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C’est une première sur Tant de saisons: une création télévisuelle en langue gaélique écossaise (heureusement sous-titrée en anglais). Dans ce registre spécifique, Je me suis d’abord intéressé à Machair, une série fleuve de STV (Scottish Television), dont j’ai abandonné le visionnage au bout de quelques épisodes (au nombre de 151, c’était beaucoup trop long pour moi). En cherchant un programme plus court et emblématique de la culture écossaise, je suis tombé sur Crowdie and Cream, une minisérie en trois épisodes diffusée initialement sur BBC 4 et plus tard programmée sur BBC Alba, réalisée par Bill Macleod d’après un ouvrage éponyme de Finlay J. MacDonald relatant ses souvenirs d’enfance dans l’archipel des Hébrides. Avec un casting principalement composé de comédiens écossais, c’est une production régionaliste réjouissante et un brin nostalgique.

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L’action débute en 1930, lorsque le jeune Finlay (joué par Alasdair MacLennan) s’installe en Écosse avec ses parents, sur le territoire de leurs ancêtres. Des terres leur ont été octroyées sur l’île Lewis et Harris, en dédommagement de la participation à la Grande Guerre du père, Iain (interprété par Iain MacRae). L’île, la plus grande de l’archipel, offre des paysages verdoyants, des sites naturels grandioses mais un climat très rude, marqué par des vents violents et une mer souvent houleuse.

La famille, qui emménage près du village de Scarista, va tenter de survivre en élevant des moutons pour la tonte et la confection de laine (la fameuse Harris Tweed, travaillée sur un métier manuel, qui sera plus tard très prisée des grands couturiers). Nous somme à l’époque de la grande dépression, autant dire que les MacDonald ne roulent pas sur l’or: le père s’endette rapidement et le négoce de la laine peine à décoller.

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La mère de Finlay, Kate (Donna Morrison), malgré les difficultés financières, conserve une certaine coquetterie et cherche à se procurer de beaux habits à bas coût, en négociant âprement avec un représentant en produits textiles qui fait régulièrement le tour des propriétés paysannes de l’île. Le VRP est un citadin à la mise élégante, un peu décalé dans cet environnement rural. Kate est un personnage attachant, une mère protectrice et émotive, mais qui n’est que trop brièvement présente à l’écran.

La série est avant tout l’histoire de Finlay, un gamin turbulent et farceur, qui fait les quatre cent coups avec ses camarades d’école. Ses exploits sont contés par une voix off (Roddy John MacLeod), qui reprend des extraits du livre de souvenirs de Finlay (ouvrage lui-même tiré d’une série d’émissions radiophonique réalisées quelques décennies auparavant). La série consiste en une suite de vignettes, d’anecdotes souvent drôlatiques, montrant le caractère facétieux et débrouillard du jeune Finlay, tout en dressant les portraits d’habitants pittoresques de l’île.

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On peut dire que Finlay n’en rate pas une: alors que la demeure familiale est en construction, il met le feu au bois de charpente, incendie qui sera heureusement vite maîtrisé. En classe, il est dans le collimateur de l’institutrice, miss Dalbeith, une femme revêche et d’une grande sévérité, qui interdit à ses élèves de s’exprimer en gaélique. La ceinture de cuir avec laquelle elle châtie les écoliers aura tôt fait d’être subtilisée par Finlay.

Miss Dalbeith, partisane d’une éducation à la dure, décide d’ imposer aux élèves des cours en extérieur par grand froid, ce qui provoque quelques soucis de santé parmi les plus frileux. Une pétition est alors soumise par les habitants aux autorités pour exiger le remplacement de la professeure sadique, ce qui leur sera accordé. Finlay n’est pas un élève brillant et assidu, cependant lorsqu’un concours du Crusader’s Monthly promet au lecteur ayant envoyé la meilleure nouvelle au journal de remporter un vélo, c’est lui qui est le lauréat. C’est au fond un garçon intelligent, astucieux,  qui trouve toujours moyen de gagner quelque argent de poche.

