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Après réflexion, j’ai décidé de consacrer cette années quelques articles à d’anciennes séries américaines un peu oubliées, nombre de sites dédiés à la fiction télévisuelle préférant se concentrer sur les dernières nouveautés (il est vrai que, vu la pléthore de productions US, il y a de quoi faire). Les années 70/80 ne furent sans doute pas aussi prolifiques outre Atlantique en séries de qualité, mais il y eut tout de même quelques belles réussites. Pour ce qui est des seventies, dans le genre policier, j’ai particulièrement apprécié, outre Columbo et Banacek, The Rockford Files avec James Garner. Les deux dernières séries citées ont récemment bénéficié d’éditions DVD en France dans la collection Les joyaux de la télévision.

Police Story mériterait de figurer dans cette collection (une poignée d’épisodes seulement ont été diffusés sur Antenne 2 entre 1976 et 1980), pour la qualité de ses scripts et son approche, tendant vers un certain réalisme, du cop show américain. Cette première saison de 22 épisodes initialement diffusée sur NBC montre une belle variété d’intrigues, explorant les différents corps de métiers composant les services de police de Los Angeles.

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La série a été créée par un ancien détective de LAPD, Joseph Wambaugh, qui créa des fictions exploitant ses souvenirs de flic (outre Police Story, il écrivit des romans et scénarisa quelques films noirs). Il s’agit d’une anthologie, narrant les activités professionnelles et la vie privée de protagonistes centraux à chaque épisode différents (même si quelques détectives réapparaissent à de multiples reprises au fil des saisons), faisant partie de divers échelons de la hiérarchie policière et ayant chacun une personnalité bien marquée.

Ce format permet aux concepteurs de la série de se focaliser successivement sur chacune des branches de la corporation et de mettre en évidence les difficultés professionnelles qui leur sont spécifiques. Si les réalisateurs sont pléthoriques au cours de chaque saison, il y a une continuité dans la manière de filmer, typique des séries US de l’époque; sur le plan musical, avec un thème de générique composé par Jerry Goldsmith décliné en diverses orchestrations; mais aussi concernant le jeu des acteurs, souvent assez similaire. C’est donc sur le fond que les épisodes se différencient essentiellement, offrant un panel d’histoires allant du drame à la comédie, mais toujours avec un soin descriptif quasi documentaire.

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Le pilote, Slow Boy; dure près d’1h30 et développe une histoire comportant certes quelques longueurs, mais pleine de suspense. Un flic tenace incarné par Vic Morrow, Joe LaFreida, traque sans relâche un criminel violent, Slow Boy, braqueur de drugstores à tendance homicide, qui parvient à plusieurs reprises à échapper à ses poursuivants. Joe a la gâchette facile et a tendance à mettre en danger la vie des civils pris en otage par le malfrat lors de ses interventions. De plus, il n’hésite pas à amener un indic à prendre de gros risques pour obtenir des tuyaux, l’exposant à un péril mortel. Il est vite l’objet d’une enquête interne mais reste obsédé par cet adversaire coriace qu’il veut coincer coûte que coûte. On rencontre à nouveau  LaFreda par la suite, dans Countdown, où le sergent est aux prises avec la mafia, qui a promis des représailles à son encontre suite à la mort d’un rejeton de la famille lors d’une intervention armée de la police: un épisode en deux parties plein de rebondissements, mais dont l’issue laisse un sentiment d’inachevé.

On retrouve un malfrat psychotique dans un autre épisode de la saison, Big John Morrison, où les détectives Calabrese et Jameson (deux flics récurrents de la série) ont fort à faire contre un criminel psychotique, aussi bien voleur que meurtrier et violeur, qui tue pour le plaisir. D’une durée d’1h15, c’est un opus très noir, au rythme nerveux, dont la réalisation se distingue du reste de la saison par une mise en scène mettant en relief la violence choquante du tueur. C’est sans doute l’épisode le plus brutal, le moins édulcoré du lot. A noter la présence au casting de Claudette Nevins, une actrice dont les traits ressemblent de façon surprenante à ceux de Glenn Close.

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Plusieurs épisodes sont consacrés à des opérations d’infiltration de milieux criminels par la police. Dans Dangerous games, le détective Czonka se fait passer pour un proxénète pour approcher le réseau de prostitution qu’il veut démanteler. On suit en détail la procédure qu’il emploie, parfois un peu limite, comme lorsqu’il incite une employée de Snake (le maquereau du réseau), à trahir son employeur et à lui procurer des filles pour son propre réseau (fictif, bien entendu): une façon d’agir qui a pu choquer certains téléspectateurs.

The Ho Chi Minh Trail dépeint le parcours d’une jeune recrue, le cadet Mark Randolph, chargé d’infiltrer un trafic de drogue par la division des narcotiques. L’épisode a un petit air de Starsky et Hutch car l’on retrouve Bernie Hamilton (alias capitaine Dobey) et Antonio Fargas (alias Huggy les bons tuyaux) dans la distribution. Outre une description méticuleuse de l’opération policière (le souci d’authenticité est bien présent), l’épisode met en évidence la rouerie des supérieurs de Mark Randolph, qui recourent au mensonge et à la manipulation pour l’inciter à poursuivre l’infiltration malgré les risques encourus. C’est rythmé, par moments assez drôle, malgré une fin assez prévisible.

