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Il est bien souvent difficile de trouver des séries brésiliennes sous-titrées, c’est donc avec un certain intérêt que j’ai visionné cette minisérie en 4 épisodes qui fut reçue favorablement par la critique lors de sa diffusion sur Rede Globo en janvier 2013. Il s’agit d’une énigme policière, un whodunit  atypique se déroulant dans le milieu du showbiz et présentant une structure non linéaire. Adaptation par George Moura  d’un roman de Nelson Motta (touche-à-tout, à la fois écrivain, journaliste, parolier et producteur de disques), c’est une histoire tragique qui porte un regard sensible sur la starisation et l’adulation dont sont l’objet les vedettes de la pop. Si l’issue de l’intrigue ne devrait pas surprendre les spectateurs les plus attentifs, la réalisation dynamique et la bande musicale variée constituent les points forts de la série.

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Cette fiction nous plonge dans l’univers  des chanteuses d’Axé, un genre musical récent originaire de Salvador de Bahia, sorte de fusion de différentes musiques afro-caribéennes. Ce sont des mélodies très dansantes, mais personnellement, ce n’est pas vraiment le style que j’affectionne le plus. Dans les années 90, j’ai découvert l’Axé en écoutant le disque de Daniela Mercury, O Canto da Cidade, mais j’avoue n’avoir pas été emballé, préférant par exemple le reggae ou, pour rester au Brésil, la bossa nova. Cependant, les morceaux interprétés dans la série sont entrainants, tandis que d’autres genres musicaux, à l’instar de la samba, sont heureusement représentés dans la bande son. Au centre de l’intrigue, Sereia Maria de Oliveira (interprétée par Isis Valverde) est une jeune chanteuse ayant débuté sa carrière dans les bars de Salvador. Elle a eu la chance de rencontrer le producteur de musique Paulinho de Jesus (Gabriel Braga Nunes) qui, subjugué par son charisme et sa sensualité,  a lancé sa carrière nationale et en a fait une star très populaire.

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Paulinho travaille en partenariat avec Mara Moreira (Camila Morgado), l’imprésario de Sereia (le prénom signifie « sirène » en portugais) depuis ses débuts, ainsi qu’avec un grand communiquant, le publicitaire Tuta Tavares (Marcelo Medici). Le trio va faire des étincelle et propulser la jeune femme au sommet, avec des millions de disques vendus. De plus, Sereia a à ses côtés un secrétaire personnel, Só Love, un clubbeur homosexuel qui est le fondateur de son fan club et devient pour elle un confident et ami d’une dévotion sans faille. Mais elle doit composer avec les desseins d’un politicien roué, Juracy Bandeira alias le Dr Jotabe (Marcos Caruso), qui avec la complicité de Tavares, instrumentalise la vedette et la pousse à soutenir sa réélection par le biais de ritournelles partisanes incluses dans son répertoire.

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Lors d’un concert se déroulant dans l’atmosphère enfiévrée du carnaval de Salvador (la plus grosse manifestation populaire du pays, loin devant le carnaval de Rio), Sereia, après avoir publiquement pris à partie le gouverneur et lui avoir signifié son refus de cautionner plus longtemps sa campagne, est prise pour cible par un sniper alors qu’elle est en train de chanter sur une estrade, devant une foule en délire. Elle meurt par balles, suscitant l’effroi général. Alors que le drame déchaine les médias brésiliens, le responsable de la sécurité de la star, Augustão (Marcos Palmeira), est résolu à démasquer le tueur. Il est secondé par son ami Vava de Zefa et mène une enquête en parallèle à celle des autorités. Il peut compter sur les tuyaux que lui communique un agent de police, Marques, contre rémunération, bien placé pour l’informer sur ce qui se passe au commissariat.  Augustão s’intéresse de près au passé de Sereia, reconstituant peu à peu le puzzle de son existence agitée.

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La série progresse par une succession de flashbacks prenant place à diverses époques du passé de la chanteuse. Le portrait de Sereia qui en ressort est celui d’une fille exubérante, extravertie et de nature enjouée, volontiers charmeuse avec les hommes, mais intérieurement tourmentée et angoissée. Autour d’elle, gravitent des individus ambivalents, marqués par une personnalité souvent duale. Paulinho, ancien petit ami de Sereia, fut un  grand admirateur mais aussi un amant jaloux, capable de violence envers elle. Só Love a un goût immodéré pour le travestissement et s’identifie à ses idoles de la scène. Mara s’avère être bisexuelle et fait ouvertement des avances à la chanteuse, qui accepte d’expérimenter l’amour lesbien. Tuta est un homme d’affaires ambigu, paternaliste et  affable avec la chanteuse mais  soucieux avant tout de ses intérêts financiers et de sa carrière. La brièveté de la série ne permet pas, hélas, de développer pleinement les protagonistes, souvent juste esquissés.

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L’enquête d’Augustão se focalise rapidement sur la recherche de l’arme du crime, ainsi que sur le journal intime de Sereia, qui reste longtemps introuvable mais s’avérera finalement crucial pour découvrir la clef de l’énigme. Parmi tous les personnages que rencontre le chef de la sécurité, le plus singulier est une prêtresse de candomblé, une « mère de saint » dans la terminologie de cette religion, maîtresse des cérémonies et de l’art divinatoire: mère Marina Oxum (jouée par Fabiula Nascimento), une dame qui en sait long sur la vie de Sereia ainsi que sur tous les gens qui la côtoient. Son époux est le compositeur attitré de la chanteuse, à l’origine de ses plus grands succès. Marina a prédit à la star en devenir une gloire foudroyante mais éphémère. Entre les deux femmes, pourtant si dissemblables, naît une curieuse complicité, un lien affectif profond que la série ne fait que suggérer et qui aurait mérité d’être exploré plus longuement.

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O Canto da Sereia est une minisérie produite avec soin, la réalisation est assez inventive avec des plans variés et parfois originaux, même si l’ensemble manque un peu de sobriété (la scène du carnaval est, à cet égard, peu naturelle, les figurants, nombreux mais pas suffisamment, ne parvenant pas à donner l’impression d’être plongés dans la liesse d’une grande fête urbaine). Les décors sont essentiellement bahianais, à part une escapade en Argentine (à El Calafate, près du spectaculaire glacier Perito Moreno).  La bande musicale très riche devrait satisfaire les amateurs de musique latino contemporaine. L’intrigue est bien agencée et débouche sur une conclusion incitant à une réflexion sur le culte des stars et ses dérives. Les fausses pistes abondent, cherchant à désorienter le téléspectateur (dont un artifice scénaristique flagrant, un meurtre secondaire qui n’est même pas élucidé). Cependant, j’ai trouvé que l’énigme a une solution un peu prévisible dans la mesure où le mobile du crime apparait clairement dès l’avant-dernier épisode, l’identité du coupable étant dès lors assez aisée à deviner. Mais, même si les amateurs d’énigmes criminelles peuvent rester sur leur faim, en tant que polar psychologique dépeignant le milieu du showbiz et la fascination troublante qu’exerce la célébrité, c’est assez prenant. Le sujet est somme toute classique, mais la série en propose une variation qui ne manque pas d’intérêt.

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