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Cette série, qui débuta en octobre 1956 sur la chaîne ABC, peut être considérée comme un programme précurseur: en effet, c’est la première série à adopter le format d’environ 52 minutes par épisode (un peu plus si l’on compte les coupures publicitaires) et à avoir duré une saison complète (de 37 épisodes) tout en comportant des personnages récurrents et tout en étant diffusé à un rythme hebdomadaire. Certes, il y eut dès 1955 les débuts de Cheyenne, un western qui s’est aussi affranchi du format d’une demi-heure par épisode, mais sa diffusion, pendant ses huit années d’existence, fut irrégulière. De plus, la durée d’un épisode de la première saison n’excédait pas 40 minutes. Wire Service constitue donc bien une première, mais ce n’est pas sa seule qualité. Sur les 21 épisodes survivants que j’ai pu voir, j’ai constaté que cette fiction, qui relate les aventures de reporters travaillant pour TransWorld News Service, propose une grande diversité de thèmes et comporte quelques excellentes intrigues, allant de la comédie au suspense, sans omettre d’aborder avec franchise des sujets de société.

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Comme cela se faisait souvent à l’époque, la série est centrée sur trois personnages principaux, qui apparaissent chacun un épisode sur trois, par roulement: Dan Miller (interprété par Dane Clark), Dean Evans (George Brent) et Kate Wells (Mercedes McCambridge). Les trois acteurs vedettes sont très bons et la qualité des scripts qui leur sont dédiés est homogène (contrairement, à la même époque, à la brillante série Maverick, où James Garner et Jack Kelly apparaissaient en alternance et où les scénarios où évoluait ce dernier dans le rôle de Bart Maverick étaient souvent les moins intéressants). A noter qu’il n’y a pas d’épisode où les trois journalistes sont réunis, d’ailleurs ils ne se rencontrent jamais au cours de la saison, contrairement à d’autres shows avec des vedettes en rotation diffusés ultérieurement. Wire Service est un pur produit d’Hollywood, où la plupart des épisodes ont été tournés au sein des studios Desilu (quelques un ont cependant été filmés en Angleterre ou au Mexique). La réalisation, très travaillée, a été confiée à des professionnels expérimentés tels que Tom Gries, Alvin ganzer ou encore Lance Comfort. La musique emphatique du générique est typique des productions des années 50.

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Examinons tout d’abord les quelques épisodes avec Dane Clark dans le rôle de Dan Miller. Celui-ci a figuré dans le pilote, The blood Rock Mine, mais je n’ai pas retrouvé de vidéo de cet épisode. Dans The Johnny Rath Story, Dan enquête sur la disparition d’un jeune garçon. Le témoignage d’un autre enfant indique qu’il a été enfermé par inadvertance dans le compartiment réfrigéré d’un train de marchandises en partance vers une destination inconnue. S’engage alors une course contre la montre mobilisant les forces de police. Dan parvient, grâce à un raisonnement par élimination, à identifier le train à intercepter et participe ensuite à une spectaculaire poursuite en hélicoptère. L’épisode bénéficie d’un bon suspense, mais est aussi intéressant car c’est le seul qui inclut les coupures publicitaires diffusées sur ABC. Celles-ci viennent sans prévenir, sans le moindre indicatif (se rapprochant ainsi des publi-reportages dans les magazines) et vantent essentiellement les cigarettes Camel, sponsor du programme.

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Dans The tower, un psychopathe multiplie les agressions dans la ville et provoque une véritable psychose. Usher (Jay Robinson), un homme qui se passionne pour l’étude de la psychologie des criminels, approche le reporter car il pense pouvoir l’identifier. Lorsque le déséquilibré se réfugie dans le beffroi d’une église en prenant en otage le prêtre, Usher rejoint Dan sur les lieux et propose aux policiers présents en nombre de négocier avec le forcené, tandis qu’un tireur d’élite est aussi mis à contribution par les autorités. L’intrigue est astucieusement agencée et réserve une chute prenante, même si le twist final ne m’a guère surpris.

