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The Down Low Concept est une société de production néozélandaise qui a a son actif quelques fictions acclamées par la critique, écrites par un trio de scénaristes (Jarrod Holt, Ryan Hutchings et Nigel McCulloch) qui manient avec aisance un humour déjanté et parfois cruel. Si cet article est consacré à Hounds, la plus réputée de leurs miniséries, j’évoquerai aussi brièvement Coverband, une autre comédie de ces mêmes auteurs, car on trouve entre les deux fictions quelques similitudes notables. Hounds est composée de 6 épisodes de moins de 25 minutes et a été diffusée sur TV3 (actuellement Three) dès juin 2012. L’histoire se déroule à Auckland et a pour toile de fond l’univers des courses de lévriers. La bande musicale comporte quelques thèmes originaux agréables à écouter, ainsi que des chansons de groupes kiwis à succès (mais pas seulement, la chanson du générique est Tubthumping, un hit du groupe punk rock britannique Chumbawamba datant de 1997, musique d’un jeu vidéo simulant le mondial de foot 1998).

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Will Carrington (joué par Toby Sharpe) est un juriste qui travaille dans un important cabinet d’avocats d’Auckland intra-muros. Lorsque son père David décède, il hérite de la maison familiale cossue (avec un sauna et un vaste terrain attenant) ainsi que d’un lévrier anglais (ou greyhound), une bête racée que David entrainait pour qu’il participe aux courses du cynodrome. Le chien est accompagné d’un entraîneur, Marty (Mick Innes), qui voue une passion exclusive aux clébards dont il s’occupe. Marty a aussi la charge de garder Lily (Susana Tang), la demi-sœur de Will, une adolescente aux traits asiatiques jusqu’alors inconnue de l’avocat. Will emménage dans la demeure, apprend à cohabiter avec ses occupants et découvre les compétitions canines et les individus qui gravitent dans ce milieu, pour la plupart des gens simples et sans chichis, issus d’un milieu modeste, loin du monde guindé et friqué qu’il fréquentait jusqu’alors.

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Will a une petite amie, Amber (Catherine Waller), une fille superficielle qui se comporte souvent comme une adolescente attardée et affectionne des tenues portées par des teenagers à la mode. Amber est plus âgée que Lily, mais elle semble curieusement moins mature qu’elle. Par ailleurs, son meilleur pote Lance (Josh Thomson, à l’affiche récemment du premier long métrage de The Down Low Concept, Gary and the Pacific) employé comme lui au sein du cabinet d’avocats, est un aborigène bon vivant et vantard, toujours enjoué mais peu doué pour le tact et la délicatesse. Ses interventions inopportunes mettent fréquemment Will dans l’embarras. Ce dernier évolue au fil des épisodes, initialement il est un citadin égocentrique et obnubilé par le profit, puis il finit par se prendre d’affection pour Marty et Lily et en vient à quitter son emploi de juriste (trouvant le milieu dans lequel il bossait  hypocrite et humainement décevant) pour travailler comme vendeur dans un magasin de fringues, usant de ses talents de persuasion pour vendre des pantalons de marque.

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Le personnage de Lily évolue aussi: d’abord elle est mécontente de voir Will s’incruster dans la maison mais s’attache peu à peu à lui, si bien que lorsqu’il projette d’accepter un poste de représentant de la marque qu’il commercialise à l’étranger, elle le supplie de rester avec elle et Marty. Lily est une ado rigolote et nature (elle porte sans gêne un sweater barré de l’inscription « sugar tits »), et qui bien entendu aime beaucoup les animaux. Elle se passionne pour les courses, prenant même part aux exercices d’entrainement du greyhound. Par contre, elle tente vainement de s’intégrer dans un club d’escrime: sa mère disparue était une bretteuse émérite, comme l’atteste un portrait d’elle en tenue de combat qui trône dans le salon, et si elle cherche à suivre la même voie, elle trouve les autres escrimeurs un peu snobs et attachés à des rituels ridicules et abandonne vite (je doute cependant que la vision que donne la série de ce sport correspond à la réalité). Elle est bien plus proche des éleveurs de lévriers: lorsque Marty la confie à un « baby-sitter » le temps d’une soirée, elle profite de l’instant où celui-ci s’assoupit pour partir en catimini rejoindre le bal des propriétaires de chiens qui se tient au cynodrome.

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La minisérie montre très brièvement quelques courses. L’une a lieu en nocturne, dans une ambiance confidentielle, une autre de jour et très suivie, permet de découvrir l’infrastructure des lieux, les trappes des chiens qui s’ouvrent simultanément, actionnées par le sliper, le rail qui borde la piste où se déplace un lièvre mécanique attaché à une corde, derrière lequel les bêtes courent sur quelques centaines de mètres. Des compétitions annexes sont aussi évoquées, comme  le vote de la meilleure photo d’un lévrier déguisé ( Marty grime à cette occasion son greyhound en torero, le plaçant ensuite dans un décor de féria avec lâcher de taureaux). Il est par contre très peu question des paris sur les classements à l’arrivée et pas du tout d’aspects sombres comme le dopage des chiens ou encore les cas de maltraitance envers les bêtes (dénoncées régulièrement par des associations cynophiles et qui, espérons-le, ne sont que de révoltantes exceptions).

