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J’avoue n’être guère amateur de soap operas, cependant il faut reconnaître que l’on trouve quelquefois sous cette appellation des œuvres brillantes. Pour rester dans les séries britanniques, je pense notamment à la version de 1967 de La dynastie des Forsyte, adaptation réussie du roman de John Galsworthy avec entre autres Eric Porter et Susan Hampshire. The Brothers, une série créée en 1972 qui s’étala sur 7 saisons, est également une production haut de gamme, alliant le mélodrame, l’étude psychologique et des intrigues captivantes dans le monde de l’entreprise (à l’instar de séries plus anciennes diffusées sur ATV, comme The Power Game et The Plane Makers). Elle a été conçue par la même équipe qui produisit ultérieurement Colditz et Secret Army, avec notamment des scénarios de N.J. Crisp et Eric Paice,  Gerard Glaister étant à la production. La série connut un grand succès dans les années 70, puis tomba dans l’oubli. Dernièrement, une édition DVD des premières saisons permit d’exhumer cette intéressante saga familiale, dotée d’un excellent casting.

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La famille en question, les Hammond, est à la tête d’une entreprise de transport routier dont le siège est basé à Londres. Lors du pilote de la série, le patriarche Robert Hammond vient de décéder. Cassell, le notaire (joué par John Welsh, connu plus tard pour son rôle de maître d’hôtel cacochyme dans  The Duchess of Duke Street), dévoile la teneur d’un testament qui plonge le fils aîné, Edward, dans le désarroi: le père a légué des parts égales du capital à lui et à ses deux frères (Brian et David), ainsi qu’à sa secrétaire et maîtresse Jennifer Kingsley  (avec laquelle il eut une fille, Barbara, dont la parenté est jusqu’ici restée secrète).

Ed hérite du poste de directeur de l’entreprise et sa voix compte double lors des réunions du bureau exécutif, mais il peut être mis en minorité par une alliance entre ses deux frères et Jennifer. Il cherche d’abord à racheter les parts de ses trois associés, mais après réflexion ceux-ci refusent. Chaque saison va alors traiter des conflits au sein de la direction et avec les chauffeurs routiers syndiqués, des plans d’expansion d’Hammond Transport (souvent contrariés par des problèmes financiers inextricables), mais aussi de la vie personnelle des protagonistes, leurs soucis maritaux et leur relation parfois compliquée avec la doyenne Mary Hammond, veuve du patriarche.

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Chacun des personnages principaux a une personnalité soigneusement développée par les scénaristes. Edward est le fils aîné, un homme dans la quarantaine un peu bourru, qui s’est toujours vu comme le successeur légitime de son père et qui prend très au sérieux la gestion de la société familiale. Célibataire, il vit toujours chez sa mère Mary. Derrière une apparence rugueuse et autoritaire, il est très sensible et éprouve une certaine affection pour ses employés. Il s’avère être un patron paternaliste et toujours prêt à faire des concessions, ce qui lui vaudra à plusieurs reprises d’être recadré par ses associés, enclins à plus de fermeté dans la conduite de la compagnie. Il est joué dans la première saison par Glyn Owen, remplacé ensuite par Patrick O’Connell (le changement se remarque à peine, tant ils se ressemblent, aussi bien physiquement que de par leur jeu d’acteur).

David (Robin Chadwick) est le benjamin de la famille. C’est un dandy et un coureur de jupons invétéré. Si au départ la gestion d’Hammond Transport ne semble pas l’intéresser, il finit par s’impliquer, défendant volontiers des idées novatrices pour diversifier l’activité de l’entreprise. De caractère indépendant et obstiné, il entre facilement en conflit avec ses deux frères. Sa vie sentimentale avec  Jill (Gabrielle Drake), jeune mannequin de mode au caractère d’une grande bonté, est compliquée car il a du mal à lui rester fidèle. C’est le plus versatile et instable des Hammond.

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Brian est un expert comptable consciencieux et un peu ennuyeux au premier abord. Interprété par Richard Easton, il apparaît vite comme l’élément le plus raisonnable de la direction collégiale, toujours soucieux de l’équilibre financier de la société et incitant fréquemment sa fratrie à plus de pragmatisme. Au long de ces premières saisons, sa relation houleuse avec son épouse Ann est longuement développée. Ann (Hilary Tindall) est une belle femme assez capricieuse et égocentrique. Elle souhaiterait que son mari s’occupe plus d’elle que de son travail. Elle ne peut concevoir sa vie de couple sans une dose de conflit. Elle cherche à susciter la jalousie de Brian en flirtant avec d’autres hommes, elle menace à plusieurs reprises de le quitter mais revient toujours vers son mari, qu’elle trouve trop sage et trop conciliant avec elle. Si par certains côtés, c’est un personnage de garce typique des soap operas, elle s’avère au fil des saisons dotée d’une psychologie complexe.

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Mary Hammond est mon personnage favori. Jouée avec un talent consommé par Jean Anderson (qui fit ensuite une apparition mémorable dans Tenko), la matriarche de la famille, bien que restant à l’écart des décisions de l’entreprise, ne cesse de chercher à influencer ses fils, dont elle connait parfaitement le caractère. Toujours affable et d’une courtoisie exemplaire, elle parvient à manipuler ses proches avec subtilité. Mais, loin d’être une doyenne machiavélique, elle a au fond une personnalité généreuse et altruiste. Si elle se lie d’amitié avec Barbara, la fille illégitime de son défunt mari, elle ne supporte pas Jennifer Kingsley, lui vouant une haine froide et tenace.