Atom at Spithead est typiquement une histoire datant de la guerre froide, marquée par le souvenir encore vivace de Hiroshima et Nagasaki. Dan assiste à une parade navale de la Navy où sont aussi conviées les flottes militaires de nombreuses nations. Une information circule selon laquelle une bombe atomique doit exploser lors de l’évènement, dissimulée dans un navire d’un pays ennemi (non cité, mais on devine qu’il s’agit de l’URSS), alors que des pontes du gouvernement et des membres de la famille royale britannique figurent dans l’assistance. Cet épisode, très daté, développe un scénario catastrophe assez anxiogène, dont on pressent que l’issue ne sera pas vraiment tragique. Il a l’avantage de présenter les moyens de détection des armements nucléaires connus à l’époque, ainsi que les stratagèmes employés par les belligérants pour masquer  la présence de ces engins de mort.

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Dateline Las Vegas traite du blanchiment d’argent dans les casinos. Un gang commet un holdup en interceptant un convoi de fonds. Plus tard, des billets volés sont retrouvés à Las Vegas. Dan, envoyé sur place, est sur la piste des malfrats. Les autorités soupçonnent une jeune femme, Eve (Carolyn Jones, convaincante dans son rôle de vamp), d’être impliquée mais Dan croit à son innocence et finit par s’éprendre d’elle. L’épisode montre notre reporter manipulé, perdant momentanément toute objectivité. L’intrigue a pour qualité de montrer en détail les méthodes employées par les malfaiteurs pour blanchir de la monnaie, mais la trame est bien trop prévisible.

A matter of conscience est par contre un des meilleurs épisodes de la saison, posant avec acuité la question de la neutralité de la presse. Un journaliste, ami de Dan Miller, est assassiné. Un couturier témoin des évènements identifie le tueur mais lors du procès se rétracte à la surprise générale. Dan entame alors une campagne de presse contre lui, signant des articles virulents dénonçant sa couardise, tout cela ayant des conséquences dramatiques pour le malheureux témoin. Cependant, les développements de l’enquête révèlent bientôt qu’il y a des doutes sur la culpabilité de l’homme arrêté. Un scénario simple mais efficace et une intrigue qui met en évidences les aspects pernicieux du journalisme engagé, surtout quand il se trompe de cible.

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Dernier épisode mettant en scène Dan Miller parmi les vidéos disponibles, The Death Merchant est quelque peu décevant. Le cadre est un pays non spécifié, mais qui pourrait bien être la Roumanie, où des émeutes éclatent suite au remplacement d’un dirigeant charismatique resté longtemps au pouvoir. Ce dernier est soupçonné d’être impliqué dans les troubles qui agitent la nation, tandis qu’un marchand d’armes influent pousse le nouvel homme fort à instaurer la loi martiale. Tourné intégralement en studio, l’épisode manque d’envergure et s’achève par un rebondissement improbable, le journaliste parvenant à ses fins par une astuce téléphonée.

Venons-en à présent aux épisodes avec Mercedes McCambridge incarnant Kate wells. Hideout est un récit de suspense dans la lignée des films d’Alfred Hitchcock. Kate enquête sur le meurtre d’un jockey survenu dans une aéroport. Elle veut retrouver un témoin crucial des faits qui a disparu mystérieusement. Mais lors de ses investigations, elle est suivie à la trace par le tueur qui espère grâce à elle retrouver ce témoin gênant et le supprimer. L’intrigue est prenante, même si la fin est précipitée, avec des coïncidences trop visibles.

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The comeback est un récit original autour de la boxe. Un boxeur trentenaire fait son grand retour sur les rings. Il doit affronter Howie, un jeune boxeur prometteur. Le frère de ce dernier, Paul, un  journaliste  ami de Kate Wells, veut le pousser à combattre, même s’il n’est pas favori et est prêt à tout pour qu’il gagne (comme chercher à soudoyer l’entraineur de son adversaire). Bart Burns interprète avec fougue ce frère hanté par l’obsession de la réussite sociale. Un personnage ambigu, protecteur envers Howie, seul survivant de sa famille, mais aussi égocentrique, accaparé par son ambition personnelle.

No peace in Lo Dao se situe dans un petit État fictif d’Asie du sud-est où un attentat contre le premier ministre vient d’être déjoué. Un jeune général qui s’oppose à ce dernier sur la question de la modernisation du pays (il est favorable à l’emploi de capitaux étrangers pour cet objectif, contrairement au ministre) est suspecté d’être impliqué. Envoyée sur place, Kate s’ingère dans la vie politique du pays et trouve le moyen de désamorcer un conflit explosif et de faire aboutir les pourparlers entre les deux hommes. Une autre histoire où le reporter dépasse de loin ses attributions courantes pour jouer un rôle crucial dans les hautes sphères. Divertissant mais, comme dans le cas de The death merchant, guère crédible.

