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Il n’a pas été aisé pour moi de trouver cette minisérie américaine développée dans les années 80 par PBS car il n’existe pas à ce jour d’édition DVD officielle, seulement une version numérisée des épisodes jadis édités au format VHS. Coproduite par Disney Channel, cette minisérie tous publics en 3 épisodes de moins d’une heure mérite pourtant d’être mieux diffusée car elle fait montre d’un humour bon enfant hautement réjouissant. Récompensée à de multiples reprises (obtenant entre autres le Blue Ribbon Award et le Cine Golden Eagle Award), c’est l’adaptation (réalisée par Robert Iscove) des romans d’Owen Johnson, célèbres aux USA, appartenant au cycle de Lawrenceville, des récits humoristiques racontant les facéties des étudiants de cette vénérable institution bicentenaire (cette école privée préparatoire aux études universitaires, basée dans le New Jersey, ayant été fondée en 1810) à l’orée du XXe siècle, en 1905-1906. En regardant cette fiction, j’ai eu le sentiment d’être transporté dans une époque innocente, où primaient l’insouciance et la camaraderie.

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L’histoire est centrée sur un personnage qui suscite l’admiration parmi les adolescents qui fréquentent l’établissement: le prodigieux Hickey (interprété avec assurance par Zack Galligan), un garçon malicieux et plein de ressources. D’allure pateline, ce garnement mijote toujours des mauvais coups pour se payer la tête des professeurs et fait assaut d’inventivité pour relever les défis que se lancent continuellement les étudiants. Si à un moment donné il est renvoyé sèchement de Lawrenceville par la direction de l’école, il revient au début de l’épisode suivant pour notre grand plaisir.

Dans le premier épisode, il montre un bel opportunisme: alors que le battant en argent de la cloche du collège vient d’être volé (par on ne sait qui), il vend à ses camarades des breloques souvenir censées avoir été façonnées à partir du métal du battant disparu. Il réalise ainsi une belle opération commerciale, alors qu’en réalité, il a commandé à une bijouterie les petits objets d’argents qu’il a ensuite distribué avec profit. Les aptitudes d’Hickey pour embobiner autrui sont grandement estimées par le proviseur (joué par Edward Hermann) et son ami le débonnaire professeur de latin, grand amateur de bouffardes, même si elles contrastent avec la médiocrité de ses résultats scolaires. Les deux compères ont une attitude amusée et teintée de fatalisme à l’égard des étudiants: comme ils en font la remarque lors de la rentrée des classes, ceux-ci vont pouvoir récupérer de la fatigue accumulée pendant la période des vacances en dormant pendant les cours.

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Le proviseur, bien qu’affichant face aux élèves la plus grande sévérité, se délecte en privé des exploits d’élèves rivalisant d’inventivité et d’irrévérence envers l’autorité. Il constate avec justesse qu’ils mettent toute leur intelligence à contribution pour élaborer des blagues de potache ingénieuses plutôt que pour briller dans les études. Si Hickey est une référence en matière de déconnade, il est entouré de spécimens pas piqués des vers. Ainsi, GutterPup (Stephen Baldwin), un blondinet athlétique, est un inventeur de génie. Il met au point des mécanismes qui ne dépareraient pas dans un court métrage de Wallace et Gromit; comme un automate réalisant le repassage ou un système de bras articulés lui permettant d’enfiler plus vite ses vêtements le matin (le temps mis pour enfiler la tenue réglementaire fait l’objet d’une compétition journalière entre étudiants et est dûment chronométré). GutterPup est aussi féru de boxe et reste invaincu dans ce sport jusqu’au jour où un gamin au visage d’ange dont il pense ne faire qu’une bouchée, Lovely (Josh Hamilton), parrainé par Hickey, se présente face à lui sur le ring. Le duel se solde par un KO des deux adversaires, qui s’écroulent bras dans bras, vaincus par l’épuisement.

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Il y a aussi Doc Macnooder (Albert Schultz), le scientifique de la bande, un chimiste amateur qui tire de ses alambics un alcool dont se délectent ses amis. Doc sera accidenté suite à une expérience hasardeuse, un mélange explosifs de produits qui le laissera éclopé. Autre phénomène, Hungry (Hans Engel): un gringalet doté d’un appétit d’ogre, capable d’ingurgiter en un temps record de grandes quantités de nourriture. Hickey voit en lui la poule aux œufs d’or et organise des paris fructueux. Hungry remporte un défi contre un barman (avaler des dizaines de coupes glacées sans pause), puis contre un restaurateur (manger une quarantaine de pancakes d’affilée, avec de la confiture) et ne semble même pas parvenu à réplétion à l’issue de ses repas pantagruéliques.

A partir du second épisode, un nouveau venu vient contester à Hickey le titre de maître es facéties: The Tennesse Shad (Nicholas Rowe), un garçon à l’air arrogant qui ne manque pas, lui aussi, d’idées astucieuses. Sa première cible est le surveillant de l’établissement, Tapping (Robert Joy). Arborant un air pincé, maigre comme un cent de clous, Tapping était déjà la tête de turc d’Hickey, qui est parvenu à dormir dans son lit après l’avoir éloigné de sa chambre grâce à ses comparses faisant diversion. Shad dérobe le squelette de la classe de sciences naturelles, l’affuble de la tenue coutumière de Tapping et le suspend au mur de la salle commune, provoquant l’hilarité générale.

