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Après un hiatus de deux semaines, le blog est de retour avec une minisérie anglaise sortie cette année en DVD, hélas non disponible avec des sous-titres français (à l’instar d’un nombre incalculable d’anciennes séries produites outre-Manche). Il s’agit d’une histoire tragique qui fut très remarquée au moment de sa première diffusion en 2000 sur la BBC et qui fut primée en 2001 par la Royal Television Society. Nature Boy est la première réalisation de Joe Wright pour la télévision: il y fait déjà preuve d’une excellente maitrise de la caméra. Le programme n’a nullement vieilli, d’autant plus que les thèmes environnementaux qu’il aborde sont en phase avec  les préoccupations les plus récentes de nos sociétés. En quatre épisodes d’une heure, il est question du voyage initiatique d’un adolescent adopté, d’un caractère indépendant et amoureux de la nature, en quête de son père qui l’a abandonné autrefois.

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Le premier épisode évoque le réalisme social et la noirceur des films les plus percutants de Ken Loach. En particulier, j’ai pensé à Kes et (surtout) à Sweet Sixteen en le voyant. Le personnage central, David Witton, est interprété avec sobriété par Lee Ingleby, alors au début de sa carrière d’acteur. David n’a que de vagues souvenirs de son père Steve (Paul McGann) parti lorsqu’il était enfant, mais il se rappelle que celui-ci lui a transmis son penchant pour la nature en lui communiquant son vaste savoir sur le règne animal comme sur les espèces végétales. Il y a quelques brefs flashbacks où ce père apparait toujours fuyant, même s’il manifeste brièvement une réelle affection pour son fils. David s’adapte difficilement à sa nouvelle vie chez ses parents adoptifs: en particulier il est en conflit avec son père de substitution, Len (Ewan Stewart) qui a des penchants violents (un jour, il massacre un oiseau exotique que chérissait David). Il rend parfois visite à sa mère, qui est toxicomane, névrosée et absolument pas en état de s’occuper de lui. Il est dissipé en cours et doit subir les railleries de camarades de classe vindicatifs et intolérants.

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Le jeune Witton se lie d’amitié avec Fred (Mark Benton), résident d’une ile voisine constituée d’une réserve naturelle de toute beauté. Fred et David y passent des heures à observer la faune sauvage ou à épier les oiseaux migrateurs. Mais suite à des rumeurs de comportement pédophile le concernant, Fred est victime de l’incendie criminel de son cottage par une bande de jeunes à la dérive. David croit également trouver une alliée en la personne d’Anne-Marie (Vicky Binns), une jeune fille qui habite aussi chez ses parents adoptifs. Mais celle-ci est sur la mauvaise pente, sombre vite dans la drogue et la délinquance, tandis que Len l’abuse sexuellement. Anne-Marie finira par mourir noyée. David, témoin impuissant du drame, sera par la suite hanté par la vision de son corps nu sombrant dans les profondeurs marines.  Ayant obtenu quelques indications sur le devenir de son vrai père, David décide de fuir cet environnement violent et hostile à son égard et de partir seul à  sa recherche.

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Ce premier épisode est très dense et prenant, même si l’accumulation de faits sordides et d’une noirceur absolue peut sembler par moments excessive. On retrouve là un scénario bien dans la tradition du cinéma social britannique, d’un réalisme cru et apte à choquer une partie de l’audience. Cet épisode possède aussi un scène particulièrement marquante où David, lors d’une sortie scolaire, achève au couteau un cerf grièvement blessé devant ses camarades estomaqués. Les deux épisodes suivants constituent un véritable road movie écolo. Dans le second, David réussit à apprivoiser un renard en piètre santé. Lors de ses pérégrinations solitaires, il squatte dans un appentis près de la propriété d’un couple marié. Tom et Martha ont un fils, Miles, renfermé et mutique. Ce dernier se désinhibe au contact de David, qu’il rencontre en cachette. Martha (Lesley Sharp), travaille pour Blexco, une cimenterie dont les émanations sont suspectées de polluer les alentours et de nuire gravement à la santé des habitants de la région.