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Run, sheep, run est une variante de l’histoire du pot de fer et du pot de terre. De l’uranium a été découvert près de la ville de Warbonnet, aiguisant l’appât du gain des investisseurs. Ceux-ci promettent d’utiliser leur richesse en faveur de la population  locale en échange des terrains qui leur sont cédés, mais leur seul but est le profit. Un fermier se considère dupé après qu’on lui ait fait miroiter la construction d’un hôpital en échange de sa propriété et choisit de s’opposer coûte que coûte à l’exploitation du précieux gisement. Une intrigue tragique où l’on voit que  l’intérêt général peut ne pas peser lourd face à la rapacité des affairistes.

The last laugh est un épisode bien plus souriant, une comédie réjouissante basée sur une succession de quiproquos. En vacances sur la Riviera, Kate reçoit la visite d’amis reporters qui lui demandent de convoyer un mystérieux colis lors de son voyage vers Tanger en bateau de croisière. Leur but est de l’entraîner dans une fausse intrigue d’espionnage, avec des complices jouant le rôle d’agents secrets affectés à sa surveillance. Mais des contrebandiers s’immiscent dans la supercherie en remplaçant les chocolats contenus dans le paquet par des bijoux. L’histoire ne manque pas de piquant et les rebondissements sont bien amenés. Une petite réussite, qui tranche avec la tonalité des autres épisodes.

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The Washington story est une autre histoire d’espionnage, mais cette fois plus sérieuse. Kate y défend un homme accusé d’être un traître envers les USA, sur fond de chasse aux sorcières et alors qu’une résolution de l’ONU doit être adoptée contre un pays (fictif), le Torland. Il est question d’une machination alambiquée, d’un meurtre planifié pour faire accuser la victime du complot. Le scénario est tortueux et la fin imaginative, même si peu vraisemblable (le gimmick employé rappelle un épisode de Mr Palfrey of Westminster, Music of a dead prophet).

Les épisodes disponibles avec George Brent dans le rôle de Dean Evans sont les plus nombreux. La plupart sont de bonne facture, à l’exception de The deep end qui  pâtit d’un scénario plan-plan. C’est l’histoire d’un serial killer qui sévit dans l’entourage d’un joueur de football américain, mais on devine rapidement son identité. Il y a quand même un effort de mise en scène lors de la poursuite finale et une fameuse guest star, Margaret Hayes. Par contre, The night of august seventh, qui décrit une mutinerie dans une prison de haute sécurité, est très intéressant: il y a une inversion des rôles, les matons devenant prisonniers et vice-versa et la tension est palpable tout au long de l’épisode. Dean devient l’intermédiaire entre les détenus et l’autorité carcérale; transmettant des griefs dénonçant la surpopulation des cellules ou le manque de structures en faveur de la réhabilitation des individus sortant de prison (des revendications qui subsistent aujourd’hui encore dans certains pays).

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Chicago exclusive aborde la question de la protection des sources journalistiques. Dean Evans obtient un tuyau sur l’identité d’un meurtrier et en informe la police, tout en refusant de révéler qui est son informateur, ce qui lui vaut des ennuis avec la justice (il fait un séjour en prison pour avoir refusé de coopérer sur ce point!). L’intrigue est complexe, avec son lot de machinations et de revirements et on peut dite que le reporter, victime d’un maître manipulateur, n’y a pas le beau rôle. La protection des sources apparait finalement être un principe à double tranchant dans le milieu journalistique.

Flowers for the general est un épisode très divertissant tourné à Mexico. Un dictateur d’Amérique centrale est en visite dans la ville. Un dissident exilé au Mexique place une bombe à  retardement dans un bouquet de fleurs et confie le bouquet à une innocente petite fille chargée de le remettre à la cible lors d’une cérémonie officielle. Dean Evans est sur place mais la cérémonie est annulée au dernier moment et le dissident paniqué lui avoue tout et l’avertit qu’il faut intercepter la gamine. S’ensuit une poursuite dans les rues de Mexico, la petite, inconsciente du danger, laissant par endroits sur son passage des pétales de fleurs reconnaissables. La fin de l’épisode est délectable mais d’une ironie bien cruelle.

