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Les énigmes policières sont très prisées actuellement au Japon. Ainsi, chaque année sont proposés des dramas énigmatiques, le plus souvent à petit budget, mais comprenant des intrigues ingénieuses. Keibuho Yabe Kenzo, dans sa seconde saison, en est un bon exemple, sous les dehors d’une comédie délirante. C »est le spin-off de Trick qui fut, à juste titre, une des séries de mystère les plus populaires, comme en témoigne sa longévité: trois saisons, une kyrielle d’épisodes spéciaux à la télé et au cinéma, des déclinaisons sous forme de bandes dessinées et même de jeu vidéo. Le succès de Trick résidait dans son univers original, fourmillant de détails insolites, ses plans de caméra atypiques, son humour décalé et surtout ses énigmes astucieuses (pour la plupart des miracles apparents, crimes impossibles et autres problèmes de chambres closes) résolues par un duo d’enquêteurs attachant composé d’un professeur de physique, Ueda Jiro, et d’une jeune prestidigitatrice, Yamada Naoko (qui fournissait en prime, au fil des épisodes, l’explication de dizaines de tours de magie). Trick reste un de mes dramas favoris, une création à nulle autre pareil.

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J’avais déjà apprécié, il y a quelques années, la première saison de Keibuho Yabe Kenzo, mais cette seconde saison (en 8 épisodes, toujours diffusée sur TV Asahi) lui est supérieure: l’humour y est encore plus efficace et les énigmes de qualité bien plus homogène, même si elles demeurent un peu plus simples que celles narrées dans Trick (souvent développées sur plusieurs épisodes). Yabe Kenzo était un personnage secondaire hilarant de la série originale, un officier de police ridicule et incompétent, toujours affublé d’un perruque ringarde et qui accumulait les maladresses. Interprété avec jubilation par Namase Katsuhisa, ce protagoniste à la fantaisie exubérante méritait bien d’être la vedette de sa propre série. Yabe est secondé par Akiba Harando (Ikeda Tetsuhiro), qui fait office à l’occasion de souffre-douleur. Akiba est un geek, féru de gadgets électroniques et fan des idoles japonaises (jeunes chanteuses à la mode). Il reste loyal envers Yabe, qui suscite par contre beaucoup d’animosité au sein des services de police.

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Ses confrères Tamaoki Koichi (Aijima Kazuyuki) et Kikuchi Aisuke (Kyo Nobuo) enragent de voir que la résolution des meilleures affaires échoit toujours à Yabe, pourtant moins perspicace qu’eux, mais dont la réussite est insolente. En effet, Yabe ne doit pas son taux élevé d’élucidation à ses qualités d’enquêteur, mais plutôt à une chance inouïe ou à son aptitude à s’attribuer de façon éhontée les brillantes déductions émises par un tiers participant à l’investigation. Cette seconde saison, écrite comme la précédente par  Takuro Fukuda et Naoya Takayama , exploite à fond le comique de répétition et conserve la bande musicale de Trick, à la tonalité si particulière. Outre des allusions répétées à ce fameux drama, on trouve aussi nombre de références précises à la culture japonaise dans les dialogues, qui paraîtraient sans doute hermétiques à la plupart des occidentaux sans les explications fournies par le sous-titrage en anglais. Le commissaire de police, Chikao Mitarai (Owada Shinya), tient une place prépondérante cette saison, étant l’objet de running-gags le tournant constamment en ridicule, ainsi que ses subordonnés.

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Le premier épisode traite des exploits d’un as du cambriolage, qui se fait appeler « l’oracle bleu ». Celui-ci prend l’habitude de rédiger un message énigmatique à l’intention de la police avant de commettre des casses, histoire de narguer les autorités en leur indiquant de façon cryptique le lieu de son prochain délit. A l’occasion d’une fête donnée pour célébrer le nouveau poste de commissaire attribué à Mitarai, Yabe rencontre la fille de celui-ci, Mirai (Rina Hatakeyama), une gamine enjouée et moqueuse, dotée d’une intelligence hors norme: c’est elle qui résoudra la plupart des affaires de la saison. Elle parvient dans cet épisode à élucider les messages du voleur, en se basant sur les particularités de l’écriture japonaise, exploitant avec brio la polysémie des caractères kanji. A cet égard, l’intrigue est habile mais quelque peu frustrante pour les téléspectateurs peu versés dans les subtilités du maniement des sinogrammes. Mirai, cela va sans dire, est un personnage hautement improbable, mais son côté décalé et sa candeur rafraîchissante rendent ses apparitions délectables.

