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Deux petites séries de mystère cette semaine, un whodunit et un thriller psychologique, deux productions russo-ukrainiennes de Star Media, chacune en 4 épisodes, que l’on peut visionner sur le net avec des sous-titres anglais. Certes, ces fictions ne révolutionnent pas le polar télévisuel, mais pour les longues soirées d’hiver près d’ un bon feu de cheminée, ce sont des divertissements tout à fait appropriés, avec des scénarios tortueux et à l’issue guère trop prévisible. Commençons par le thriller, daté de 2013 et coécrit par Galina Salgarelly et Elena Serova.

Dark labyrinths of the past

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Liza (interprétée par Karina Razumovskaya, vue dans la série Vanga que j’ai présenté en 2015) a quitté son domicile suite à une dispute avec son mari. Le lendemain, elle est retrouvée à demi inconsciente et blessée à la tête dans la forêt par son beau-frère Oleg (Dimitriy Surzhikov). En la raccompagnant chez elle en voiture, ce dernier s’aperçoit qu’elle est frappée d’amnésie. Lors de ses retrouvailles avec son époux Boris (Alexsandr Kobzat), elle fait montre de méfiance envers cet homme qui lui est désormais inconnu, d’autant plus que son mari a un comportement étrange faisant parfois douter de sa sincérité. Boris est handicapé et se déplace avec une canne, mais le traumatisme psychologique à l’origine de son infirmité n’est pas clairement dévoilé. Des fragments du passé de Liza se révèlent peu à peu, révélant une vie tourmentée.

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Des habits de bébé trouvés dans le chalet du couple par Liza contraignent Boris à lui avouer qu’elle attendait un enfant mais a fait une fausse couche et que, consécutivement, elle aurait fait une tentative de suicide par pendaison. La jeune femme est la proie de terreurs nocturnes, des cauchemars qui lui révèlent qu’elle a fait autrefois un séjour en hôpital psychiatrique. Le comportement des deux frères, qui lui font visiblement des cachotteries, ne cesse de l’intriguer. Par exemple, pourquoi Boris a-t-il prétendu qu’elle était férue de botanique et passait son temps libre à s’occuper des roses de son jardin d’hiver alors que les mains de Liza sont vierges de toutes traces d’écorchures? Boris affirme qu’elle a grandi dans un orphelinat et qu’il l’a rencontrée par l’entremise d’Oleg qui travaillait à l’institut où elle faisait ses études, mais certains détails ne cadrent pas avec son parcours supposé.

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Par ailleurs, la minisérie développe une autre trame, qui semble de prime abord n’avoir aucun lien avec l’histoire de Liza. On suit Irina, une jeune réceptionniste d’hôpital, qui est victime d’une agression en forêt, par un individu se dissimulant sous une toque de fourrure. Elle est secourue par Sergey,  qui passait par là avec son chien. Ce dernier, psychologue de profession, devient le protecteur d’Irina et cherche avec elle à identifier le mystérieux agresseur.  Irina suspecte son ex petit ami, Igor, d’être le coupable, celui-ci ayant eu un comportement agressif à son égard, notamment en lui demandant avec empressement de lui avancer de l’argent. Dans le même temps, un policier au regard inquisiteur enquête sur une suite d’homicides perpétrés dans les environs et suspecte tour à tour Igor et Sergey d’être impliqués.

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Un homme est retrouvé assassiné sur un banc près d’une gare de chemin de fer, tandis qu’une femme meurt brûlée dans un incendie volontaire. Bientôt, l’investigation s’oriente vers le chalet de Boris et Oleg, lorsque la voisine de ceux-ci, une vieille dame volontiers fouineuse, est sauvagement abattue. Les intrigues de Liza et d’Irina ne se rejoignent qu’à la fin du dernier épisode, de façon inattendue. Dark labyrinths of the past est une minisérie parfois mélodramatique, qui recourt à des artifices pour intensifier le suspense, mais dont l’histoire, basée sur les fausses apparences, est bien agencée, révélant in fine une réalité plus complexe que celle que les indices distillés au fil des épisodes pouvait laisser supposer. Si la réalisation ne manque pas de style et parvient à restituer une atmosphère inquiétante et un trouble diffus qui va croissant, on peut regretter que la personnalité de l’assassin manque singulièrement de subtilité et que ses motivations ne convainquent pas totalement. Mais globalement, ce polar hivernal, sans longueurs et servi par un solide casting, fonctionne plutôt bien.