Campée par Jennifer Wilson, cette dernière est une femme effacée qui a du mal à s’insérer dans l’entreprise, les trois frères ayant initialement des difficultés à la considérer comme une associée légitime. Elle parvient à se faire accepter en nouant successivement des alliances avec chacun des frères et en entamant une liaison avec Edward. Avec sa fille Barbara (Julia Goodman), une adolescente avide d’indépendance, elle a des rapports houleux, acceptant mal ses erreurs de jeunesse. C’est une classique relation mère/fille, récurrente parmi les intrigues secondaires de chaque saison.

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Un dernier protagoniste central mérite d’être décrit: Bill Riley, le délégué syndical auprès de la direction, joué par Derek Benfield. C’est le seul chauffeur routier de l’entreprise à tenir une place essentielle dans l’intrigue et dont le rôle s’affirme au fil des saisons. Toujours près à défendre âprement les intérêts du personnel, il a parfois des difficultés à ne pas être débordé par la base lors des mouvements de grève. Il entretient une amitié ambivalente avec Edward Hammond et révèle peu à peu des fêlures: un passé trouble, une relation difficile avec son épouse, une lassitude du métier. C’est un des personnages les plus attachants de la série.

The Brothers débute par une saison de dix épisodes (les deux suivantes en comportent treize) où l’on voit se structurer les rapports de force au sein de la direction de l’entreprise. Il y est question d’un contrat avec une société de peinture industrielle et du financement d’un entrepôt pour celle-ci. La firme fait face à des difficultés lorsqu’une grève dure éclate sur les docks, risquant la banqueroute sans un apport rapide de fonds. Mary Hammond cherche à contester le testament de son époux pour priver Jennifer de ses droits au sein de Hammond Transport. C’est une saison où la tension monte crescendo, avec du suspense, même si l’issue est assez prévisible.

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La seconde saison est, parmi les trois premières, ma préférée. Elle comporte une intrigue sentimentale subtile entre Brian et l’institutrice de ses enfants, Nancy Lincoln (jouée par Claire Nielson), alors qu’Ann l’a quitté (temporairement) sur un coup de tête. Jill, grâce à un héritage inattendu, cède une part de son capital à l’entreprise, ce qui crée des tensions entre David et ses associés. Surtout, cette saison introduit un nouveau personnage, un entrepreneur à l’accent cockney qui dirige une société de transport par camionnettes, Harry Carter (McManus). Les Hammond fusionnent leur entreprise avec celle de Carter pour offrir des convoyages de proximité en plus de ceux à longue distance. Mais des frictions apparaissent vite. Carter, issu d’un milieu populaire, a des méthodes de management brutales que ses associés peinent à accepter. Ses employés ne sont pas syndiqués, ce qui provoque un fort mécontentement de la part des autres chauffeurs de la compagnie, qui bloquent tous les dépôts de véhicules. Même si Carter parvient in fine à résoudre habilement le conflit, les Hammond finiront par l’éjecter de l’entreprise. C’est la saison où l’on voit le plus les transporteurs routiers, un épisode (Storm birds) leur étant même presque entièrement consacré.

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A contrario, la saison 3 développe essentiellement des intrigues concernant la vie personnelle des protagonistes. Il y a bien une histoire de hijacking impliquant Bill Riley alors que la compagnie s’étend en créant des filiales provinciales, mais les démêlés sentimentaux des personnages sont au premier plan. Cette saison a l’avantage de proposer plus de tournage en extérieur, avec un effort de mise en scène bienvenu. Surtout, les scénaristes ont cherché à épaissir la dimension psychologique des personnages. Ann, en proie à une crise existentielle, s’éprend de Nicolas Fox, un publicitaire ambitieux qui crée la campagne promotionnelle de l’entreprise, doublé d’un séducteur sans scrupules. Une intrigue languissante concerne Julie, l’ex-colocataire de Jill, qui cherche par tous les moyens à séduire David, pourtant fraîchement marié. Julie est une femme indépendante et en avance sur son temps, mais dénuée de principes moraux. Globalement, la saison a l’avantage de donner plus de relief aux protagonistes, mais a un peu tendance à abuser des cliffhangers faussement cruciaux.

Ces trois premières saisons permettent de découvrir des intrigues très variées, dans un univers typique des seventies: les musiques d’époque, la mode vestimentaire, les décors rétro nous replongent vite dans cette époque si particulière. Le succès de The Brothers lors de la première diffusion s’explique par la qualité de la distribution: ce ne sont pas pour la plupart des comédiens de grande renommée, mais ils forment un ensemble très convaincant à l’écran, permettant au téléspectateur de s’attacher à leurs personnages. Le développement de ceux-ci se révèle remarquablement cohérent au fil des épisodes, les rendant particulièrement crédibles. C’est surtout cela, au delà des imbroglios familiaux typiques des soaps et des machinations dans le monde des affaires, qui rend cette série aussi addictive.

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