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Pour la seconde fois consécutive, un article sur un drama japonais ancien, cette fois une série très sérieuse à propos d’une erreur médicale et du qui en découle procès intenté par la famille de la victime. Diffusé au printemps 2000 par Fuji TV et écrit par Fumie Mizuhashi, Taiyo wa Shizumanai comporte 11 épisodes (d’environ 50 minutes, sauf le dernier qui dure près d’ 1h15) et a été sous-titré en anglais et en français. La présence dans la distribution d’un « Johnny » (jeune artiste populaire au Japon), Hideaki Takizawa, est sans doute le facteur prépondérant ayant permis à ce drama d’être traduit. Souvent désigné par le diminutif « Taki », cet acteur et chanteur, alors jeune premier de la télévision, n’a pas que pour lui un physique avantageux (selon les téléspectatrices), il se révèle dans ce drama un interprète très convaincant, il a d’ailleurs été primé pour sa prestation d’un garçon au seuil de l’âge adulte qui vient de perdre sa mère dans des circonstances tragiques.

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Taki interprète Masaki Nao, un lycéen qui pratique le kendo pendant son temps libre, participant à des compétitions entres jeunes combattants. Il a le sens de la famille et n’hésite pas à épauler ses parents qui tiennent une modeste boutique de restauration rapide (un de ces établissements qui proposent l’okonomiyaiki, un plat typique japonais composé d’une pâte enrobant des ingrédients variables, ou encore les yakisoba, des nouilles cuites à la poêle avec de la viande et des légumes, le sukiyaki, ou fondue japonaise, sans oublier des sucreries comme le daifuku à la pâte de haricots azuki).  Nao aimait beaucoup sa mère, même si son attitude protectrice et ses reproches envers lui avaient tendance à l’agacer au plus haut point. Il est mortifié par sa subite disparition, dans des circonstances troubles: initialement, les raisons de l’hospitalisation de Teruko (Takeshita Keiko) restent mystérieuses, tout comme les circonstances exactes de son décès suite à l’opération chirurgicale qu’elle a subi. La mère travaillait dur pour subvenir à sa famille et Nao regrette rétrospectivement de n’avoir pas été plus prévenant à son égard.  Mais même si les médecins indiquent que le motif de son décès est le surmenage, il suspecte que l’hôpital lui cache la vérité et décide de poursuivre en justice l’établissement.

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Il demande l’aide d’une avocate, Kirino Setsu (Matsuyuki Yasuko), qu’il connaissait déjà pour l’avoir rencontrée lors d’une exposition de photographies. A cette occasion, il vit une photo de lui prise par Setsu peu après sa défaite lors d’un duel de kendo et lui signifia être très mécontent d’avoir été immortalisé dans ces circonstances. Nao n’aime pas perdre, il met donc toute son énergie dans la préparation du procès. L’avocate s’est prise d’affection pour lui, elle sait qu’il n’a pas les moyens de se payer ses services, mais choisit tout de même de l’épauler. C’est une femme intelligente, très indépendante et qui n’hésite pas à employer la ruse pour faire avancer l’enquête (elle n’a pas son pareil pour piéger ses interlocuteurs lorsque ceux-ci lui font des cachotteries). Un véritable attachement se développe entre Setsu et Nao, fait d’estime et de compréhension mutuelle. Au départ, l’adolescent initie une démarche judiciaire à l’insu de son père Shiro (Bito Isao), un homme simple, pas très futé mais qui a un bon fond. Shiro souhaite tout d’abord se contenter de l’argent que lui a donné l’hôpital, une somme rondelette visant en réalité à acheter le silence de la famille, mais il finit par se ranger à l’avis de son fils et accepte de témoigner au procès.

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Nao est également soutenu par sa grande sœur Yuko, une jeune femme enjouée qui demeure au second plan tout au long du drama et par sa petite sœur Runa, une fillette naïve qui, sans le vouloir, le met à plusieurs reprises sur une piste en prononçant d’innocentes remarques. D’autre part, Nao a une relation sentimentale avec Isetani Ami (jouée par Yuka), qui étudie dans le même établissement que lui et a un an de moins. Il s’avère rapidement qu’elle n’est autre que la fille du directeur de l’hôpital, Akiko (Ito Ren), un homme secret, qui a conscience de la grande responsabilité qui lui incombe vis à vis du personnel de l’établissement et qui préfère dissimuler une vérité qui serait dommageable pour lui et ses employés. Ami prend le parti de Nao, l’aide dans ses investigations, allant jusqu’à dérober des dossiers médicaux pour les confier ensuite à son avocate. Ses parents souhaitent qu’elle rompe avec l’adolescent, mais elle leur tient tête. Sa mère Keizo (Osugi Ren) est particulièrement critique à son égard, elle soupçonne même Nao de s’être rapproché d’Ami pour obtenir des renseignements pouvant nuire à son mari. Keizo défend becs et ongles Akiko, même si elle entretint jadis des relations amicales avec Teruko. Seul compte pour elle le bien-être matériel de sa famille.

