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fauda

Cette série, proposée depuis début décembre sur Netflix, nous plonge en plein conflit israélo-palestinien. On suit aussi bien le quotidien  d’une unité d’élite de Tsahal que les actions clandestines du Hamas. Filmé dans un style réaliste et ne cherchant nullement à glorifier un camp et à stigmatiser l’autre, Fauda est un thriller politique efficace, violent et doté d’un scénario tortueux. La première saison, diffusée en 2015 sur la chaîne Yes Oh, fut plébiscitée aussi bien en Israël qu’en Palestine. Elle comprend 12 épisodes assez courts (entre 30 et 45 minutes environ). C’est une création originale de Lior Raz (qui, outre son travail de scénariste, interprète le personnage principal de la série) et  Avi Issacharoff (un journaliste spécialisé dans les affaires politiques palestiniennes), tournée en 2014 (lors d’une période de vives tensions marquée par de terribles combats dans la bande de Gaza) à Kafr Qasim, non loin de Tel Aviv.

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Dans le premier épisode, on fait la connaissance des membres d’une mista’arvim, une unité spéciale de Tsahal chargée de mener des opérations en Palestine, en se fondant dans la population arabe (en maitrisant à cette fin parfaitement la langue arabe, en adoptant les coutumes et l’habillement local, tout en se dissimulant sous une fausse identité). Le protagoniste principal, Doron (Lior Raz), est un homme d’action qui s’est retiré des services israéliens pour mener une vie tranquille à la campagne en cultivant quelques hectares de vignes. Mais lorsqu’il apprend qu’un redoutable partisan du Hamas, Abu Ahmad, est encore vivant un an et demi après la date supposée de son assassinat par un commando de l’armée dont il faisait partie, il rejoint Tsahal et se propose d’identifier Ahmad, surnommé « la panthère » lors d’une intervention devant avoir lieu lors du mariage du petit frère de l’activiste, Bashir. Malgré les réticences de son épouse Gali, Doron s’implique en se faisant passer pour l’employé d’un traiteur venu apporter des victuailles à la réception des jeunes époux.

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Mais l’opération tourne mal. Les hommes infiltrés sont démasqués, il y a plusieurs morts dans la fusillade qui s’ensuit, dont Bashir, tandis qu’ Ahmad (Hisham Suliman) parvient à s’enfuir et à distancer l’équipe de Tsahal à sa poursuite. Ce pilote est très accrocheur et instaure un suspense qui sera présent dans le reste de la série.  Chaque membre de l’unité des mista’arvim  est bien caractérisé à l’écran et fait l’objet d’une intrigue qui lui est dédiée. Quelques personnages se détachent cependant. Nurit, le seul membre féminin de l’unité (jouée par Rona-Lee Shim’on) est une jeune femme volontaire qui souhaite tenir un rôle plus actif sur le terrain. Elle s’avère capable d’assassiner froidement à bout portant une cible désignée, une brutalité qui surprend de la part d’une personne toujours très chaleureuse envers ses équipiers.

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Boaz (Tomer Kapon) est le plus téméraire du groupe, celui qui se met le plus souvent en danger. Parlant couramment arabe, il a été chargé d’établir un dialogue avec les palestiniens pour le compte du ministère de la défense. Il a une liaison torride avec une barmaid avant que celle-ci finisse tuée dans un attentat suicide à la bombe, la rage l’amenant ensuite à prendre des risques inconsidérés et à être capturé par le Hamas. Son destin est particulièrement tragique. Mickey Moreno (Yuval Segal) est le coordinateur des opérations de l’unité. C’est lui qui est venu sortir Doron de sa retraite, mais ensuite il lui reproche plus d’une fois son comportement peu orthodoxe en opération et sa désinvolture vis à vis des directives de ses supérieurs. Moreno a une liaison avec Nurit, qu’il souhaite ne pas voir trop exposée lors des missions dangereuses, en dépit de l’aspiration de la jeune recrue à vouloir jouer les premiers rôles.

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Autre protagoniste, plus ambigu: Naor (Tsahi Halevi). Cet agent a des rapports fraternels avec Doron, mais dans le même temps il est l’amant secret de sa femme Gali. Doron finit par découvrir l’infidélité de Gali et dès lors ses relations avec Naor s’enveniment, il va jusqu’à l’accuser de trahison envers ses équipiers. Je n’ai pas trouvé que Naor était un personnage très convainquant, il manque d’épaisseur et reste au second plan durant toute la saison. Heureusement, côté palestinien, il y a aussi quelques personnages forts: A commencer par Abu Ahmad, le terroriste responsable de la mort de 116 israéliens, capable de grande cruauté envers ses adversaires (ainsi, il n’hésite pas à transformer un otage en bombe humaine), mais pouvant se montrer très amical envers les siens et qui reste profondément attaché à sa famille. « La panthère » exploite le réseau souterrain de ses partisans pour se soustraire à ses poursuivants en changeant fréquemment de cachette. Il a cependant des détracteurs parmi les responsables du Hamas, certains préféreraient le voir mort, considérant que la violence extrême qu’il prône est une voie sans issue et compromet leurs objectifs politiques.

