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J’avoue avoir hésité à présenter cette série sur le blog. La qualité de la fiction n’est pas en cause, mais j’essaie d’éviter, dans une même année, d’écrire deux articles sur des séries aux propos similaires. A touch away, dont l’action se situe dans l’univers des juifs orthodoxes, rappelle immanquablement Shtisel que j’ai évoqué il y a quelques mois. Cependant, l’angle est ici un peu différent, car la fiction confronte les points de vue sur la judéité de religieux traditionalistes israéliens et d’ immigrants juifs en provenance de Russie, pratiquant ce que l’on dénomme l’alya laïque.

Présentée initialement lors du festival de cinéma d’Haïfa en  2006, la série fut diffusée dès janvier 2007 à la télé israélienne. Écrite par un pool de scénaristes dirigé par Ronit Weiss-Berkowitz et réalisée par Ron Ninio, ce feuilleton en huit épisodes nous plonge dans le quotidien de deux familles que tout oppose, voisins de palier dans la ville de Bnei Brak près de Tel Aviv, tout en développant une touchante histoire d’amour impossible.

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La famille Mints, des russes d’origine juive, émigre en Israël. Sasha, le père (joué par Slava Bibergal), un chirurgien,  souhaite y refaire sa vie, ayant eu le sentiment que les juifs étaient l’objet de manifestations d’hostilité en Russie et espérant faire carrière dans un pays plus prospère que celui où il a grandi. Sasha est un individu très sociable, chaleureux et étranger à tout dogmatisme religieux. Il éprouve de grandes difficultés à exercer son métier, échouant à un examen auquel il doit se soumettre pour intégrer le personnel hospitalier. Pour faire bouillir la marmite, il accepte un job mal rémunéré de gardien de parking.

Son épouse, Marina, une rousse au tempérament volcanique interprétée par Jenya Dodina, n’est pas enchantée par ce déménagement. Actrice de théâtre, elle passe des auditions en Israël, mais peine à obtenir un premier rôle. Lorsqu’un metteur en scène lui propose un personnage de servante, elle s’emporte et l’accuse de discrimination envers les immigrés. Elle téléphone régulièrement, en cachette, à un amant resté en Russie, Sergueï (qui a la réputation d’être antisémite) et l’incite, en vain, à quitter son épouse pour venir la rejoindre. Néanmoins, elle continue d’éprouver un certain attachement pour Sasha.

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La fille du couple n’est pas vraiment épanouie à Bnei Brak. Adepte de patinage artistique, Natalia (Lucy Dubinchik) regrette de ne plus pouvoir pratiquer pleinement sa passion dans un pays aussi aride. C’est une adolescente rebelle, à l’occasion fugueuse, en conflit avec sa mère et qui éprouve bien des difficultés à s’intégrer parmi les juifs israéliens (dont les éléments les plus intolérants sont hostiles à son mode de vie résolument occidental).

Son frère Zorik a un rôle central dans la série. Il est interprété par Henry David, jeune acteur dont le physique qui plait à la gent féminine rappelle un peu celui du tennisman russe Marat Safin au même âge (c’est peut-être sa carrure ou sa coupe de cheveux qui me donne cette impression). Arrivé en Israël avant les autres membres de sa famille, il exerce le métier de laveur de carreaux, travaillant sur la façade des buildings à l’aide d’une nacelle avec son confrère et ami Roi. Zorik, amateur de guitare électrique à ses heures perdues, est un garçon fougueux qui reste hermétique aux préceptes de la religion juive.

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Golan, un agent immobilier d’un fiabilité douteuse, a fourni un logement délabré  à Zorik, nécessitant quelques travaux, dans un immeuble de Bnei Brak à l’ascenseur défectueux. L’appartement des Mints jouxte celui de la famille Berman, dont les parents sont des juifs ultraorthodoxes. Shmuel, le père (Tahi Grad) , sympathise avec Sasha avec qui il partage des bouteilles de slivovitz. Cependant, il est très attaché aux dogmes religieux et arrange le mariage de sa fille, conseillé par son frère Aharon, qui dirige une yeshiva (centre d’étude de la Torah).

