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CLONA

Dans les mois qui viennent, je proposerai (entre autres) quelques articles courts à propos de séries policières récentes d’origines diverses. Aujourd’hui, penchons-nous sur une minisérie tchèque de 2014, en 7 épisodes, réalisée par Tomas Rehorek et scénarisée par Marek Epstein. C’est un polar procédural assez classique, mais qui se démarque cependant par la personnalité à part du protagoniste principal, un caméraman spécialiste de l’analyse d’image. Le rythme des épisodes est assez nerveux et l’ensemble est filmé dans des teintes sombres, à l’instar de certaines séries criminelles nordiques. A part quelques plans de Prague et de localités des environs, il n’y a rien de spécifiquement tchèque dans cette fiction, qui pourrait avoir été tournée dans n’importe quel pays européen sans effectuer de grands changements. Cependant, un casting solide, des personnages principaux bien développés et un certain sens du suspense rendent l’ensemble, à défaut d’être remarquable, assez agréable à suivre.

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Roman Kadlec (joué par Krystof Hádek) est un jeune homme passionné de cinéma et de vidéo depuis l’enfance. Il a peu de réussite: voulant intégrer la prestigieuse Académie du film de Prague (la FAMU, d’où  sont sortis entre autres Miloš Forman et Emir Kusturica ), il est recalé à de multiples reprises à l’examen d’entrée. De plus, il se fait plaquer par sa petite amie Lenka, tandis que ses parents, qui l’hébergent toujours, lui reprochent de ne pas être assez studieux. Il gagne un peu d’argent en faisant des photos de mariages, activité alimentaire qui ne le passionne guère. Son père, Otec, qui travaille à la police de la circulation, lui obtient un emploi de photographe vidéaste au sein d’une brigade de police. Mais bientôt un drame survient: Otec, pendant ses heures de service, meurt écrasé par un véhicule, qui prend aussitôt la fuite. L’incident est heureusement filmé et Roman, dévasté par cette perte soudaine, parvient à retrouver la trace du meurtrier en analysant la vidéo dans ses moindres détails.

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Le premier épisode, Smrt policajta, introduit soigneusement l’ensemble des protagonistes. Roman fait connaissance avec les membres de la brigade de police criminelle où il a été affecté: sous la direction de Jan Bárta, un flic soucieux du respect scrupuleux des procédures, elle est composée de Tomáš Fábera (David Novotný), un enquêteur expérimenté, dur à cuir et amateur d’aviation; de Lukáš Borkovec, dit Borka (Rostislav Novák Jr),  un jeune policier téméraire et impulsif; ainsi que de Nikola Bárdyová (Vica Kerekes), une charmante fliquette rousse. Roman s’éprend vite de Nikola mais celle-ci est en couple avec Borka, auquel elle reste liée car ce dernier lui a sauvé la vie lors d’une mission. Roman, qui bénéficie du soutien moral et financier de sa mère, Matka, s’intègre bon an mal an au sein de la police, où il acquiert vite le surnom ironique de « Fellini ». C’est un électron libre, rétif aux instructions de la hiérarchie, mais son indiscipline est compensée par un don d’observation hors pair et une intelligence intuitive aigüe.

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Roman prend parfois des risques inconsidérés comme dans l’épisode initial qu’il termine bien amoché, ou comme dans le sixième épisode, Stopari, où la brigade recherche un serial killer automobiliste qui tue des auto-stoppeurs: Roman n’hésite pas à faire du stop sur les tronçons de routes où disparurent les victimes, dans l’espoir d’être pris par l’assassin, sans en référer à ses équipiers. Cet épisode est plein de suspense et de retournements de situation, cependant tous ne sont pas aussi prenants. Le second, Prvni ohen, centré sur les méfaits d’une bande de braqueurs, est assez banal malgré quelques cascades spectaculaires. Le quatrième, Sama voda, l’histoire sordide d’une enseignante démembrée retrouvée près d’une rivière, est un peu soporifique (cependant, Roman s’y distingue en identifiant le coupable par l’analyse d’un enregistrement sonore et non visuel). Le cinquième, Praskac, raconte la vengeance d’un baron de la drogue dont le réseau a autrefois été démantelé par la brigade mais qui a alors réussi à s’échapper et cherche maintenant à éliminer les coéquipiers de Roman: une intrigue divertissante et dynamique, mais le passage où un sniper au sol tire au fusil sur le planeur que pilote Tomáš et fait mouche à longue distance sur une cible en mouvement est peu crédible.

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Les meilleurs épisodes sont selon moi ceux où les capacités d’analyse visuelle de Roman sont les mieux utilisés dans le scénario. Outre le premier épisode, le troisième, Unos, est à cet égard exemplaire: racontant l’enlèvement de Lenka, l’ex de « Fellini » et la traque du kidnappeur, c’est par l’analyse des enregistrements des nombreuses caméras de sécurité qui parsèment les rues de Prague et à l’aide d’un logiciel de reconnaissance de formes que Roman parvient (difficilement) à retrouver la trace du malfrat. Le dernier épisode, Kameraman, où l’objectif est de coffrer un trafiquant issu de la pègre russe qui liquide les membres de gangs rivaux, est aussi réussi: l’équipe emploie un drone muni d’une caméra pour explorer à  distance la demeure d’un suspect et l’analyse perspicace de ses images, ainsi que de vidéos d’exécutions envoyées anonymement à la police, permettent à notre détective d’identifier des indices décisifs.

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La série est dans l’ensemble pas mal, sans plus. Elle ne parvient pas vraiment à se différencier des innombrables polars procéduraux télévisuels, l’angle particulier consistant à  mettre l’accent sur l’importance du traitement d’image dans les enquêtes n’étant pas exploité de façon suffisamment marquante. Les décors sont assez variés, allant des alentours du lac de barrage de Slapy (haut lieu touristique) au monastère de Brevnov, en passant par l’ancien bâtiment de l’assemblée fédérale de Tchécoslovaquie. La distribution est de bonne tenue, les personnages bien campés et crédibles. Mais les intrigues manquent souvent d’originalité, ce qui fait que le parcours personnel des protagonistes (à l’instar de la relation entre Roman et la belle Nikola) intéresse finalement plus que l’aspect policier. En résumé, un divertissement de qualité honorable, surtout à destination des amateurs de polars d’un grand classicisme.

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