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La liaison platonique entre Nao et Ami est une histoire d’amour impossible, chacun étant par le hasard des circonstances membre de factions antagonistes. A plusieurs reprises, Nao cherche à s’éloigner d’elle car il a conscience que ses actes entrent en contradiction avec les sentiments qu’il éprouve pour la jeune fille, mais celle-ci s’accroche et veut sans cesse renouer avec lui. Pour ma part, je n’ai pas réellement perçu d’alchimie entre les deux protagonistes, qui ne m’ont pas paru bien assortis. Il m’a semblé que le duo entre Nao et l’avocate Kirino Setsu, qui se situe sur un plan purement amical, fonctionne bien mieux, car ces deux personnages témoignent d’une maturité absente chez la descendante des époux Isetani, dont l’impulsivité et le comportement effronté semblent être les manifestations d’une crise d’adolescence. Il y a, au fil des épisodes, quelques échanges profonds et empreints de mélancolie entre Nao et Setsu, deux êtres rapprochés par les nécessités du procès, qui se comprennent parfaitement et qui anticipent avec appréhension le moment où,une fois la vérité découverte et le procès terminé, ils devront continuer à vivre chacun de leur côté.

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Le docteur qui était chargé de traiter Teruko, Minami Etsushi (incarné par Minami Masaki) nous est présenté d’emblée comme un individu fuyant et vaguement inquiétant. Il semble vouloir cacher un lourd secret mais est taraudé par sa conscience. Il se rend à plusieurs reprises au logement de la famille Masaki pour prier devant l’autel dédié à la mère disparue et si la première fois il tambourine en suppliant qu’on lui ouvre, sans obtenir de réponse, la seconde fois on consent à le laisser entrer. C’est un personnage ambigu, quand il s’exprime on ne sait jamais s’il est manipulateur ou sincère. Parmi le personnel de l’hôpital, d’autres protagonistes ont un comportement équivoque: c’est le cas par exemple d’une infirmière, Yoshida Kayo, qui a été témoin des dernières heures de Teruko. Par conséquent, ses supérieurs tentent de la muter loin des lieux du drame, mais l’avocate fait pression sur elle pour qu’elle dise tout ce qu’elle sait à la barre. L’avocat de la défense, Ikezawa (Tsurumi Shingo), de son côté, use de son aura de ténor du barreau pour tenter de l’en dissuader. Ikezawa est l’ancien petit ami de Setsu, mais à présent tout oppose les deux juristes: l’un est avide de gloire et d’argent tandis que pour l’autre, c’est la justesse des causes qu’elle défend qui prime.

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L’intrigue de Taiyo wa Shizumanai est assez complexe, avec de nombreux retournements de situation. Certains ont reproché au drama une certaine lenteur, mais personnellement je ne me suis jamais ennuyé en le regardant. Régulièrement, de nouveaux éléments viennent éclairer l’affaire sous un jour nouveau (à commencer, dans les premiers épisodes, par la découverte incongrue d’un scalpel retrouvé au milieu des cendres de Teruko après son incinération). Le parcours de la mère pendant la journée fatidique est dévoilé peu à peu, mettant de plus en plus en doute le diagnostic initial de la faculté, précisant que la mort est survenue suite à une thrombose mésentérique. Il est vite établi que la femme a chuté en descendant les escaliers menant à un temple shinto où elle venait de déposer une plaquette votive souhaitant la réussite des études de son fils et qu’elle a subi alors un traumatisme, mais que les symptômes multiples dont elle a souffert étaient imputables à des affections multiples. Une grande partie de l’enquête consiste à établir la chronologie précise des faits survenus à l’hôpital et l’on s’aperçoit que ce qui est révélé ne pointe pas vers un unique coupable, mais que les responsabilités sont diluées, entre l’erreur d’une infirmière débutante qui intervertit les radios de deux patients, la panique du praticien en s’apercevant qu’il a prescrit un mauvais traitement et l’impréparation d’un médecin chef imbibé d’alcool.

