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Chaque année, la télévision japonaise propose des dramas policiers d’énigme, un genre très prisé dans ce pays, ce qui est heureux car il n’est pas rare de trouver des perles parmi ces productions. Au printemps 2017, il y eut déjà Kizoku Tantei, qui confrontait un noble excentrique et sa domesticité à des crimes impossibles, une série plaisante avec beaucoup d’humour. Cependant, j’ai choisi de présenter MPD: Animal Unit, un petit drama sans prétention mais instructif pour qui s’intéresse aux curiosités du règne animal. Diffusé cet été sur Fuji TV, en 10 épisodes (de 45 minutes, sauf le premier qui dure près d’une heure), le programme (adapté d’un cycle de romans de Takahiro Okura, dont j’ai déjà visionné il y a quelques années l’adaptation de  Fukuie Keibuho no Aisatsu, un Columbo like) suit les enquêtes d’un duo faisant partie d’une division de la police de Tokyo responsable de la garde d’animaux appartenant à des suspects ou ayant appartenu à des personnes disparues, victimes d’un acte criminel.  C’est toute une ménagerie que l’on découvre au fil des épisodes, chacun d’eux se focalisant sur un animal en particulier qui fut présent sur les lieux du crime et dont l’observation attentive fournit des indices pour résoudre le mystère et démasquer le coupable.

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Le duo est constitué de Tomozo Sudo et Keiko Usuki. Tomozo (Atsuro Watabe) est un détective qui, suite à un incident survenu durant l’une de ses enquêtes, a dû quitter la brigade d’investigation pour être relégué à l’unité animalière. Il souffre d’amnésie depuis une agression infligée par un malfrat, seul lui reste de ce jour funeste le souvenir vague d’un taiyaki (gâteau japonais fourré en forme de poisson). Initialement, il exerce son nouveau métier avec réticence et souhaite réintégrer au plus vite son ancien travail, mais il finit par s’intéresser réellement à la zoologie appliquée à la science criminelle. Il est assisté par une jeune enquêtrice, Keiko Usuki (jouée avec enthousiasme par Kanna Hashimoto), une brillante diplômée en médecine vétérinaire, véritable encyclopédie vivante du monde animal, dotée de plus d’un sens aiguisé de l’observation. Keiko semble préférer les bêtes aux humains, elle s’extasie dès qu’elle découvre un nouveau pensionnaire de l’unité, qu’il s’agisse d’un mammifère, d’un reptile ou d’un oiseau. Sa fraîcheur juvénile, son uniforme de policière (que certains, la voyant pour la première fois, prennent pour un accoutrement de cosplay, voire une tenue fétichiste) et ses déductions inattendues font tout le sel du personnage.

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A part ce binôme improbable mais très attachant, le drama présente quelques personnages secondaires récurrents. Outre les détectives junior Ishimatsu Kazuo et Yayoi Mikasa qui ne jouent qu’un rôle très secondaire, quelques protagonistes farfelus se remarquent surtout par leurs bouffonneries: Tamaru Iroko (Atsuko Asano), une policière complètement foldingue qui s’occupe de gérer la pension animalière de l’unité et Nidegawa Shokichi (Denden) un flic à la retraite, source inépuisable d’anecdotes sur ses nombreuses années de métier. Ce dernier aime visiter quotidiennement le musée de la police de Tokyo, un établissement qui existe réellement (il se trouve au nord du quartier de Ginza et expose aussi bien des uniformes que les véhicules de fonction les plus divers) et est montré à de multiples reprises au fil de la saison. Les épisodes sont des standalones (sauf les deux derniers), avec cependant un fil rouge (les zones d’ombre entourant le passé de Tomozo Sudo). L’intérêt des intrigues ne réside pas dans les modus operandi des crimes, qui ont tendance à se répéter (strangulation, noyade, décès suite à un coup violent reçu), mais plutôt dans les déductions faites à partir de l’observation des animaux ou les mobiles des meurtres, qui ont souvent un lien avec l’attachement (ou la répulsion) pour les bestioles évoquées.

