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C’est une première pour moi: le visionnage d’une série hongroise. Il s’agit d’un programme produit par HBO Europe, l’adaptation d’une série finlandaise, Helppo elämä. Cette dernière comporte trois saisons, des sous titres anglais existent pour tous les épisodes (pas vu encore, mais je compte bien le faire). La première saison d’Aranyélet, en 8 épisodes d’une heure environ (une seconde saison débute ce mois-ci sur HBO), est l’histoire d’une famille aisée, les Miklósi, habitant dans une résidence cossue et menant un train de vie fastueux grâce à l’argent gagné frauduleusement par le père. C’est une sorte de thriller où chaque membre de la famille se trouve mêlé à des activités illicites, parfois à leur corps défendant et où, à l’instar de Breaking Bad, tout va pour eux de mal en pis. J’ai découvert Aranyélet il y a quelques mois, grâce à un article à propos du premier épisode, qui a été présenté le printemps dernier lors du festival Séries Mania à quelques happy few. Si j’ai pu voir le reste de la saison, c’est hélas en devant me contenter de sous-titres de qualité très moyenne (mais suffisante pour comprendre la plupart des dialogues).

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Cette fiction d’István Tasnádi se caractérise par une réalisation de très bonne tenue, avec des plans variés incluant moult vues du ciel, travellings, ou encore panoramiques. Comme dans les séries américaines, on a droit quelquefois à des ponts musicaux. Visiblement, c’est une production qui bénéficie d’un budget confortable, comme en témoigne la richesse de certains décors. La bande musicale est intéressante, car elle permet de découvrir quelques artistes hongrois méconnus hors de leur pays, comme le groupe Fancy Dress Party qui interprète la chanson du générique, Family, ou encore d’autres formations musicale comme Kerekes Band ou Drothy’s Legs ( et  encore quelques autres, sans oublier les morceaux de rap contestataire composés dans la série par le fils de famille). Le scénario est bien foutu: après un début assez lent (les 3 premiers épisodes), les rebondissements s’enchaînent, plongeant les Miklósi dans une spirale d’ennuis allant crescendo.

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Le père de cette famille à problèmes, Attila (Szabolcs Thuróczy), multiplie les combines pour gagner malhonnêtement sa vie. Il vole des voitures avec la complicité d’un garagiste, exécute toutes sortes de missions louches pour le compte d’un ami qui fricote avec la pègre, Hollós (Zsolt Anger), qui se trouve être le parrain de son fils. Dans la série, on découvre sa spécialité, digne d’un script d’Hustle: le bon vieux stellionat (il vend des biens immobiliers qui ne lui appartiennent pas), pratique pour laquelle il est devenu un as du déguisement. Lors du premier épisode, après avoir failli se faire pincer, il annonce à son épouse qu’il souhaite se ranger et exercer un métier honnête. Las des risques encourus, mais aussi de l’opprobre résultant du mépris que lui témoignait son père, qui vient de décéder à l’hôpital. Cependant Attila va jouer de malchance en voulant filer droit et va se retrouver endetté jusqu’au cou.

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Attila croyait être sorti du pétrin en entrant dans l’entreprise de BTP d’un membre de la famille, Tibor (dit « Tibi », joué par Tamás Lengyel), mais il se rend compte en travaillant sur un de ses chantiers qu’il arnaque ses clients en construisant des cloisons de piètre qualité, une combine qui ne résistera pas à une inspection méticuleuse des lieux. Tibor, qui semblait de prime abord un entrepreneur fiable, s’avère être un capitaine d’industrie irresponsable qui fait plonger Attila avec lui. Ce dernier va être forcé de revenir dans l’illégalité pour renflouer ses finances, jouant par exemple le rôle d’un chauffeur routier, transportant des marchandises de contrebande dissimulées dans des troncs évidés. De plus, ses proches lui donnent bien du souci. Son fils, Márk (Renátó Olasz), un adolescent rebelle, multiplie les larcins, conduit sans permis et risque de se faire expulser de son école. Ce grand amateur de rap est décidément sur la mauvaise pente, car il accepte une mission dangereuse pour le compte d’Hollós.

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Márk se retrouve en possession d’un sac de billets de banque: chargé de convoyer l’argent en compagnie de Gyuka, un acolyte d’Hollós, il a été pris en chasse par des truands et a planté son véhicule avant de s’enfuir avec le magot, croyant Gyuka mort. Par la suite, le rejeton d’Attila cherchera par tous les moyens à conserver l’argent, malgré les menaces répétées qui pèsent sur sa vie. Son caractère entêté transparaît bien dans un passage de la série où il organise une teuf dans la demeure familiale et où il met la sono à fond pour braver le voisin, Ambrus, qui lui a demandé aimablement de baisser les décibels, avant de le menacer avec un revolver lorsque celui-ci proteste derechef. Plus encore que Tibi, Márk participe à la déconfiture d’Attila, qui se brouille avec Hollós à cause de lui et prend des risques considérables pour le sortir du pétrin. Márk est aussi cupide que poissard, mais on en vient à compatir avec ce personnage de looser à qui le pire semble toujours arriver.

