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Certaines séries françaises anciennes sont particulièrement difficiles à trouver de nos jours. C’est le cas du Secret des Flamands, que j’ai cherché vainement pendant des années, avant de dénicher un enregistrement effectué vers la fin des années 90, lors d’une diffusion sur la Cinquième, dans le cadre du programme La bibliothèque d’or. Cette minisérie hautement romanesque étant très agréable à suivre, on peut se demander pourquoi une édition DVD n’a pas encore été proposée (peut-être est-ce à cause d’une obscure question de droits d’auteur). En quatre épisodes, réalisée par Robert Valey, cette fiction plonge le téléspectateur au cœur de la Renaissance en retraçant le parcours à travers l’Europe d’Antonello, jeune peintre napolitain en quête de secrets de fabrication de la peinture à l’huile flamande.

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Le procédé mis au point par Jan van Eyck fait intervenir un liquide qui, mélangé aux couleurs, préserve leur éclat et leur laisse toute transparence. Comme il est montré dans la série, lorsqu’on jette un verre de vin sur  une peinture à l’huile, celle-ci reste intacte une fois nettoyée, alors qu’une peinture à tempera conserve des traces de l’aspersion. Cette technique est, à partir du le milieu du XVe siècle, jalousement gardée par les artistes flamands, suscitant nombre de convoitises, en particulier dans les principautés italiennes où les princes mécènes, en quête de prestige, rivalisent pour avoir à leur service les peintres et sculpteurs les plus talentueux. Antonello di Terracina (interprété par un jeune premier, Jean-Claude Dauphin), peintre alors basé à Naples, se rend à Bruges avec son maître Giacomo Battestini en vue d’espionner les artistes et d’apprendre ce procédé novateur.

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En Flandres, Peter Christus (Gabriel Gobin), un peintre âgé, est un ancien disciple de Van Eyck et le dépositaire de son savoir faire artistique. Il a pour élève un certain Van Der Goes, avec qui il a des vues professionnelles divergentes. Christus est adepte de l’art pour l’art, il considère que la recherche esthétique est un but en soi. Van Der Goes voit surtout l’intérêt commercial de la peinture à l’huile, il veut produire des tableaux à la chaîne pour accroitre sa richesse. Son côté mercantile fait qu’il est plus volontiers approché par ceux qui désirent, contre rétribution, connaître le fameux secret. Van der Goes fait affaire avec le banquier des Medicis, le sinistre Cavalieri (joué par Raymond Gerome),  avec qui il met en place un lucratif trafic d’œuvres picturales. Cavalieri est un individu sans scrupules qui confie ses basses besognes à un mystérieux bonhomme dissimulé derrière une houppelande et  nanti d’une main gantée de fer.

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Battestini parvient à s’introduire dans l’atelier de Van der Goes et réussit à dérober un échantillon du liquide secret, contenu dans une coupe. Mais il est bientôt assassiné par le sicaire à la poigne de fer envoyé par Cavalieri, ce dernier ayant tout intérêt à conserver le monopole du commerce de peintures à l’huile dans la péninsule italienne. Antonello jure de venger son maître et retrouve vite son mystérieux meurtrier, qu’il pourchasse jusqu’à Gand, au terme d’une folle cavalcade. C’est là que se situe l’une des plus belles scènes de la série: entré dans une église, Antonello découvre émerveillé le retable de l’Adoration de l’Agneau mystique de Jan et Hubert van Eyck. La caméra zoome successivement sur chaque partie du retable, avec en accompagnement une musique de carillons soulignant l’émotion de cette révélation artistique pour le jeune peintre.

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En outre, c’est dans cette église qu’Antonello rencontre Peter Christus. Ce dernier se lie d’amitié avec lui et le prend comme apprenti. Dans l’atelier du vieux peintre, Antonello perfectionne son métier, apprenant entre autres les subtilités de l’emploi des vernis, l’application de minces couches superposées permettant la réalisation d’effets de transparence. Sur ce point, on peut remarquer, si l’on regarde les œuvres d’Antonello de Messine, le peintre qui a inspiré le héros de la série, des drapés translucides qui témoignent de sa maîtrise de cette technique (visible en particulier dans les tissus vaporeux de sa Vierge à l’enfant). Bientôt, Christus lui confie le secret de la peinture à l’huile, les ingrédients précis devant être employés ainsi que leurs dosages respectifs et lui fait promettre de ne révéler au monde ce procédé qu’après le décès du vieux peintre.