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Le premier épisode commence par le sauvetage de Naomi, un chat coincé dans une canalisation, qui deviendra la mascotte de l’unité. On découvre ensuite le premier cas auquel le duo est confronté: la victime, jetée dans un cours d’eau après avoir été étranglée, possédait des bouvreuils à tête rouge qui participaient à des compétitions de chants d’oiseaux, en concurrence avec des zostérops du Japon. Des digressions permettent d’en savoir plus sur l’historique de ces concours, ainsi que sur le juteux marché noir d’oiseaux sauvages, tandis que les marques laissées sur le sol par les curieux emplacements de cages à oiseaux donnent à Keiko un indice déterminant. Une histoire très simple, qui sert avant tout à présenter tous les protagonistes.

Le second épisode, où un corps est retrouvé noyé dans la piscine d’un enclos à pingouins, nous renseigne sur l’élevage de ces oiseaux (par exemple concernant l’alimentation recommandée ou la nécessité d’adapter la luminosité et la température à leur métabolisme). L’intrigue est basique mais le mobile est original et ne se devine pas aisément. J’ai retenu une info surprenante: les élevages de pingouins sont répandus au Japon, un pays qui possède un quart de la population captive mondiale de ces fascinants volatiles.

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L’épisode 3 a pour thème les serpents, ceux que possédait la victime, apparemment un homme qui s’est suicidé en se jetant dans la mer du haut d’une falaise. Keiko et la policière Yayoi se pâment d’admiration devant les reptiles, aussi bien le serpent des blés (élaphe) que le boa constrictor, alors que Tomozo éprouve un dégoût viscéral pour ces créatures. Les soins en captivité ainsi que la mue des serpents (et l’opacification des yeux qui la précède), sans oublier les formalités légales d’adoption de ces créatures rampantes (nécessité d’obtenir une licence, par exemple) sont abordés. Cet aspect informatif est à vrai dire plus intéressant que l’énigme policière, classique, seul le mobile de l’assassin ayant un lien étroit avec les serpents.

L’épisode suivant, après une rapide évocation des glandes anales nauséabondes de la mouffette, développe une curieuse histoire où un berger qui élève des chèvres près d’une école est accusé du meurtre d’un enseignant et où lesdites chèvres ont ingéré une liasse de copies corrigées. Ce n’est pas mon épisode préféré mais il est à noter que Keiko résout l’affaire grâce à un brillant raisonnement déductif. Également, le drama apporte quelques précisions surprenantes à propos de la reproduction caprine, comme le fait que  l’œstrus de la chèvre intervient seulement 18 mois après la naissance.

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Le cinquième épisode est sans doute l’un des meilleurs. Le cas est celui d’une femme assassinée d’un coup d’haltère sur la tête, dans une maison où se trouve un singe turbulent, un saïmiri (ou singe écureuil). L’énigme est intéressante car deux solutions sont proposées successivement pour expliquer les faits dans les moindres détails. De plus, le singe y joue un rôle actif dans le déroulement du drame, contrairement aux animaux des épisodes précédents. D’autre part, l’accent est mis sur l’étude du comportement animal (éthologie), même si cet aspect aurait pu être plus détaillé.

L’épisode 6 est aussi captivant: le témoin d’un meurtre n’est autre qu’un perroquet gris africain (jaco). Bien que ce psittacidé soit le meilleur parleur au monde, celui présent dans l’histoire reste obstinément muet devant les enquêteurs, ne retrouvant la parole que dans les dernières minutes. On découvre le côté joueur de ces oiseaux, leurs étonnantes capacités d’imitation ainsi que les bizarreries de leur fonctionnement cérébral (comme le fait que plus ces volatiles sont juchés haut sur un perchoir, plus il se perçoivent en dominateurs de leur environnement). Tous ces éléments sont intégrés à la résolution de l’intrigue de façon convaincante.

