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Il y a quelques années, la télévision islandaise proposait Hamarinn (The cliff), une mini-série policière où un détective de  Reykjavik, Helgi (Björn Hlynur Haraldsson) enquêtait sur des morts inexpliquées dans une zone reculée, près d’une falaise devant être détruite en vue de construire sur place une centrale hydro-électrique. La fiction exploitait les légendes locale, un fond de superstitions populaires où l’action vengeresse des Huldufólk (des elfes habitant dans les rochers) était suggérée pour expliquer le mystère. Faisant une fois encore intervenir Helgi Marvin et à nouveau réalisée par Reynir Lyngdal, Hraunið est un exemple typique de polar noir nordique, un thriller en quatre épisodes à la narration nerveuse et riche en rebondissements.

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Sur la péninsule de Snæfell (Snæfellsnes en islandais), située dans l’ouest du pays, Björn,  un banquier à la réputation sulfureuse (il a été impliqué dans des malversations ayant contribué au marasme financier subi par l’Islande à la fin de la dernière décennie) est retrouvé mort dans sa luxueuse résidence. A priori, tout indique un suicide, mais Helgi, dépêché sur les lieux, remarque d’emblée que des détails ne cadrent pas et est persuadé qu’il s’agit d’un meurtre. Secondé par Gréta ( Heida Reed, jeune actrice au nom anglicisé vue dans le récent remake de Poldark), remplaçante de la détective Inga d’ Hamarinn, Helgi découvre vite que les suspects ne manquent pas, aussi bien parmi les amis que parmi les relations d’affaires du banquier.

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Ari, beau-frère de la victime et jeune loup de la finance (joué par Atli Rafn Sigurðsson) paraît de prime abord être un individu sournois et très chelou. Membre de la direction collégiale d’une entreprise de communication dont Björn faisait aussi partie, il a perdu tout l’argent qu’il y avait investi lors de la terrible crise islandaise. Seul Björn avait transféré à temps son capital dans une autre société, laissant ses confrères dans la panade et donnant un puissant mobile à Ari pour le trucider. Également suspecte,  Auður (Svandis Dora Einarsdottir), une amie de la victime, hôtelière et guide touristique, semble ne pas être d’une franchise irréprochable: elle prétend avoir eu seulement une relation purement amicale avec Björn, mais se révèle particulièrement fuyante lors de son interrogatoire à propos de ses fréquentes visites à la victime (ainsi que concernant une paire de chaussures lui appartenant retrouvée sur les lieux du crime).

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Autre amie de Björn, Helena (Salome  Gunnarsdottir), une mère de famille des environs, dont des photos en petite tenue sexy sont retrouvées dans le téléphone portable du banquier.  Elles prétend que leur liaison est de l’histoire ancienne, mais les enquêteurs ont des doutes sur ce point. Viennent s’ajouter au panel des suspects les membres d’un gang de bikers qui rôdaient dans les parages la nuit du meurtre, avec à leur tête un dur à cuire, Skipperinn (Jón Páll Eyjólfsson), dans le collimateur de la police car mêlé à toutes sortes de trafics (dont un réseau de vente de cocaïne). Gísli (Joi Johannsson), une vieille connaissance d’Helgi (le détective fut son souffre-douleur lorsqu’il était enfant), tremperait aussi dans les combines de Skipperinn. Egil, un flic du coin consciencieux mais plus de première jeunesse, chercher à prendre sur le fait les trafiquants qui opèrent dans la péninsule, sans grand succès.

