités occultes. Mais son plus grand souci est la présence dans les environs de Dimitri, un de ses anciens patients sévèrement dérangé (interprété par Peter Van des Begin, vu dans Matrioshki, le trafic de la honte). Dimitri s’imagine être le fils de Vladimir Poutine et a de fortes tendances homicides. Lorsqu’il tue, il tranche la tête de ses victimes et confectionne des tsantzas, ou têtes réduites (à l’instar des Jivaros), trophées macabres qu’il conserve ensuite jalousement. En dehors de ses périodes meurtrières, c’est un garçon adorable, affectueux avec les enfants et qui ne souhaite qu’une chose: obtenir de Fokke des médicaments contre l’anxiété. Bientôt, Fokke, qui a appris par Pepijn l’existence du magot, n’a plus qu’un but: évincer l’organisation criminelle en sabotant l’exploitation illégale et conserver le butin. Mais ces objectifs vont s’avérer périlleux.

Hollands Hoop est une série qui joue continuellement sur des registres différents, semblant hésiter entre franche comédie (certaines scènes relèvent de l’humour noir, d’autres sont dans la veine d’une sorte de comique surréaliste) et polar sombre et inquiétant. Ce curieux mélange peut décontenancer certains téléspectateurs. Également, le déroulement des épisode est un peu fouillis: il y a parfois des ellipses surprenantes dans la narration et des rebondissements qui surviennent de façon arbitraire. L’ensemble forme une histoire cohérente, mais fort peu réaliste. Mais la série dispose de nombre d’atouts, en premier lieu ses personnages et en particulier Pepijn et Dimitri qui, par leur comportement imprévisible ou excessif, dynamitent régulièrement la trame scénaristique. Hormis Pepijn, les Augustinus apparaissent comme l’archétype de la famille ordinaire. Fokke bascule dans l’illégalité sous la contrainte et cherche avant tout à se comporter en père de famille responsable. La comparaison avec Breaking Bad ne saurait être que superficielle: Fokke n’est pas Walter White, il ne possède pas (du moins dans cette première saison) la noirceur d’âme du personnage interprété par Bryan Cranston et sa trajectoire n’évoque nullement une spirale dans les abysses de la criminalité.

On décèle cependant des influences américaines dans la série. L’ambiance de même que l’environnement rural, nordique et éloigné de tout où se tient l’action rappellent un peu le film et la série Fargo (les créateurs de la fiction batave reconnaissent d’ailleurs s’en être inspirés). A l’instar des séries US modernes, Hollands Hoop propose quelques ponts musicaux, permettant de découvrir des morceaux pop rock assez variés. Outre les choix mélodiques, la fiction excelle sur le plan de la photographie. En particulier, on a droit à quelques très beaux plans extérieurs de paysages de la province de Groningue (polders, marais ou vastes étendues champêtres). Du fait de la platitude de cette contrée, ces plans ont dû être filmés juché sur une échelle (d’après une interview de la réalisatrice) et ils ont ensuite été retouchés pour mettre en valeur les vastes cieux hollandais. Enfin, sur le fond, Hollands Hoop critique en filigrane la politique des Pays-Bas concernant la commercialisation des drogues douces. Si la vente et la production sont autorisées pour des petites quantités, cela implique souvent en amont un approvisionnement provenant de producteurs appartenant à des réseaux criminels, seul moyen pour les coffee shops de faire fructifier leur business. La série dénonce les dérives de cette législation bancale, sans pour autant avoir un propos sérieux ou moralisateur. On le voit, cette saison un peu désordonnée et parfois inégale montre que la série a un potentiel certain, que la suite prévue pour les prochains mois devra confirmer.

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