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Le septième épisode s’intéresse particulièrement à l’aquariophilie. Keiko rencontre le directeur d’un parc aquacole, qui est en quelque sorte son double, car tout aussi féru qu’elle de vie animale. Au centre de l’intrigue, des piranhas dérobés dans des aquariums sont relâchés dans un bassin du parc, pour d’obscurs motifs. On découvre les différentes variétés de piranhas, les contraintes de leur élevage (nécessité de bien les nourrir, sans quoi ils peuvent devenir cannibales, obligation de les répartir dans plusieurs aquariums. L’énigme policière est un peu faible, le mobile du criminel s’avère finalement trivial mais l’épisode montre en passant quelques étranges créatures: si l’axolotl (ou salamandre mexicaine) est très connu, le flowerhorn ou la raie mobula japonaise un peu moins sans doute.

Au cœur du huitième épisode, il y a un conflit de voisinage entre le propriétaire d’un hibou grand-duc et celui d’une chouette hulotte, tous deux résidents d’un appartement au même étage, avec un meurtre à la clé. C’est l’examen des déjections de la chouette qui donne à Keiko l’indice déterminant pour la résolution de l’énigme. Comme lors de l’épisode 5, l’animal joue un rôle prépondérant dans le déroulement de la tragédie. On peut aussi découvrir des caractéristiques originales de ces strigidés, comme les secrets de leur vol silencieux ou du cliquettement qu’ils émettent en période de chaleurs, qui a surtout une fonction d’intimidation.

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Les épisodes 9 et 10 sont reliés. Le premier évoque tout d’abord un incendie criminel où l’assassin veut faire croire à un sinistre accidentel. Un hérisson sauvé in extremis du brasier donne à l’enquêtrice la preuve lui permettant d’acculer le coupable. A part quelques détails sur l’alimentation insectivore des hérissons, il n’y a rien de mémorable dans cette intrigue. Ensuite, vient l’histoire principale: des attaques de guêpes (avec pour conséquence chez certaines victimes un choc anaphylactique) se multiplient, causées par un mystérieux groupe pseudo-religieux, la « cloche de verre ». Les informations récoltées par le duo de détectives semblent indiquer qu’un attentat à l’essaim de guêpes doit être perpétré sous peu au musée de la police. L’intrigue est un peu tirée par les cheveux, mais est assez habile, avec des éléments de misdirection et des indices savamment disséminés (l’un en rapport avec des chauves-souris, les pipistrelles japonaises, et leur prolifération en ville lorsqu’il fait chaud et que les insectes dont elles se nourrissent pullulent, un autre en rapport avec une plante de montagne, le vératre noir, retrouvée sur les habits d’un suspect). Ce final est plutôt bien fait et s’achève par des scènes riches en suspense, mais le modus operandi des criminels se révèle bien tortueux, le moyen de parvenir à leur fin inutilement compliqué.

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En conclusion, je dirais que c’est un drama bien sympathique, loin d’être exceptionnel mais qui permet d’apprendre pas mal de choses en s’amusant. Des énigmes policières plus complexes auraient été bienvenues, mais la série a par ailleurs des atouts non négligeables: le casting est épatant, les musiques aux sonorités animales participent à la loufoquerie de l’ambiance (on notera aussi le fameux générique de fin, My Buddy, interprété par le boys band Bullet Train, avec une chorégraphie rigolote des protagonistes du drama) et les animaux sont bien filmés (tout spécialement le vol de la chouette, qui bénéficie de ralentis du plus bel effet). En somme, un divertissement plutôt intelligent (même si l’humour nippon peut laisser par moments perplexe), dans la lignée de dramas policiers thématiques tels que Biblia Koshodou no Jiken Techou (des énigmes dans l’univers des bouquinistes) ou Otenki Oneesan (des mystères où interviennent des phénomènes météorologiques rares), qui explorent des pistes pour renouveler le genre, avec plus ou moins de bonheur.  Keishichou Ikimono Gakari, sans être indispensable, est recommandable pour qui, comme moi, s’intéresse de près au monde animal.

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