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Les gens du cynodrome sont dépeints pour la plupart comme de sympathiques amateurs de courses, grands buveurs de bière et qui se livrent à des distractions bon enfant (comme faire un mannequin challenge ou un défi consistant à ingurgiter le plus de bocks d’affilée). L’ambiance est à la camaraderie, mais Will et ses amis ont tout de même un rival, Holden (Stephen Ure): cet habitué des compétitions a gagné avec son lévrier bien des courses, il s’en vante ouvertement et provoque ses adversaires en arborant une tenue composée des nombreux rubans rouge (insigne des vainqueurs au cynodrome) glanés au fil des ans. Il est prêt à tout et va même jusqu’à blesser le chien de Marty en introduisant dans son box son propre greyhound pour qu’il agresse sexuellement le malheureux lévrier adverse. Mais il y a une justice, Holden ne remporte pas ce jour là le collier d’or promis au vainqueur. Toujours parmi les personnages du cynodrome, citons Melvyn (David Weatherley), le manager depuis des lustres: doté d’un sens aiguisé des affaires, véritable mémoire des lieux, il est cependant affligé d’un fils demeuré et balourd, qui doit hélas lui succéder.

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Il y a nombre de scènes drôles dans Hounds. Par exemple, lorsque Marty comparait au tribunal après avoir causé un accident de voiture en état d’ébriété (alors qu’il était en train d’écouter une chanson composée à partir d’aboiements de chiens) et récite en guise de mea culpa un poème en forme de calligramme sur le Bourbon ou encore lorsque Lance se rend à un blind date dans un café pour y être ignoré ostensiblement par la femme avec qui il a rendez-vous, car elle ne trouve sans doute pas à son goût son apparence. Il y a également de l’humour noir: ainsi, lorsque le lévrier est blessé lors d’une course, le véto diagnostique qu’il doit être euthanasié et sort des carabines pour que Will et Marty exécutent la sale besogne. Mais ils finissent par demander des munitions supplémentaires car ils ont tiré les yeux fermés, ratant le pauvre animal à l’agonie! Au cours de la minisérie, deux greyhounds suivent successivement l’entrainement de Marty (le second est acquis lors d’une vente aux enchères canine). Dans l’intervalle, ce dernier doit trouver une autre occupation, mais il s’avère inadapté à toute autre activité: sa tentative de reconversion en assistant pour personnes âgées se solde par un fiasco. Marty n’est à l’aise qu’avec ses chiens, tandis que Will préfère tout plaquer pour vivre avec lui et Lily, délaissant Amber et les hauts revenus de son ancien métier.

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On retrouve dans Coverband, autre minisérie en 6 épisodes de The Down Low Concept, datée de 2014, quelques caractéristiques propres à Hounds: le ton déjanté, le rythme rapide et l’insistance sur la notion de camaraderie, qui prime sur tout le reste pour des personnages attirés par une existence en marge des conventions sociales. Matt (John Barker) revient des USA où il fit partie d’un groupe avec sa copine Ivy (Ivy and the Poisons), démantelé lorsque cette dernière choisit de débuter une carrière en solo. Revenu sans le sou en Nouvelle-Zélande, Matt fonde dans l’urgence un groupe de reprises (coverband) pour gagner rapidement de l’argent, avec ses amis d’enfance Knuckles (Wesley Dowdell) et Alex (Matt Whelan). Se joint à eux un chanteur extraverti et timbré, Jukebox (Laughton Kora), qui les accompagne dans une tournée mouvementée. Alex mène une vie rangée, il travaille dans un bureau, a une femme et aura bientôt un enfant. Il est tiraillé entre deux aspirations contradictoires: devenir un père responsable ou choisir de vivre au jour le jour avec ses potes en pratiquant sa passion, la musique. Pour lui, c’est cette dernière option qui finit par l’emporter. Coverband est une fiction de qualité similaire à Hounds et comprend une riche bande musicale avec des interprétations entrainantes de groupes néozélandais contemporains (The Clean, Dictaphone Blues, The Mint Chicks, Tall Dwarfs, pour en citer quelques uns).

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Si dans Coverband les concerts tiennent une place centrale, dans Hounds les courses de chiens restent au second plan: elles ne sont montrées que brièvement et il n’y a pas d’effort pour les rendre particulièrement spectaculaires (vu le budget, on ne pouvait certes pas espérer quelque chose de comparable à la façon dont furent filmées les courses de chevaux dans Luck, l’éphémère série de David Milch). Finalement, pour Will, Marty et Lily, ce qui compte avant tout c’est d’être ensemble et d’avoir un but en commun, le fait de gagner ou non des compétition est secondaire. Hounds est une minisérie fort sympathique, hélas trop courte (une seconde saison n’aurait pas été de refus), que l’on trouve en DVD (sans sous-titres et avec des suppléments un peu décevants: ainsi, les interviews de véritables dresseurs de lévriers sont succinctes et n’apportent quasiment que des informations anecdotiques) ou comme je viens de le découvrir sur Vimeo (tout comme Coverband), mais il faut pour cela envoyer un message à The Down Low Concept  pour accéder à l’intégralité des épisodes.  La minisérie est, dans l’esprit, comparable à des productions comme Quiz me Quick ou Detectorists ( dans le sens où elle met en scène des gens ordinaires dont l’amitié se structure autour d’un hobby) , donc si vous avez apprécié ces dernières, Hounds devrait vous réjouir.

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