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El Hombre se déroule aussi au Mexique, où un dictateur d’Amérique Centrale (encore un) est poignardé en assistant à une corrida. El Hombre, le torero, est originaire de la contrée du dictateur et est un fervent opposant de sa politique. Dean Evans le suit dans son pays natal, en proie à un mouvement insurrectionnel pour installer au pouvoir un général, pepe Murillo, qui affirme être ouvert aux idées démocratiques. Le gradé est soutenu par El Hombre, mais ce dernier déchante en découvrant sa réelle personnalité. Le scénario manque de nuances, malgré un récit énergiquement mené. L’épisode ne m’a pas semblé très réussi, on a du mal à s’attacher au personnage du torero.

Misfire est une curieuse affaire de meurtre. Une star de cinéma revient dans sa ville natale mais, à peine arrivé, un homme dans la foule tire dans sa direction. Mais c’est l’individu qui l’accompagne qui est touché et meurt sur le coup. Durant l’enquête, la vedette du grand écran est accusée du meurtre: on pense qu’il a payé le sniper et cherche à se disculper en faisant croire que c’était lui la cible. De telles suspicions avaient déjà vu le jour en 1933, lors de l’assassinat du maire de Chicago par Guiseppe Zangara, qui tentait alors en réalité d’occire le président Franklin Roosevelt. L’épisode possède une intrigue à tiroirs captivante, même si la fin déçoit quelque peu.

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Violence preffered est un épisode tendu où un pyromane qui vient de sortir de prison est accusé des meurtres successifs des membres du jury qui l’ont condamné lors de son procès. Dean Evans enquête sur le passé de l’incendiaire et découvre des éléments troublants qui l’amènent à une nouvelle interprétation des faits. Une sombre histoire de vengeance comportant une scène marquante où le reporter parvient à stopper une foule déchainée encline au lynchage et qui montre en outre qu’une erreur judiciaire peut affecter celui qui en est victime bien après avoir purgé une peine guère méritée.

Four minutes to shot se déroule dans le désert du Nevada où doit se dérouler un essai nucléaire près de la localité de Fission Flats. Dean Evans, envoyé sur place, est contraint de s’embarquer dans une périlleuse aventure: retrouver un ouvrier mexicain égaré dans le désert, un wetback qui ne comprend pas un mot des panneaux d’avertissement qui parsèment la zone interdite, avant le déclenchement de l’essai, en cheminant dans une jeep équipée d’un mégaphone. Un suspense classique de type compte à rebours fatidique, mais agréable à suivre. La fin de l’épisode propose des images d’un essai ayant réellement eu lieu  à l’époque, avec des bâtiments pulvérisés par le souffle de l’explosion et s’achève par un retournement de situation montrant l’armée américaine sous un jour résolument favorable.

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The nameless, enfin, propose une histoire de kidnapping d’enfant originale. Ses parents adoptifs l’avaient pris sous leur ailes par des voies illégales et c’est le vrai père qui commet l’enlèvement.Dean Evans enquête sur les filières de l’adoption clandestine et aide le père adoptif à retrouver la piste de l’enfant (au début avec une certaine réticence). Un épisode dense et porteur d’un questionnement moral, avec un passage à la Nouvelle Orléans lors de la fête costumée du mardi gras (certes intégré à l’intrigue de manière un peu forcée). La fin équivoque est appréciable.

On le voit, ces 21 épisodes donnent un aperçu varié de la série, qui aborde à l’occasion des questions sérieuses sur le métier de journaliste, même si les reporters y apparaissent souvent avant tout comme des aventuriers redresseurs de torts. Une vision plus romantique que réaliste de la profession, bien sûr. Certes, tous les épisodes ne sont pas mémorables, mais il y a quelques trouvailles scénaristiques qui peuvent surprendre aujourd’hui encore. Les amateurs de télévision vintage peuvent y trouver leur compte, d’autant plus qu’ils découvriront dans la distribution nombre d’acteurs en vue de l’époque. Wire service a été annulé au bout de sa première saison, mais a ouvert la voie à de nombreuses séries à succès ayant adopté un format similaire. En somme, un glorieux ancêtre qui gagnerait à être tiré de l’oubli.

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