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L’épouse d’Attila, Janka (Eszter Ónodi) n’est pas non plus un modèle de probité. Elle a des goûts de luxe, n’étant pas très regardante envers les activités de son mari, pourvu qu’il lui permette de maintenir son train de vie dispendieux. Elle est avant tout soucieuse des apparences, veut paraître respectable aux yeux de la bonne société. Elle s’implique dans une organisation caritative, mais elle n’hésite pas à en détourner un maximum de forints, sous prétexte d’effectuer des placements financiers juteux. Elle est vite dans le collimateur  de Klári (Éva Vándor), une membre influente de l’œuvre de bienfaisance, qui la soupçonne de malversations. Janka s’avère au fil des épisodes être une femme individualiste et dépourvue de scrupules, mais qui reste malgré tout attachée à ses enfants. Elle a un double visage, elle est respectueuse des convenances pour la façade, mais au fond elle est transgressive. Une scène s’avère à cet égard révélatrice: lors d’une soirée mondaine où elle évolue avec aisance, elle se rend discrètement dans les toilettes pour sniffer de la coke en cachette.

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Lorsque son époux est dans la panade, elle se trouve un amant en la personne de Kálmán Csér  (Zoltán Seress), un riche homme d’affaires. C’est un personnage négatif de la série: son côté affable dissimule un cynisme à toute épreuve. Au fond c’est un délinquant en col blanc, un manipulateur qui exploite les faiblesses humaines à son profit. Il se fiche de la famille de Janka et ne fait rien pour leur venir en aide, proposant au contraire à sa maîtresse de s’enfuir avec lui aux Seychelles en les laissant se débrouiller à Budapest. Kálmán contraste avec Hollós: ce dernier est un truand notoire, mais il semble, par sa conduite loyale et dépourvue d’hypocrisie, plus fréquentable. Si Janka est le protagoniste féminin le plus ambigu et moralement douteux de la série, sa fille Mira (Laura Döbrösi) est en revanche la plus innocente de la tribu Miklósi.

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Mira et débrouillarde et tient à gagner honnêtement sa vie. Elle apparaît vite comme celle qui a le plus le sens des responsabilités au sein de la famille. Cependant, elle ne trouve que des petits boulots: guide pour touristes, serveuse dans un bar…Dans ce dernier job, elle est victime d’abus sexuel de la part du gérant, se soule et s’effondre dans la rue, avant de se réveiller dans un centre de désintoxication. C’est là qu’elle fait la connaissance d’Oszi, une jeune femme immigrée de condition modeste, qui trime pour trouver un emploi stable. Mira et Oszi deviennent de grandes amies, mais cette dernière est entrainée dans un réseau international de prostitution. Mira fait son possible pour la dissuader de s’engager dans cette voie, mais se trouve impuissante devant l’indifférence de ses proches pour le sort d’Oszi. Les intrigues concernant  la fille d’Attila sont teintées de pessimisme et tendent à montrer sous un jour sombre la société hongroise contemporaine.

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Je ne sais pas si c’est également le cas pour la série finlandaise dont s’inspire Aranyélet, mais ici apparaît en filigrane un regard résolument critique porté sur la Hongrie: généralisation des pots-de-vin, difficulté d’obtenir un emploi lucratif sans passe-droit, règne du chacun pour soi. La série dépeint un monde où les victimes sont souvent les plus honnêtes, où un escroc de haut vol comme Kálmán Csér n’est nullement inquiété et où la police n’a que peu d’efficacité. On ose espérer que la réalité est moins déprimante. Outre cet aspect sociétal qui reste au second plan , cette première saison est selon moi assez réussie, grâce à un scénario solide.

Cependant, le dernier épisode a une intrigue un peu tirée par les cheveux et comporte des facilités: Attila se sort miraculeusement d’une situation qui semblait à priori inextricable. D’autre part, il arrive que certains personnages se comportent de manière irrationnelle (en particulier, le flic au début de l’épisode final). Certes, on aimerait qu’HBO Europe produise des séries originales et pas essentiellement des remakes, mais ne boudons pas notre plaisir: on a là une saison satisfaisante, qui s’achève sur un cliffhanger intrigant. Pourvu que la suite, dont la diffusion est imminente, confirme cette bonne impression.

Ci dessous, Family, la chanson du générique.

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