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Mirai apporte également son aide à Yabe en contribuant à construire sa carrière: elle lui révèle des détails croustillants sur la vie privée de son père, qui permettent ensuite à Yabe de faire chanter son supérieur, en menaçant de divulguer ses relations extraconjugales ou les clubs privés qu’il fréquente en secret. Mitarai n’a d’autre choix que de lui confier les enquêtes de prestige, tout en lui assignant des missions dangereuses, dans l’espoir inavoué qu’il n’en réchappe pas. Les savoureux apartés où Mitarai se réjouit intérieurement des déboires de Yabe ponctuent de façon récurrente le drama. Dans le second épisode, la mission périlleuse qui échoit à notre antihéros consiste à appréhender Nijima Pierre, un savant fou qui menace de répandre un virus mortel si une forte somme ne lui est pas versée. Yabe est secondé pour l’occasion par une enquêtrice d’Interpol très bcbg qui déjoue des tentatives répétées d’assassinat le visant. Le duo finit par tomber dans un piège tendu par le savant mégalo, qui les utilise comme cobayes pour une expérimentation aux conséquences inattendues.  L’épisode est selon moi le plus faible de la saison, même s’il reste très drôle. Mirai n’y tient qu’un rôle secondaire, se contentant de trouver par déduction un mot de passe crypté.

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Le troisième épisode est par contre très réussi. La directrice d’un club sélect, Yamakawa Ichiko (Waka Inoue), une trentenaire séduisante, a une réputation douteuse de veuve noire. Ses trois époux successifs, tous riches, sont morts dans des circonstances suspectes (électrocution, noyade, chute dans les escaliers). Marina, une hôtesse du club, qui voulait faire des révélations la concernant, est assassinée, laissant un ultime message sibyllin avant de mourir. Yabe est envoyé comme appât, se faisant passer pour un homme d’affaires fortuné auprès d’Ichiko. Même si sa dentition chaotique gâche un peu son rôle de séducteur, il parvient à devenir intime avec la veuve en lui faisant miroiter un gros héritage. Ichiko se révèle une manipulatrice machiavélique, douée en outre pour l’hypnose. L’épisode, outre une excellente chute, parvient à exploiter astucieusement un poncif du genre, le « dying message » censé permettre à la victime de désigner l’assassin juste avant de trépasser.

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Lors du quatrième épisode, les policiers sont aux prises avec Koyorte, un criminel de haut vol, véritable as du déguisement, qui assassine des scientifiques de renom. Koyorte est repéré sur une caméra de surveillance dans les environs d’une station thermale où le professeur de médecine Katagiri fête sa retraite avec d’éminents confrères. Yabe est envoyé sur place pour tenter de démasquer le tueur et l’empêcher de nuire, suivi à son insu par Mirai. Alors que les suspects sont poignardés les uns après les autres par l’insaisissable Koyorte, Mirai déjoue les fausses pistes semées par ce dernier et parvient à le confondre. La méthode employée par l’assassin pour éloigner de lui les soupçons est très ingénieuse. Comme de coutume, Yabe multiplie les gaffes mais finit par triompher en se faisant apporter la solution sur un plateau. Un bon whodunit, à n’en pas douter.

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Le cinquième épisode est le plus franchement comique. Yabe a pour mission de protéger le prince du royaume de Kcirt (imaginaire, bien sûr) menacé d’assassinat par ses jeunes frères. Ce prince est le sosie de Yabe, à part ses cheveux qui sont naturels. Il professe une nébuleuse religion d’amour universel, dispensant ses messages mystiques mains levées. Le policier doit se substituer au prince lors d’une réception en son honneur, en concertation avec l’officier commandant la garde royale, Babo Kobayashi. Mais celui-ci est suspecté d’être complice avec les princes prétendants. Une scène est particulièrement réussie: lors de la réception, les tueurs à gage envoyés par les frangins du prince entrent en action, mais aucun ne parvient à atteindre Yabe. Dans un enchaînement de circonstances fortuites, ils s’entretuent tandis que le détective, inconscient des évènement, continue de jouer son rôle de monarque. Outre ce passage surréaliste, l’épisode bénéficie d’un dénouement convaincant, dévoilant une machination d’une élégante simplicité, assez prévisible cependant.