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Deux autres épisodes abordent des infiltrations policières. Death on credit, où un détective se fait recruter, sous une identité d’emprunt, par un gang d’arnaqueurs usant de fausses cartes de crédit et où l’enquêteur est préoccupé par sa vie privée et risque de faire échouer l’opération en cherchant à voir sa famille à des moments inopportuns. C’est une intrigue assez classique mais avec un suspense efficace. The gamble s’intéresse à la brigade chargée des jeux d’argent, qui infiltre le milieu des paris illégaux à l’aide d’une policière, Lisa Beaumont. L’épisode est instructif, on apprend par exemple les différentes façons de truquer les dés. Lisa, interprétée par Angie Dickinson, grimpe vite dans la hiérarchie des truands en usant de son charme, prenant des risques calculés en vue de permettre à la police de prendre de gros poissons dans ses filets. Une histoire simple et sans surprise, mais un épisode à l’origine d’un spin-off, la série Police Woman.

Seul un autre épisode met en avant une femme flic, Collision course; mais c’est par contre un des meilleurs de la saison. Jean Culhane (jouée par Sue Ane Langdon) est une jeune policière qui patrouille en binôme avec LaSorda (Hugh O’Brian). Ce dernier est un machiste invétéré, mais il est vrai que sa coéquipière multiplie les gaffes. Cependant, elle va se racheter en contribuant à arrêter un dangereux criminel, un tueur en cavale, Bates (Jerry Lee Lewis dans un rôle marquant de malfrat impitoyable). L’épisode comporte de spectaculaires poursuites dans le style hollywoodien et a le mérite de montrer les préjugés existant à cette époque envers les agents du sexe faible.

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Les pandores en patrouille sont aussi le sujet de The big Walk, qui dresse le portrait de Jack Bonner, un vétéran de LAPD, qui est loin d’avoir un comportement exemplaire: il est souvent peu impartial et cherche des noises aux citoyens dont la tête ne lui revient pas. Il est accusé d’avoir, lors d’une de ses rondes, harcelé sexuellement une jeune femme après l’avoir contrôlée pour conduite en état d’ivresse. S’ensuit un procès où c’est la parole du flic contre celle de sa supposée victime. Cette histoire, centrée sur un personnage ambigu, montre le type de situations délicates auxquelles un officier de l’ordre peut être confronté lorsque son témoignage est mis en doute.

Un autre épisode explore la mentalité des membres de la police: The  Ripper, où un duo d’enquêteurs pistent un serial killer qui s’en prend à des homosexuels. L’un des deux flics est un homophobe convaincu et maltraite les témoins qu’il interroge, tandis que l’autre est plus large d’esprit et fait montre d’une compréhensibilité plutôt en avance sur son temps à l’égard des pédérastes. L’épisode semble aujourd’hui ordinaire mais a dû paraitre très novateur à l’époque.

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Quelques épisodes abordent les spécificités du travail d’officiers situés à différents niveaux de la hiérarchie. Chain of Command montre que les gros bonnets de la police ne sont pas toujours en phase avec les réalités du terrain. Un groupe de militants noirs extrémistes commet une série d’attaques meurtrières à l’encontre de flics en patrouille. Un capitaine cherche en vain à convaincre ses supérieurs de lui allouer un renfort des effectifs, il devra outrepasser les directives de la direction pour parvenir à contrer efficacement la menace.

L’épisode est à mes yeux plutôt mineur, contrairement à Chief, qui traite de manière plus intéressante d’un sujet apparenté: centré sur l’officier au sommet de la pyramide, le chef de la police, c’est une intrigue qui pourrait avoir été écrite par David Simon. On y voit un commandant qui a bien du mal à gérer des responsabilités écrasantes, qui est sollicité par des politiciens locaux pour servir leurs ambitions (en fournissant par exemple des renseignements sur leurs adversaires politiques) et qui doit s’exprimer devant des citoyens pour justifier les choix de la municipalité en matière de sécurité. On se rend bien compte devant cet épisode à quel point cette profession est inféodée aux acteurs politiques en place.

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D’autres épisodes suivent des protagonistes à des degrés moins élevés de la hiérarchie. Country Boy, qui nous fait partager le difficile entraînement, physique comme théorique, des jeunes recrues, suivi de leurs examens, ne laisse pas un grand souvenir. Line of fire est par contre assez prenant: les exercices suivis par une brigade d’intervention, un des fameux SWAT, sont décrits avec une précision documentaire. En le visionnant, on voit bien que c’est une chose de réussir sa mission lors d’une simulation, mais que c’en est une autre de le faire face à la dure réalité du terrain.