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Lors d’une visite à la librairie locale où il cherche des informations sur son père, David rencontre Jenny, une jeune bibliothécaire mais aussi une militante écologique faisant partie d’un groupe de protestation contre Blexco très virulent. Bientôt, entre Jenny (Joanne Froggatt) et David se crée une relation sentimentale tourmentée, car les deux adolescents n’ont pas la même conception de la défense de la nature: Jenny est pour une action radicale menée contre les pollueurs et les destructeurs des milieux naturels, alors que David trouve son mode d’engagement stérile de par son jusqu’au boutisme et peu lucide quant à la réalité des risques encourus sur le plan environnemental. Dans ce second épisode, David a une double liaison, avec Jenny d’une part et avec Martha d’autre part qui noue avec lui une relation adultère ambiguë. L’intrigue est bien agencée, l’affaire Blexco débouche sur une conclusion moralement satisfaisante, mais on aurait aimé que le personnage du gamin introverti, Miles, soit plus développé.

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Le troisième épisode ne manquera pas d’évoquer chez le téléspectateur français une actualité brûlante: l’occupation par les zadistes des lieux du futur (hypothétique?) aéroport de Notre-Dame-des Landes. Dans la fiction, David rencontre à nouveau Jenny sur son parcours. Cette fois, elle fait partie d’un camp d’occupation d’une zone forestière devant être déboisée pour la mise en place d’une piste d’aéroport. Les protestataires forment un groupe anarchique d’adeptes de l’accrobranche aux allures de hippies. David a un opinion défavorable de leur action, censée protéger une biodiversité inexistante selon lui. Il sympathise même avec Ted, le shériff chargé de faire partir en douceur les occupants, mais qui se heurte à une résistance farouche de leur part. Le rapprochement entre Ted et David est vue d’un très mauvais œil par Jenny, qui se détourne du jeune Witton. Les zadistes avant l’heure ont creusé un réseau de galeries souterraines sur les lieux, pour s’y réfugier en cas d’intervention des autorités: initiative funeste, comme le montrera le dénouement.

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Le point culminant de cet épisode est la prise d’assaut musclée du camp, à grand renfort de bulldozers (ici, il n’y a pas eu au préalable de référendum auprès de la population des environs, la méthode est brutale et expéditive), opéré sous une pluie battante. Un final dantesque qui comporte la scène la plus poignante (et la plus claustrophobique) de la série. Cette troisième partie est peut-être la plus captivante des quatre, sans doute la plus intense et certainement la plus en lien avec l’actualité immédiate. Curieusement, je n’ai pas trouvé que les militants anti aéroport étaient dépeints sous un jour très favorable, plutôt comme un groupe d’exaltés dans la marge, peu rigoureux dans leur approche de l’écologie. Le quatrième épisode est très différent, l’intrigue y prend une tournure étrange, à la limite de la science-fiction, avant de s’achever sur une note tragique.

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Je ne dévoilerai pas les détails de cette ultime partie. Je précise juste qu’il y est question d’un job de récolteur de pommes, d’une fête foraine, d’une femme entre deux âges qui vécut avec Steve Witton. David y découvre le fin mot à propos du destin de son père. Les décors qu’il visite dans cet épisode contrastent avec les précédents, en particulier un centre de recherches à la blancheur clinique et aux lignes architecturales épurées. Cette dernière heure est déconcertante, l’intrigue peut sembler improbable, mais j’ai tout de même apprécié ce final, car David y confronte la perception qu’il a toujours conservé de ce père qui a si bien  modelé sa vision de l’existence avec la triste réalité qui se présente maintenant à lui. Ceci opère en lui une brutale prise de conscience. La fin n’est pas totalement déprimante, l’ultime scène laisse entrevoir une lueur d’espoir, mais la tonalité d’ensemble de cet épilogue de la série est indéniablement sombre et pessimiste.

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Pour conclure, Nature Boy est une fiction qui mérite d’être redécouverte. Elle n’est pas parfaite, sa noirceur est parfois abusive, mais constitue une expérience télévisuelle intense, qui aborde avec franchise des problématiques environnementales aujourd’hui encore sous les feux de l’actualité. On notera aussi la qualité de la bande musicale, où figurent quelques chansons folk  choisies avec goût (dont le générique interprété par Beth Orton). La minisérie peut être rapprochée de Edge of Darkness (1985), avec laquelle elle partage des préoccupations environnementalistes et une vision résolument négative de l’action des hommes sur la nature. Surtout, à partir d’un canevas des plus communs (la recherche du père par un fils abandonné), elle parvient à surprendre le téléspectateur, à l’entrainer dans des directions inattendues au fil des épisodes et reste pour cela singulièrement mémorable.

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