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Autre haut fait de Shad: parvenir à fumer la cigarette dans la propriété de Lawrenceville (où cela est rigoureusement interdit). Pour cela, il prétend qu’il s’agit en fait d’un médicament prescrit par son médecin (un produit dont la forme évoque une cigarette) et montre pour preuve un emballage créé spécialement pour cette supercherie. Un stratagème qui fonctionne à merveille et contribue à consolider sa popularité auprès des autres étudiants. Hickey ne tarde pas à réagir pour reconquérir sa suprématie. Il parvient à rentrer dans les bonnes grâces du nouveau professeur de mathématiques, Baldwin (Keith Knight), un enseignant candide et plein de bonne volonté. Naïvement, ce dernier s’enthousiasme pour la suggestion d’Hickey en vue de sensibiliser les élèves à l’action civique: il organise un simulacre d’élections, où les étudiants se répartissent entre fédéralistes (pour l’enseignement privé) et anti fédéralistes (pour les facultés et les écoles publiques). Toujours sous l’influence malintentionnée d’Hickey, et malgré les mises en garde du proviseur, il approuve la réunion des deux partis autour d’un feu de camp, où leurs meilleurs représentants feront assaut d’éloquence pour convaincre de la justesse de leurs positions. Mais le meeting se termine en bagarre générale, la pelouse est saccagée et Baldwin constate piteusement l’échec de son initiative citoyenne.

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Un personnage contraste avec les autres adolescents: Smith (Dave Foley). C’est l’élève moyen par excellence, il n’a aucun trait remarquable. Si sa personnalité semble aussi banale que son patronyme, il obtient une gloire bien involontaire en tombant par mégarde du toit pentu de l’établissement, effectuant un vol plané jamais vu de mémoire d’étudiant. Mais il se passerait bien de cette renommée, obtenue au prix de contusions douloureuses, surtout qu’Hickey ne manque pas d’exploiter l’accident en faisant payer un droit d’entrée aux visiteurs du voltigeur prodige miraculé, surnommé « l’homme de fer ».

Autre protagoniste exploité par ses pairs, un rejeton de la haute, membre de la lignée des Montaigu, qui apparait dans le dernier épisode. Surnommé Beefsteak, il est joué par David Orth. Il arrive à l’école en calèche, servi par un valet stylé. Malgré son allure aristocratique, il a d’aussi piètres résultats scolaires que ses congénères et est aussi prompt à participer à leurs aimables manigances. Pour lui, l’argent n’est pas un problème. Il devient vite une manne providentielle, pourvoyant malgré lui les fonds nécessaires à une arnaque concoctée par Hickey: des paris truqués sur les scores des rencontres de football américain entre les deux équipes concurrentes de l’établissement.

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Beefsteak sera amené à fraterniser avec Shad. Leur association produira des étincelles, au grand dam d’Hickey. Lorsqu’ils subissent une punition du proviseur, les obligeant à faire une dizaine de fois le tour du parc entourant l’école, l’un devant être porté par l’autre, ils trouvent la parade. Beefsteak a l’idée d’utiliser une brouette et de pousser Shad par ce moyen à tout autour du terrain, obtenant à l’arrivée un accueil triomphal de la part des autres élèves et l’appréciation respectueuse du chef d’établissement.

Finalement, Shad et Hickey nouent une alliance et décident de créer un gang de pseudo malfrats, dont les membres doivent, en signe d’allégeance, se raser le crâne. Une farce qui ne manque pas de faire son effet dans la salle commune, suscitant en outre l’offuscation factice du proviseur, qui se délecte en privé de cette effronterie culottée. Les étudiants rasibus doivent ensuite faire une entorse au code vestimentaire de Lawrenceville, s’affublant de couvre-chefs ridicules, pour participer au bal de la promotion sans révéler leurs boules à zéro. La scène du bal qui clôt le dernier épisode est la seule où l’on voit des jeunes filles, pendant tout le reste de la série, le casting est 100% masculin. Malgré leurs manifestations de galanterie, la soirée tourne au fiasco pour Hickey et ses amis, qui sèment la pagaille et se ridiculisent sur la piste de danse.

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Il y eut déjà une adaptation cinématographique des histoires de Lawrenceville, un film en noir et blanc datant de 1950, réalisé par William Wellman et intitulé The Happy Years. Une production qui peut sembler un peu désuète aujourd’hui mais qui était dans le même esprit que la minisérie de PBS (tout en ayant un casting d’adolescents bien plus jeunes que dans la version télévisée), à savoir une succession de farces aussi inoffensives que drôlatiques, sous l’œil bienveillant du corps professoral, qui a accepté le fait que les élèves soient plus doués pour les bouffonneries et une forme d’ingénieuse d’oisiveté que pour la réussite scolaire. J’ai certainement passé un bon moment devant cette fiction résolument fantaisiste, qui propose une reconstitution convaincante de cette période du siècle dernier, que ce soit au niveau des costumes (ainsi, les pantalons longs munis d’épingles, les knickers avec des bas sont typiques des années 1900)  que du langage employé (où figurent des expressions délicieusement rétros telles que « rapture! » pour signifier une surprise admirative). Un divertissement américain qui a la saveur de l’humour british, uniquement disponible en version originale non sous-titrée. Ce qui est dommage, car cela pourrait constituer un agréable visionnage en famille.

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