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L’épisode 6 est somme toute assez classique, puisqu’il s’agit d’une variation sur le thème du tueur en série. Un assassin qui se fait appeler le « commissaire de l’ombre » sème la terreur à Tokyo, choisissant comme victimes des hommes d’affaires véreux et des politiciens corrompus. Chose étrange, il trace un symbole identique sur chaque lieu de ses forfaits: celui du yen. Yabe est une fois de plus utilisé comme appât, on lui crée un profil fictif d’officier marron, avec photos truqués à l’appui le montrant en train d’empocher de fortes sommes. Une jeune journaliste impétueuse, Mikami Yayoi, enquête de son côté auprès des veuves des victimes. Une intrigue riche en rebondissements où les apparences s’avèrent trompeuses. Mirai souffle au détective un stratagème malin pour amener le coupable à se trahir lors de la traditionnelle réunion des suspects. Malheureusement, l’astuce réside dans une subtilité d’ordre linguistique difficilement compréhensible pour les non japonophones. Reste l’explication des motivations du tueur, qui repose sur une idée déjà exploitée dans les annales de la fiction policière, mais qui demeure satisfaisante.

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L’avant-dernier épisode est, sur le plan de l’énigme, le plus astucieux. Il se déroule comme une enquête typique de Kindaichi. L’action se situe dans la propriété, isolée en pleine campagne, d’un riche industriel, Hidemaro Ayanokoji. Yabe est dépêché sur place pour enquêter sur la mort suspicieuse, vingt ans auparavant, d’une jeune femme retrouvée noyée dans une mare.  C’était la fille de la maîtresse d’Hidemaro. Le commissaire avait alors conclu à un suicide, mais un doute subsiste. La galerie des suspects est constituée des quatre rejetons de la famille, tous particulièrement loufoques, avec des marottes improbables: ils ont vraiment l’allure de dégénérés fin de race. Yabe doit collaborer avec un super détective débarquant à l’improviste, Akuchi Kogoro (Ryosuke Miura), bien plus performant que lui. Mais celui-ci est assassiné alors qu’il vient, grâce à un raisonnement fulgurant, de découvrir la vérité. C’est une fois encore Mirai qui résout l’ancienne énigme, en examinant une bobine de film montrant les dernières heures de la jeune femme, qui contient une preuve décisive. Le criminel de cette histoire, démasqué dans un final à la Hercule Poirot, est particulièrement machiavélique.

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Le dernier épisode surprend un peu car sa structure diffère des précédents. Certains des running-gags sont absents, tandis que Yabe y apparait presque intelligent, résolvant l’affaire dans ses grandes lignes. Le détective se rend dans sa ville natale, Oetsuhara, pour une réunion avec ses anciens camarades d’école, en vue de déterrer une capsule temporelle. Mais le meurtre d’un promoteur immobilier a lieu non loin: ce dernier menaçait d’expulser les commerçants locaux de ses propriétés et était pour cela détesté de ceux-ci. Sachiko, une amie de longue date de Yabe, est au premier rang des suspects, à cause d’une boucle d’oreille lui appartenant retrouvée sur les lieux. L’intrigue repose sur un alibi truqué fort subtil. De plus, l’épisode inclut des personnages mémorables, comme une diseuse de bonne aventure aux divinations fumeuses mais dotée d’un sens aigu des affaires, ou encore  Hitomi, l’épouse du commissaire, qui fait une apparition drôlatique. Descendante d’une lignée de samouraïs, c’est une femme autoritaire et d’allure martiale, crainte par son mari qui imagine dans chaque épisode les supplices atroces qu’elle lui infligerait au cas où ses infidélités seraient révélées. A cela s’ajoute la silhouette fantomatique du démon de la montagne, une créature au masque grimaçant qui rôde aux alentours.

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Finalement, cette saison constitue une comédie policière de premier choix. L’aspect comique est très présent, mais ne prend jamais le dessus sur l’intrigue criminelle, toujours soigneusement conçue. La série est parvenue à développer un univers déjanté qui lui est propre, tout en restant fidèle dans l’esprit à son illustre devancière, Trick. L’ultime épisode rend d’ailleurs hommage à cette dernière avec un caméo montrant Yamada Naoko en train de faire un tour de magie devant un public dubitatif, dont la petite Mirai qui se moque ouvertement d’elle. Il faut dire que cette seconde saison a été diffusée peu avant la sortie en salles du dernier film de la saga Trick, dont il s’agissait de faire la promotion. Keibuho Yabe Kenzo 2 peut cependant être vu indépendamment de la série originelle: même si on peut regretter l’absence de crimes impossibles, il y a de quoi se payer une bonne tranche de rigolade et, sur le plan de la détection, le drama surprend agréablement. Sans doute une des meilleures séries de mystère de ces dernières années en provenance du pays du soleil levant.

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