Cependant, un de mes épisodes préféré est centré sur un personnage apparemment sans relief, un obscur sans-grade chargé de relever les empreintes: Fingerprint développe une intrigue surprenante, dressant le portrait d’un détective falot, qui ne serait qu’un figurant dans une série ordinaire, qui rêve de jouer un rôle de premier plan dans l’arrestation des criminels et qui va connaître enfin son heure de gloire. En outre, l’épisode a pour intérêt de présenter les méthodes de fichage et d’ examen des empreintes digitales en vigueur à cette époque. Pas d’informatisation, mais des grosses loupes pour scruter patiemment chaque relevé dactyloscopique.

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Parmi les épisodes que j’ai trouvé les plus réussis se trouvent ceux montrant des flics en proie à des troubles psychologiques. The ten year honeymoon est une histoire captivante. Shaner, un agent d’âge mûr, fête ses dix ans de partenariat avec le détective Boyd. Il a soudain un comportement étrange au travail, faisant des blagues de mauvais goût et prenant des risques inconsidérés lors des interventions. Son attitude de trompe-la-mort met Boyd dans l’embarras, surtout lorsque Shaner commet une bavure et qu’il doit s’efforcer de le défendre. L’explication de la crise que traverse Shaner clôt l’épisode de façon poignante.

Wyatt Earp syndrome est aussi un temps fort de la saison. Cliff Gorman y incarne un flic perturbé, Curt Nations: très consciencieux, il est obsédé par son travail et est incapable de prendre le moindre recul. Il empiète sur les prérogatives des autres agents, se croyant investi à lui seul de toutes les responsabilités au sein du LAPD. Sa vie professionnelle et personnelle part en sucette et il est amené à consulter un psychologue de la police qui diagnostique une pathologie mentale. Bonne performance de l’acteur principal, dans un rôle mémorable.

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Quelques épisodes présentent des policiers loin d’être irréprochables. Parmi ceux-ci, The violent homecoming est assez spécial: c’est une étude de personnalité, celle du sergent Gaitan, un ancien membre d’un gang latino, qui vient d’être affecté dans le quartier où il a grandi et où il prit part à une guerre entre bandes rivales. Sa présence est une arme à double tranchant pour la police: certes, il connait sur le bout des doigts la configuration du quartier, mais il a tendance à avoir un comportement violent à l’égard des latinos, séquelle d’un passé délinquant. A part ce brillant portrait psychologique, l’épisode a un déroulement très simple et déroule une histoire sans grand relief.

Man on a rack a par contre une excellente intrigue: un agent tue un confrère en arrivant sur le site d’un braquage, en croyant viser le criminel en fuite. S’ensuit une enquête de l’inspection des services qui dévoile que le flic incriminé, contrairement à  ses affirmations, connaissait déjà la victime, un collègue avec qui il avait des relations distantes au sein du LAPD. L’ambigüité du personnage central fait tout l’intérêt de l’histoire, même si le dénouement m’a paru un peu forcé. Dans la même veine, il y a également le seul épisode où intervient un ripou, Cop in the middle: un flic y protège un membre de la pègre qui le fait chanter, détruisant sciemment des preuves pouvant conduire ce dernier en tôle. Le mauvais flic n’est certes pas Vic Mackey, mais l’épisode est ce qui se rapproche le plus de The Shield dans cette saison, toutes proportions gardées: c’est nettement moins noir et la violence est, on s’en doute, plus timorée.

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Pour finir, évoquons une autre réussite de la saison, Requiem for an informer. On y retrouve les détectives Calabrese et Jameson qui cherchent à faire tomber un gang de détrousseurs de banques. Il vont utiliser pour cela un informateur, Stan, un junkie un peu paumé qui ne cherche qu’à survivre (étonnante interprétation de Marjoe Gortner). L’attitude des enquêteurs à l’égard de Stan est discutable. Ils usent tour à tour d’un certain paternalisme et de menaces pour l’obliger à coopérer. Stan est un personnage un peu trouillard mais attachant, et l’ambivalence de ses relations avec la police, ainsi que son destin que l’on pressent funeste, donnent à l’épisode une tonalité très particulière, installant progressivement un sentiment diffus de malaise.

Dans l’ensemble, ce fut une première saison de bonne tenue, d’une qualité très régulière au fil des épisodes: si les intrigues ne sont jamais époustouflantes, l’examen du milieu policier sous de nombreuses facettes et la pertinence des portraits psychologiques justifient de s’y intéresser encore aujourd’hui. Il y a certes quelques stéréotypes (par exemple, les scènes montrant la vie familiale des officiers ont tendance à se ressembler et à présenter des épouses cantonnées aux tâches ménagères) et le jeu d’acteur manque parfois de caractère, mais on voit bien la filiation avec les grands cop shows produits ultérieurement comme Hill Street Blues ou Homicide: Life on the Street. Dommage que les saisons suivantes n’ont pas fait l’objet d’éditions DVD bénéficiant d’une image restaurée: après avoir regardé ces épisodes, on est curieux de découvrir la suite de l’anthologie et de voir si la série continue de développer cette approche réaliste des intrigues et des personnages et parvient à rester éloignée des poncifs hollywoodiens.

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