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S’ensuit alors, lors du retour d’Antonello en terre italienne, un grand nombre de péripéties rocambolesques, nombre de protagonistes  cherchant coûte que coûte à lui extirper son secret. Outre l’homme au gant de fer, il aura maille à partir avec le domestique de Cavalieri, un sbire maniant avec dextérité le stylet, ainsi qu’avec Pitt et Hubert, un duo de brigands maladroits, personnages comiques faisant des apparitions aussi brèves que remarquées. A Florence, il rencontre Lorenzo de Medicis, un prince intrigant dont la voix doucereuse dissimule des menaces voilées. Le frère de ce dernier, Juliano, est épris de Simonetta Venturi (Martine Pascal), qui est le modèle attitré de Sandro Botticelli (notamment pour sa Naissance de Vénus, dans la réalité il s’agissait de Simonetta Vespucci). Simonetta est dans la série une aventurière doublée d’une grande séductrice, qui complote en usant de ses charmes pour circonvenir Antonello.

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Le jeune peintre, obstiné, devra déjouer les manigances des peintres italiens, que ce soit Botticelli, Bellini (le peintre officiel du doge de Venise) ou encore Andrea Mantegna qui envoie un membre de sa famille l’espionner. Les rebondissements de l’intrigue ne manquent pas, les traquenards se multipliant sur le parcours d’Antonello. Cependant, il peut compter sur quelques soutiens indéfectibles, au premier rang celui de Maria, la fille de Cavalieri ( jouée avec fraîcheur par Isabelle Adjani, alors jeune actrice prometteuse). Maria, qui a rencontré Antonello avant son départ pour Bruges, noue une idylle avec le jeune peintre, contre la volonté paternelle et, à l’occasion, en faussant compagnie à sa sévère gouvernante. le duo, réuni seulement le temps de quelques scènes, fonctionne très bien à l’écran.

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Antonello trouvera aussi un allié de poids en la personne de Casaforte, condottière de la république de Venise. Interprété par Henry Czarniak, c’est un individu d’allure rustaude mais qui se révèle aussi fin d’esprit que loyal. Richissime, Casaforte place Antonello sous sa protection et lui commande son portrait. Si l’on observe le tableau Le Condottiere du vrai Antonello, on remarque cependant le peu de ressemblance de celui-ci avec l’acteur qui  incarne le vénitien dans la série.

En définitive, Le secret des Flamands est une minisérie captivante, au rythme sans doute parfois un peu nonchalant pour des téléspectateurs d’aujourd’hui mais dont l’intrigue virevoltante ménage quelques coups de théâtre surprenants. Certes, il ne s’agit nullement d’une fiction sérieuse, on sent constamment l’influence des œuvres d’Alexandre Dumas et des grands feuilletonistes d’antan. De plus, la série s’inspire du contenu d’un ouvrage célèbre de Giorgio Vasari, Les vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes, essai remarquable mais dont les développements concernant la carrière d’Antonello de Messine sont sujets à caution.

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L’atout principal de la série est pour moi l’atmosphère qui s’en dégage, qui rappelle un peu celle de La Vita di Leonardo Da Vinci, minisérie transalpine de 1971.  J’ai vraiment eu l’impression d’être plongé en pleine Renaissance, grâce aux décors naturels des multiples villes européennes où a été tournée la fiction (par exemple, les ruelles du vieux Bruges, qui sont toujours un décor saisissant, au cinéma comme à la télévision, ou l’architecture de Venise, très bien mise en valeur ici), tirant ainsi profit de la coproduction entre chaînes françaises, belges, suisses et italiennes. Outre la bonne tenue de la distribution principale, le casting secondaire et les figurants comportent quelques trognes pittoresques et particulièrement télégéniques.

Enfin, la musique concourt à plonger le spectateur dans une ambiance surannée. Jacques Loussier, un musicien habitué des bandes originales de séries télé (Thierry la Fronde, pour n’en citer qu’un) a composé quelques thèmes qui évoquent habilement cette lointaine époque. Néanmoins, la chanson du générique, due au groupe Les Troubadours (qui interpréta la ritournelle de la première saison des Faucheurs de marguerites) est un brin désuète. Malgré quelques coïncidences un peu trop fortuites dans le développement de l’intrigue et l’exploitation hautement romancée de personnages historiques, la série constitue un divertissement  de choix, tout spécialement pour les amateurs d’art et de feuilletons rocambolesques à l’ancienne.

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