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Outre une enquête plutôt touffue où les fausses pistes s’accumulent, Hraunið développe aussi une autre intrigue pleine de suspense: la disparition mystérieuse de l’époux d’Helena et de sa petite fille, lors de leur visite d’un champ de lave. Une battue est organisée pour les localiser. Si le père est vite retrouvé gisant dans un tunnel de lave fossilisée, la gamine semble bien avoir été enlevée. Si la recherche de la fillette dans les derniers épisodes est haletante, l’aspect le plus marquant de la série reste en définitive la personnalité des deux détectives. Gréta est une fille volontaire, aux méthodes d’investigation musclées et particulièrement tenace quand elle pense avoir identifié le coupable. Helgi est un policier torturé par un passé douloureux, en proie à  des accès de violence incontrôlables et souvent en conflit avec sa hiérarchie: il consulte une psy régulièrement, sans parvenir à juguler son impétueux caractère. Il retrouve son ex-femme et sa fille Hafdis (Unnur Birna Jónsdóttir) qui habitent sur la péninsule de Snæfell, mais ses relations avec cette dernière ne se sont pas améliorées depuis leurs rapports conflictuels dépeints  dans Hamarinn.

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Helgi est un personnage typique de flic cabossé comme on en trouve à foison dans les polars nordiques. Son comportement parfois imprévisible apporte une certaine tension à l’intrigue, mais on ne peut pas dire que c’est un détective très original. D’ailleurs, si l’ensemble de l’intrigue est bien agencée et se déroule tambour battant (loin de la lenteur qui caractérisait Hamarinn), elle manque en définitive de singularité. Le canevas est très classique et on reste dans les sentiers balisés du thriller à la sauce scandinave. Contrairement à Hamarinn, nulle présence diffuse du surnaturel ici: le fond de l’intrigue s’avère on ne peut plus terre à terre et sans la moindre ambiguïté. Néanmoins, sur trois points précis, la série se révèle intéressante: les décors, l’exploitation du folklore et la bande musicale.

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Les décors majestueux du Snæfellsnes sont largement exploités, avec nombre de plans révélant la beauté sauvage des paysages, d’une richesse chromatique spectaculaire et parfois d’une rudesse imposante (à l’instar des falaises de Svortuloft dans le dernier épisode). Même si toutes les curiosités naturelles du coin ne sont pas montrées  (les orgues de basalte de  Gerðuberg, par exemple), c’est un bon point pour les amateurs d’évasion. Le folklore est présent dans la série, mais de manière bien plus discrète que dans Hamarinn, par l’évocation d’un fameux  serial killer du XVIe siècle, Axlar-Björn, qui a sévi dans la péninsule. Il aurait, selon la légende, dissimulé les 18 corps de ses victimes dans le champ de lave où se déroule en partie l’intrigue de Hraunið. Cet aubergiste aurait assassiné de malheureux voyageurs de passage dans son établissement:  cette affaire rappelle immanquablement une autre, bien française, celle de l’auberge de Peyrebeille ayant inspiré à Autant-Lara son film L’auberge rouge.

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Axlar-Björn n’est que cité en passant: la série aurait pu exploiter le personnage en suggérant l’implication de son fantôme dans les tragiques évènements qui composent la fiction, mais les auteurs ont suivi une voie bien plus prosaïque. Dernier point remarquable de la série selon moi: la bande musicale et plus particulièrement le générique de fin, une chanson mélancolique d’un excellent groupe folk islandais, Hjaltalín. Le morceau intitulé Everything is Gonna Be Like Everything Will Ever Be (Anyways) est une ballade lancinante dont les sonorités éthérées rappellent un peu celles du générique de Broen/The bridge, la chanson Hollow Talks interprétée par Choir of Young Believers. Ces quelques points positifs ne suffisent pas à en faire une série au dessus du lot, mais bien que Hraunið n’a nullement pour ambition de révolutionner le genre très codifié du polar noir nordique et ne propose pas de scénario extraordinaire, c’est néanmoins une fiction maîtrisée qui se laisse regarder, récompensée récemment par l’Edda Award de la meilleure série islandaise de 2014. Le succès aidant, une troisième enquête d’Helgi fera l’objet d’une nouvelle mini-série en 2016: on l’attend avec curiosité, tout en espérant une plus grande prise de risque de la part des concepteurs de la série.

En bonus, la chanson envoûtante du groupe Hjaltalín.

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