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Ainsi, lorsqu’un parcours de golf est créé sur l’île (de facture rustique, celui-ci assure des revenus aux propriétaires terriens de Lewis), Finlay est employé comme caddie et s’avère un joueur habile. Plus tard, se liant d’amitié avec un vieux marin à la retraite, Hector, il le seconde pour l’exploitation de sa petite ferme. Récemment veuf, cet homme au caractère ombrageux et intarissable lorsqu’il évoque ses souvenirs de matelot, cherche une nouvelle épouse. Finlay joue les entremetteurs en lui rédigeant une petite annonce matrimoniale, mais les femmes qu’il rencontre ensuite ne sont souvent pas d’un abord très engageant (c’est un euphémisme). Hector est un personnage original, d’une maladresse comique.

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Les méfaits de Finlay sont légion: en visite chez son grand-père à Tarbert, il doit cohabiter dans sa demeure avec des femme dévotes venues en ville pour les communions. Il leur joue un tour en introduisant une poudre laxative (nommée Andrews Liver Salt) dans leurs pots de chambre, dont les effets effervescents ne manqueront pas de provoquer des réactions horrifiées.

Lorsqu’ un rèiteach a lieu (une réunion familiale se tenant lorsqu’un mariage est annoncé,  à laquelle le futur époux est absent et où sa belle-famille donne son accord pour les épousailles), il est gardé à domicile par le fiancé,  Seumas (Ewen MacKinnon). Cependant, à la faveur de l’assoupissement de ce dernier, il lui fausse compagnie et rejoint en secret le rèiteach, où il surgit bientôt de sous une table, à la surprise générale.

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Outre ces passages à l’humour bon enfant qui donnent un caractère plutôt léger à la série, on trouve quelques scènes mémorables qui restituent des souvenirs marquants pour Finlay. L’échouage sur la plage d’une cargaison d’oranges issue d’un navire marchand ayant fait naufrage est une bénédiction pour les habitants, qui récoltent cette manne inespérée avec joie (la scène est très bien filmée et constitue un des temps forts de la minisérie). Lors du départ douloureux des soldats à l’orée de la seconde guerre mondiale, la population assistant à leur embarquement de nuit entonne un chant traditionnel écossais vibrant d’émotion.

Autre épisode évocateur de la guerre, la découverte d’une bombe apportée par les vagues sur la plage est l’occasion pour des militaires de passage sur l’île de se livrer à un exercice de déminage artisanal en tirant à distance sur l’engin explosif, sous les yeux médusés des iliens restés à distance. Un autre jour, l’ atterrissage imprévu d’un avion de la RAF est l’occasion pour Finlay d’effectuer son baptême de l’air, que la série montre dans une scène pleine de lyrisme. Ces différentes remémorations apportent une touche très personnelle à Crowdie and Cream, dans une série à la tonalité par ailleurs plutôt légère.

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La série est courte, trop peut-être. On aurait aimé rester plus longtemps dans cet univers. Finlay a écrit d’autres recueils de souvenirs (Crotal and white et The corncrake and the lysander) qui n’ont hélas pas été adaptés à l’écran. Crowdie and Cream a valeur de témoignage, restituant la culture écossaise au travers de récits légendaires narrés à l’occasion par les protagonistes, ou encore par l’évocation du souvenir encore vivace des Highland Clearances (déplacements forcés de population au XVIIIe siècle).

La réalisation est assez travaillée, avec une utilisation judicieuse de la caméra par des plans variés (les contre-plongées et les panoramiques sont légion). La bande musicale est typiquement gaélique et atmosphérique (elle comprend des morceaux de groupes musicaux de la région comme Capercaillie  ou Deaf Sheperd, mais aussi des performances a capella réalisées par les acteurs de la série). En définitive, c’est un period drama doté d’une forte identité, qui fait revivre une société révolue avec un indéniable pouvoir évocateur, en dépit du caractère souvent anecdotique des fragments de vie qu’il dépeint. Sans être un chef-d’œuvre, c’est une découverte bien plaisante.

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