Aharon, tout comme Leah, l’épouse de Shmuel, son très intransigeants et refusent tout écart à la tradition juive. La fille ainée des Berman, Roha’le (Gaya Traub) se voit donc imposer un mariage avec un séminariste studieux de l’établissement d’Aharon, Motti Katz. Mais elle se laisse peu à peu séduire par Zorik, qui la presse de s’enfuir avec lui, provoquant un scandale dans la communauté orthodoxe, contraignant Shmuel à annuler le mariage et à lui proposer d’épouser un juif récemment converti, Avshalom, individu jugé de seconde classe par la communauté.

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A l’intrigue centrale de la relation amoureuse contrariée entre Roha’le  et Zorik, qui évoque  Roméo et Juliette, se greffent quelques intrigues secondaires impliquant des amies de la fille Berman. Liat, la serveuse d’un établissement de restauration rapide, est attirée par Zorik (sans réciprocité) et cherche à le dissuader de poursuivre une relation vouée à l’échec avec la jeune juive orthodoxe. Itta, une autre amie, a été mariée de force à Arie Leib (Nitai Gvirtz), un garçon psychologiquement perturbé, au passé violent, qui lui impose de se couper les cheveux et lui refuse tout contact tactile. Partie vivre aux USA avec Arie, à Brooklyn, Itta finit par braver les interdits religieux et retourne seule en Israël, fuyant son lugubre époux.

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La série a eu un accueil public et critique très favorable. Rien d’étonnant à cela: c’est une fiction très alerte, sans temps morts, qui restitue en détail la vie de tous les jours dans un quartier ultraorthodoxe. Une alchimie est perceptible dans les scènes entre Zorik et Roha’le. Certains passages témoignent avec humour des aspects les plus contraignants des pratiques religieuses orthodoxes, comme cet extrait du Shulchan Aruch (code de la loi juive) préconisant de toujours lacer ses chaussures d’une façon précisément décrite, ce que certains adeptes appliquent à la lettre.

A touch Away montre aussi quelques cérémonies étranges pour les non croyants. Ainsi, on peut découvrir dans le dernier épisode un mariage traditionnel sous le dais nuptial (Houppa). Auparavant,  on assiste au rituel de l’inauguration d’un rouleau de la Torah récemment acquis par la yeshiva d’Aharon, où les invités inscrivent à tour de rôle une lettre à la fin du rouleau (c’est la pratique du siyum ha Torah en accord avec les enseignements du Talmud). J’avoue que tout cela m’a paru ésotérique, mais ces scènes apportent une touche d’authenticité indéniable à la série.

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Certes, certains personnages secondaires, qui ne font que de fugaces apparitions, auraient gagné à être plus développés (Roi et Golan en particulier). La série n’a pas été conçue pour une audience internationale et certains téléspectateurs peu familiers avec la culture israélienne peuvent être par moments un peu perdus. Les teasers en fin d’épisodes ont tendance à trop révéler la suite du scénario. Cependant, A Touch Away, qui bénéficie d’une réalisation naturaliste et d’une bande musicale élégante égrenant quelques jolis morceaux de piano, se révèle constamment divertissante et propose, sur le fond, une intéressante réflexion sociétale.

La série montre le décalage des juifs laïcs de la diaspora avec les tenants de l’orthodoxie religieuse en Israël, leur intégration ne pouvant être que superficielle dans une communauté où ils sont tout juste tolérés. Elle montre aussi le fossé qui se creuse entre les générations au sein des familles juives pratiquantes, les plus jeunes ayant tendance à chercher à s’émanciper, à se libérer des carcans d’une tradition pesante. Une double fracture que révèle clairement la fiction, qui s’achève sur une fin ouverte laissant en suspens le destin de certains protagonistes. Il est à noter qu’HBO a, en 2008, acheté les droits de la série en vue de produire une version américaine (qui, à ma connaissance, n’a pas encore vue le jour). Nul besoin selon moi d’un remake, cette production de la chaîne Reshet est une plaisante chronique familiale pouvant captiver une audience bien au delà des frontières du pays hébreux.

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