Étiquettes

, , , ,

zainin_uso_zpsxlpw8l22

Au Japon, WOWOW propose chaque année d’intéressantes mini-séries, aussi bien sur le plan scénaristique que de par leur réalisation, d’une qualité supérieure à la moyenne des productions nipponnes. Hélas, Zainin no Uso n’a pour l’instant pas été sélectionnée par les fansubbers de doramas: le seul moyen de découvrir la fiction avec sous-titres est de se procurer le DVD. Comme souvent avec les DVD multilingues de séries japonaises  (fréquemment de provenances douteuses, on peut suspecter que l’on a affaire à des contrefaçons) , la qualité de la traduction en anglais laisse à désirer, mais les dialogues restent compréhensibles la plupart du temps. Il est bien dommage que les éditeurs n’apportent pas plus de soin au sous-titrage de leurs produits, celui-ci étant en général très inférieur à ce que proposent bénévolement nombre de fansubbers. Mais, malgré ce léger désagrément, Criminal’s lie captive au long de cinq épisodes par son intrigue très dense prenant place dans le milieu judiciaire tokyoïte.

vlcsnap-2015-11-17-19h16m35s028_zpsc1y1bqp5

Kasahara Takuya (joué avec retenue par Ito Hideaki) est un avocat de premier plan qui travaille pour un grand cabinet dénommé Tokyo Assize. Lors du premier épisode, il gagne un procès retentissant, celui d’Arimura Hiroto, accusé d’être un violeur en série et un meurtrier. Sa brillante défense lui permet d’obtenir un verdict de non culpabilité, provoquant la fureur à son égard des familles des victimes. Kasahara leur rétorque qu’ils n’ont pas à s’en prendre à lui, mais à la justice qui a statué sur l’affaire. Il ne fait montre d’aucune compassion à leur égard. C’est un personnage d’une grande froideur et qui a une conception très personnelle de la morale: pour lui, tous les moyens sont bons pour obtenir gain de cause, même les moins avouables. De plus, son passé apparaît d’emblée mystérieux, il cache un lourd secret qu’un ami d’enfance, un petit délinquant nommé Shogo Matsumoto (Kiyohiko Shibukawa), menace de révéler en s’exerçant à un chantage à son égard.

vlcsnap-2015-11-17-19h53m07s907_zpswmknrvzg

Le cynisme de Kasahara est mis en évidence lors de l’affaire impliquant une entreprise alimentaire, Aoba, poursuivie par la sœur d’un homme mort suite à une allergie au gluten, après avoir ingéré un produit censé ne pas en contenir. Aoba est une filiale d’un puissant conglomérat agroalimentaire, le cas est donc d’importance. Un dysfonctionnement de la part de l’industriel est vite démontré: les outils de production étant tombés en panne lors d’une tempête, Aoba a utilisé d’autres machines contenant des résidus de farine, une négligence mettant en danger la vie de ses clients intolérants au gluten. Mais Kasahara fini par obtenir un non-lieu en soudoyant et usant de menaces à l’encontre des témoins de l’accusation pour les forcer à se rétracter, tout en mettant en cause l’imprévoyance de l’entourage de la victime (ce qui se soldera par un suicide).  L’avocat des plaignants, Masashi Kusunose (Kenichi Takito, qu’on a vu notamment dans une série policière à succès, Bayside shakedown), un juriste tenace et d’une grande droiture, assiste consterné aux manœuvres couronnées de succès de Kasahara.

vlcsnap-2015-11-17-19h26m18s324_zpstp6ubxmu

Masashi est un défenseur très consciencieux, plus motivé par la recherche de la vérité que par les profits. S’occupant du cas d’un patient mort aux urgences d’un hôpital, confronté aux proches du défunt qui veulent poursuivre le personnel soignant, il démontre que c’est la gestion de l’établissement de soins qui est en cause, l’afflux de patients au moment des faits ayant entraîné une surcharge de travail dans un service en sous-effectif. C’est un avocat exemplaire que tout oppose à Kasahara. Ce dernier bénéficie du concours d’Hirose yu (Nakamura Aoi, vu entre autres dans l’adaptation du manga Q.E.D.), un jeune juriste fraîchement recruté, qui voue un grand respect à Kasahara mais qui prend peu à peu conscience de sa personnalité troublée et de l’amoralité de ses méthodes. Autre soutien: la petite sœur de Matsumoto Shogo, Yasuko (interprétée par Yoshino Kimura), qui a grandi dans un orphelinat avec Kasahara et reste liée à lui par une amitié spéciale. La carrière brillante de notre avocat suscite cependant des inimitiés, comme celle de Kitami Toshiyuki, représentant de Tokyo Asize, un spécialiste du droit ambitieux qui jalouse secrètement sa réussite professionnelle.