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Les fins connaisseurs de dramas japonais ne manqueront pas de faire le rapprochement avec l’intrigue d’une autre série, Shiroi Kyotô, adaptation d’un roman de Toyoko Yamasaki publié en 1965. En fait, il y eut deux adaptations sérielles, l’une en 1978 et l’autre en 2003 (la plus connue de nos jours, sans compter les remakes coréens et philippins) de cette histoire racontant la rivalité entre deux médecins ayant des conceptions antagonistes de l’exercice de leur profession. L’ambitieux Goro Zaizen est obnubilé par la volonté de progresser dans la hiérarchie de l’hôpital tandis que pour Shuji Satomi, la recherche médicale et la relation empathique envers les patients comptent bien plus. Les desseins de Zaizen, qui brigue un poste de direction, sont compromis lorsque la famille d’un de ses patients décède suite à un traitement qui, selon eux, était inapproprié.  La seconde moitié du drama, après un interlude où Zaizen se rend en Allemagne et visite le complexe concentrationnaire d’Auschwitz, consiste en une longue description du déroulement du procès. Shiroi Kyotô n’est pas un drama parfait (la partie judiciaire est un peu laborieuse), mais la description minutieuse des intérêts en jeu entre protagonistes en poste dans divers établissements médicaux impressionne par son ampleur.

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Taiyo wa Shizumanai se différencie en faisant jouer un rôle central à la famille des plaignants (qui reste très discrète dans Shiroi Kyotô), cependant les médecins n’ont pas une épaisseur psychologique comparable (Etsushi n’est pas un personnage aussi mémorable que Zaizen, il n’a pas une aussi forte personnalité ni ne partage son extrême rigidité d’esprit). Le cas médical exposé dans le drama de 2000 est certainement plus compliqué, faisant intervenir un enchaînement de menus dysfonctionnements conduisant à une issue catastrophique. Les responsabilités sont partagées, alors que dans la fiction de Toyoko Yamasaki le poids de la culpabilité pèse essentiellement sur les larges épaules de Zaizen. Par ailleurs, Shiroi Kyotô examine à la loupe la corporation des médecins hospitaliers, ses ramifications hiérarchiques et les rapports de pouvoir qui s’établissent en son sein. Si c’est surtout cet aspect qui vous intéresse, votre préférence ira sans doute pour ce drama. Mais si une approche plus intimiste, s’appesantissant sur le ressenti des proches de la victime et mettant en évidence les fragilités psychologiques pouvant altérer le jugement des chirurgiens urgentistes, vous tente, Taiyo wa Shizumanai peut constituer un choix judicieux de visionnage.

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On peut bien faire quelques reproches au drama, trouver que la série perd un peu en intensité dans les épisodes précédant le final (où l’intrigue a tendance à se disperser), que les réflexions existentielles de Nao s’apparentent parfois à de simples divagations ou encore que les scénaristes abusent à l’occasion de la rétention d’information pour faire durer le suspense, mais l’ensemble m’a paru néanmoins réussi. La stratégie mise en œuvre par la défense est précisément décrite, elle repose sur la communication (conférence de presse, interview télévisée du médecin) et l’existence de trois barrières pour les plaignants (la spécialisation, le jargon médical; le secret, les faits ne sont connus que d’un petit nombre de personnes; le corporatisme, les médecins se protègent entre eux). Face à Ikezawa, Nao et l’avocate choisissent de démontrer que leurs motivations ne sont pas purement financières en ne réclamant qu’un dédommagement de 890 yens (le prix de la spécialité culinaire de Teruko)! L’alternance entre une enquête judiciaire menée efficacement et des passages émouvants où Nao se remémore un bonheur familial enfui au travers des détails du quotidien (comme le jour de l’anniversaire de sa mère où il lui offrit des chaussures orthopédiques ou les réminiscences d’une enfance heureuse aux côtés de Teruko), la bande musicale entrainante (dans laquelle figure une chanson d’Elton John, Goodbye Yellow Brick Road) et un procès qui s’achève par un twist inattendu dont découle le verdict (où une marque de déférence typiquement nipponne s’avère cruciale)…Tout cela fait que ce drama, sans être un incontournable, peut être recommandé.

Ci-dessous, vous pouvez (ré)écouter la célèbre chanson d’Elton John, issue de l’album éponyme de 1973.

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