Ghost in the curved mirror

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Cette minisérie est nettement influencée par la fiction policière classique anglo-saxonne. L’ambiance pleine de mystère, les phénomènes en apparence surnaturels, rappellent les polars de John Dickson Carr. Si cette série ne se hisse pas au niveau des meilleures histoires du maître des meurtres en chambre close (ou de son homologue français, Paul Halter), c’est tout de même un programme plaisant, résolument cosy et qui développe une énigme criminelle d’honnête facture.  L’action se situe dans une riche demeure familiale, un pavillon de chasse cossu situé en pleine forêt. La propriétaire, madame Shestakova, croit que la maison est hantée. les phénomènes qu’elle constate sont pour le moins intrigants:  le parquet grince la nuit, parfois la lumière s’éteint sans explication, le spectre d’une femme en blanc apparaît fugitivement dans un miroir, tandis qu’une main inconnue la pousse dans l’escalier lors d’une nuit d’insomnie.

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Deux journalistes se rendent sur place, membres de la rédaction d’un magazine spécialisé à propos de la chasse en Russie (l’équivalent du Chasseur français): Sergey et Makar (interprétés par Aleksey Sekirin et Sergey Koleshnya). Ceux-ci ne croient pas aux fantômes et tentent de trouver une explication rationnelle aux évènements. Très vite, ils sont confrontés à une série de meurtres survenant dans les environs. Dans la galerie des suspects, on trouve Larisa, la fille névrosée de madame Shestakova, son fils Leonid marié à Inga, une femme de mœurs légères, au comportement provocant et qui lorgne sur l’héritage familial, Ksenia, l’infirmière au service de la matriarche, sans oublier Vsevolod Leschinskiy (surnommé Sevra), un chasseur chevronné, adepte de l’hypnose et du spiritisme.

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Les rebondissements s’accumulent, plongeant le téléspectateur dans la confusion. Le bruit court que la demeure recèle une chambre secrète et fut le décor d’évènement passés inavouables, comme en témoignent de vieilles photos compromettantes brûlées récemment par la maîtresse des lieux. Un message anxiogène, « il est temps de mourir » apparait dans la buée d’un miroir. Le spectre est vu sur des caméras de surveillance, où il semble se dématérialiser et traverser les murs. On le suspecte d’être le fantôme de Tanya, une jeune femme morte noyée quelques décennies plus tôt dans un lac des environs, à moins que ce ne soit sa fille Sonya que l’on croyait disparue. Ksenia, qui a une liaison avec l’un des deux détectives, réchappe à une tentative de meurtre par balles survenue lors d’une balade en forêt. On cherche à empoisonner madame Shestakova en mêlant de l’atropine à son alcool favori, mais c’est Sergey qui, s’étant servi le premier, est intoxiqué. La matrone finira tout de même par être assassinée dans des circonstances mystérieuses.

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Ghost in the curved mirror est un cran en dessous de la précédente minisérie présentée dans cet article pour ce qui est de la réalisation, qui est ici hyper classique, alors que les décors de la demeure n’ont pas suffisamment de cachet pour contribuer de façon substantielle à l’atmosphère fantastique de la série. Cependant, le scénario d’Ekaterina Kostikova est efficace et solide, à défaut d’être vraiment ingénieux. L’explication des éléments surnaturels de l’intrigue, convaincante mais un peu trop simple, est à même de décevoir les amateurs de mystère les plus exigeants.

C’est surtout en tant que whodunit que réside l’intérêt de la fiction, avec quelques éléments de misdirection qui parsèment habilement l’intrigue et peuvent égarer le public vers une fausse interprétation des faits. Sans être au niveau de la production romanesque d’Agatha Christie ou  Christianna Brand, on peut trouver là de quoi titiller agréablement nos petites cellules grises, un exercice cérébral prisé en Russie comme le montre la tenue chaque année à Moscou d’un festival international des films et séries de détective (DetectiveFEST). A voir pour les accrocs des séries policières anglaises qui souhaitent découvrir une version slave de leurs programmes favoris.

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