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Ahmad a auprès de lui un jeune disciple, Walid (Shadi Mar’i), un garçon impulsif et dont la loyauté envers « la panthère » semble sans faille. Walid aide Ahmad à fuir de l’hôpital où il est alité, ayant été blessé en fuyant ses poursuivants israéliens. Il demande alors l’aide d’une amie, médecin de l’établissement, Shirin El Abed (Laëtitia Eïdo, une actrice française). Walid est amoureux de cette dernière, lui demande avec insistance de l’épouser, sans savoir qu’elle collabore avec Tsahal et couche avec Doron. Il peut se montrer d’une grande naïveté et apparait surtout comme un idéaliste pétri de convictions, mais qui pourrait basculer en faveur du camp adverse sous le coup de la déception. Au fil des épisodes, la tension entre lui et Abu Ahmad va grandissant, ce dernier lui apparaissant toujours plus comme un stratège froid et sans états d’âme. Walid est peut-être le personnage le plus intéressant de la série, car il apporte à l’intrigue une certaine part d’imprévisibilité.

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Shirin, quant à elle, est prise entre deux feux. Elle subit des pressions de Tsahal qui lui demande de coopérer plus étroitement avec les services israéliens, tout en étant complice dans une certaine mesure de la cavale de Hamed. Elle cherche à ne pas être mêlée de près aux évènements mais ne peut l’éviter, se trouvant même la cible d’une tentative d’assassinat. Walid pratique à son encontre une sorte de chantage sentimental, lui assurant tranquillité et protection si elle consent à l’épouser. Walid et Shirin sont au cœur de l’intrigue de Fauda car ils n’appartiennent pas à un camp de façon indéfectible, ils occupent une position mouvante et leurs actions peuvent s’avérer cruciales pour les belligérants. Un troisième personnage, moins central certes, semble relativement changeant au long de la saison: Nasrin, l’épouse de « la panthère » (Hanan Hillo), une femme très pieuse, toujours voilée, qui n’ignore pas que son mari est encore vivant mais feint d’être une veuve éplorée.

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Nasrin a une aversion pour les méthodes expéditives des services israéliens,  leur reprochant notamment l’élimination brutale de Cheikh Yassine. Mais ce qui compte pour elle, plus que la cause palestinienne, c’est de protéger ses enfants. Elle veut aller vivre en Allemagne, loin du conflit meurtrier. Lorsque sa fille Abir est blessée à l’œil, victime collatérale des combats, elle est prise en charge par des médecins israéliens. Dans un premier temps, Nasrin exige que sa fille soit transférée à Ramallah, mais un officier israélien, le capitaine Eyov (Itzik Cohen), finit par la convaincre de n’en rien faire et de lui faire confiance. Eyov, spécialiste des interrogatoires musclés, a un faible pour cette femme courageuse, dont l’hostilité envers Israël s’atténue quelque peu au fil des épisodes, même si elle ne renie pas ses convictions. La trajectoire de Nasrin est l’opposée de celle d’Amal, la veuve de Bashir, obnubilée par le désir de vengeance, qui choisit d’être volontaire pour effectuer un attentat suicide et laver dans le sang l’affront subi.

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 Globalement, le scénario est bien construit, particulièrement dans la seconde moitié de la saison, captivante et qui s’achève par un cliffhanger prometteur. Fauda a le mérite de restituer au téléspectateur la tension exacerbée de cette contrée constamment troublée. Une scène est à cet égard révélatrice: quittant l’hôpital avec sa fille, Nasrin se débarrasse de la peluche géante offerte par le personnel de l’établissement en allant la déposer sur le banc d’un abribus, provoquant la fuite précipitée des passants, qui croient que cet innocent jouet contient une bombe à retardement. Également, la série permet de se rendre compte de la défiance (voire la haine) existant non seulement entre services israéliens et palestiniens, mais aussi au sein des factions de chaque camp. Ainsi, la direction de Tsahal veut démanteler le groupe de Mickey Moreno, tandis que le Hamas est très divisé et s’oppose farouchement au Fatah et à  son service de sécurité préventive, le PPS.

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Fauda prend soin de montrer que la violence excessive est loin d’être absente du côté de l’État hébreux: par exemple, lorsqu’un dignitaire religieux palestinien est arrêté, suspecté d’être lié aux terroristes, il est sauvagement torturé par ses interrogateurs, avec un certain sadisme. Il va sans dire que ma vision consternée de cet interminable conflit israélo-palestinien n’a pas changé à l’issue du visionnage. Enfin, la dissymétrie des moyens matériels dont disposent les adversaires apparaît clairement, le contraste entre les équipements ultramodernes de Tsahal et les locaux décrépits où évoluent les membres du Hamas étant criant.  Mais la série n’a pas que des qualités: quelques intrigues amoureuses n’apportent rien à l’histoire (comme la liaison adultère de la femme de Doron) et le comportement de certains protagonistes n’est pas toujours hautement rationnel.

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Ce dernier point peut être illustré par le plan délirant échafaudé par Abu Ahmad: commettre un attentat massif dans une synagogue, en usant du redoutable gaz sarin, dans le but de provoquer une réaction exacerbée de la part d’Israël susceptible de déstabiliser le proche-orient et provoquer une intervention de l’Iran. Un projet diabolique mais dont l’ampleur des conséquences supposées semble bien improbable. La saison 2 qui verra le jour devra éviter une dérive sensationnaliste et un scénario irréaliste et peu crédible dans la veine des pires saisons de Homeland. Il reste que j’ai plutôt apprécié cette première saison, malgré son sujet déprimant, pour sa réalisation énergique et son scénario prenant (même si Hatufim et Shtisel restent mes séries israéliennes préférées). Fauda est sans doute à même de contenter les amateurs de thrillers politiques truffés de scènes d’action montrant la violence dans toute sa crudité.

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