vlcsnap-2015-11-17-19h26m57s018_zpsyqfgtow9

L’opposition entre Masashi et Kasahara va être au point culminant lors de l’affaire impliquant une compagnie aérienne détenue par Nikkyo Holdings dans le crash d’un avion cargo ayant percuté un bateau de pêche. La survie de l’entreprise est en jeu, d’autant plus que celle-ci est en proie à d’importantes difficultés financières, alors qu’elle projette de fusionner avec une compagnie chinoise. Haneda Kenzo, son président, est un homme d’affaires à la réputation sulfureuse, surnommé « le dieu des restructurations ». Kasahara est un admirateur de longue date d’Haneda, qu’il a pris pour modèle dans la conduite de sa carrière. Le moyen employé par Kasahara pour gagner le procès (en mettant en cause un  défaut mécanique dû au constructeur) et permettre par les dédommagements versés à Nikkyo Holdings de renflouer l’entreprise témoigne de son machiavélisme cynique (je vous laisse découvrir les détails en suivant la série). Haneda Kenzo est révulsé par les méthodes de l’avocat, mais les accepte bon gré mal gré en dépit de sa conception divergente de l’éthique professionnelle.

vlcsnap-2015-11-17-19h17m59s430_zps9vlddlvr

Haneda a pour point commun avec Kasahara d’être orphelin, ses parents étant morts en Mandchourie en 1945 (les parents de l’avocat ont quant à eux péri dans l’incendie de leur demeure). Il eut à souffrir de privations durant sa jeunesse et pour lui, la réussite sociale est une revanche prise sur un destin malheureux. Les motivations de Kasahara sont plus obscures, comme en témoigne son comportement dans une autre affaire: celle du meurtre de Matsumoto Shogo, où l’avocat, censé être son ami de longue date, accepte de défendre le meurtrier, un membre de la pègre, à la surprise générale. De plus, il met beaucoup d’énergie à démonter les éléments matériels à charge et à incriminer l’accusation pour falsification de preuves. S’il met à nouveau en échec Masashi Kenichi, celui-ci ne s’avoue pas vaincu dans l’affaire de l’accident aérien et veut instruire un nouveau procès. C’est alors qu’un drame survient: l’amie de Kasahara, Yasuko, est assassinée par un ancien client de l’avocat, qui fut  libéré grâce à sa défense habile. Kasahara, effondré, prétend être le coupable et c’est Masashi qui se charge de le défendre en justice. Les investigations de ce dernier permettront d’éclairer les zones troubles du passé de l’avocat et de mettre au jour les ressorts psychologiques du comportement de Kasahara.

vlcsnap-2015-11-17-19h35m55s574_zpskcednmjz

Pour l’avocat, la justice n’est qu’illusion, il n’hésite pas à travestir les faits dans ses plaidoiries car la sentence n’est pas selon lui l’expression de ce qui doit être juste moralement. Chaque procès est dans son optique l’occasion de démontrer l’absence d’une justice réelle, de régler ses comptes avec un passé douloureux. Le dernier épisode, riche en rebondissements stupéfiants, est largement consacré au face à face de prétoire entre Kasahara et Masashi, ce dernier parvenant à pousser dans ses derniers retranchements le juriste de Tokyo Asize, pour finir par mettre à nu dans un scène poignante la mentalité tortueuse de l’avocat. L’ensemble de la série est une remarquable étude psychologique d’une personnalité narcissique et au fond autodestructrice que chaque affaire judiciaire exposée contribue à préciser, le caractère introverti du protagoniste principal contribuant fortement à le rendre intrigant et mystérieux aux yeux du téléspectateur.

vlcsnap-2015-11-17-19h34m47s560_zpsxpk8vc2a

Zainin no Uso m’a rappelé un autre drama nippon au ton résolument sérieux: Shiroi Kyoto (The great white tower), une autre série judiciaire où un prestigieux chirurgien est mis en cause dans le cas du décès d’un patient lors d’une opération délicate. On trouvait dans cette série un protagoniste central similaire par bien des aspects: Goro Zaizen était doté de la même assurance, du même mépris des considérations morales. Les deux séries montrent bien les dérives possibles de la justice quand des intérêts financiers et la réputation de personnes haut placées sont en jeu. La mini-série de WOWOW, plus concise et évitant de se disperser dans des intrigues secondaires sans réelle portée, est cependant plus efficace du point de vue scénaristique, exploitant pleinement la dramaturgie inhérente au huis clos judiciaire. Une nouvelle réussite à mettre à l’actif de la chaîne japonaise, curieusement passée un peu inaperçue l’an dernier, qui vaut le détour si (pour les non japonophones) l’on peut se satisfaire d’un sous-titrage aussi peu soigné.

vlcsnap-2015-11-17-19h33m57s945_zpstcsgcrxn

Publicités