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Il est bien difficile de trouver sur le web des séries biélorusses sous-titrées. J’ai déniché dernièrement sur YouTube Above the sky, une minisérie en 8 épisodes (de près de 30 minutes, sauf le dernier qui dure 45 minutes), avec des sous-titres anglais approximatifs (il manque quelques répliques). La fiction ne m’était pas inconnue, car l’an dernier j’ai pu lire cet article à son propos sur le site de Ladyteruki. Après avoir vu la série, il me semble surprenant que cette production financée par l’ONU n’ait jamais été diffusée dans son pays pour cause de censure: si elle comporte une critique du régime, celle-ci est à peine effleurée (seul le flicage de la jeunesse transparaît lors de quelques scènes). Rien en tout cas qui justifie le fait que la série ne soit à ce jour visible que sur internet (et, lors de festivals internationaux, projetée sous forme de long métrage). Above the sky, réalisée par Dmitry Marinin et Andrey Kureichik (par ailleurs scénariste), avec une bande musicale de Dmitry Friga, évoque les errances d’un étudiant de Minsk qui vient d’apprendre qu’il est séropositif. Ce n’est pas une série parfaite mais, outre que c’est très bien filmé, la psychologie des personnages est décrite avec pertinence.

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Leonid Pashkovsky interprète Nikita, le protagoniste principal, qui étudie à Minsk et est le leader d’un groupe de musique assez populaire, appelé Perfect. Lors d’une visite médicale, la prise de sang révèle qu’il est porteur du virus HIV, ce qui le plonge dans un profond désespoir. Il sait où et quand il a contracté cette terrible maladie: lors de vacances en Crimée, où il a passé une nuit avec une fille rencontrée sur la plage prénommée Yulya. L’existence de Nikita, jusqu’ici libre et insouciante, va se trouver bouleversée. A l’université, ses camarades prennent leurs distance avec lui, il se laisse aller, s’enivre avant de se battre avec le vigile d’un magasin, donne son fric à des inconnus qui l’apostrophent dans la rue et va jusqu’à côtoyer des toxicomanes et consommer des drogues dures. Par l’intermédiaire d’une amie infirmière de sa mère, ses parents apprennent vite sa séropositivité. Son père, Seryozha (Victor Rybchinsky), un policier au tempérament rigide et qui souhaite depuis longtemps le voir entre au plus vite à l’académie de police, prend très mal la nouvelle et a avec lui une vive altercation, tandis qu’il reproche à sa femme Sveta d’être trop libérale et de l’avoir éduqué de façon trop permissive.

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Seryozha est bourru, il a des idées très conservatrices mais ce n’est pas un personnage négatif. Il finit par se réconcilier avec son fils, lui pardonnant même de lui avoir volé de l’argent pour se procurer de la drogue. Pour resserrer ses liens avec lui, il l’emmène camper dans un lieu sauvage, où il a avec Nikita une conversation sérieuse à la lueur d’un feu de camp. Cette scène survient peu après le passage du jeune homme dans un repaire de camés ayant l’apparence d’un havre de détente intimiste et cosy, en réalité un lieu de perdition où les tenanciers procurent des drogues dures aux clients contre de l’argent et profitent cyniquement de leur addiction. Nikita y a rencontré un junkie qui lui a raconté son parcours, lui précisant qu’il a survécu car il n’avait plus d’argent pour se procurer de quoi se shooter en intraveineuse alors que beaucoup de ses amis sont morts après avoir été contaminés ainsi par le sida. Personnellement, j’ai trouvé étrange qu’un type qui fréquente un tel endroit livre spontanément ce message antidrogues. Le but est clairement de montrer la prise de stupéfiants sous le jour le plus glauque possible, même au prix de la vraisemblance.

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Un peu plus tard, Nikita est témoin de la mort d’une femme par overdose et est l’objet d’une machination. Inconscient, il est placé à côté de la morte et photographiée par les tenanciers qui sont sur le point d’être coffrés lors d’un descente de police, ce qui leur permettra ensuite d’exercer un chantage sur son père. Malheureusement, cette intrigue n’est pas exploitée au mieux et est résolue un peu facilement dans le dernier épisode, sans donner lieu à aucun suspense haletant. Au moins cette affaire révèle-t-elle que Seryozha est prêt à tout pour protéger son fils. Toujours concernant l’épisode final, on peu regretter une issue bien prévisible de l’intrigue, un relatif « happy end » (relatif car le sort de Nikita semble bien incertain) où la morale est sauve. Mais on a quand même droit à dix bonnes minutes de musique biélorusse, car l’histoire se termine par un télé-crochet auquel participe le groupe dont fait partie Nikita. Il manque vraiment à cette fin qui se veut optimiste de l’intensité dramatique et une certaine gravité.

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Le groupe Perfect est au centre d’un arc scénaristique secondaire. Les membres forment une bande de copains qui s’éclatent sur scène: autour de Nikita, il y a Stas le chanteur, Vovan le guitariste, Grigoriy le batteur, Max le rappeur et pianiste. Mais des dissensions ne tardent pas à apparaître quant à l’orientation musicale à privilégier. Stas (Alexey Yarovenko) souhaite que le groupe suive les dernières modes, devienne tendance et plus commercial alors que les autres veulent rester eux-mêmes et continuer à proposer la musique qu’ils aiment. Stas finit par quitter le groupe pour suivre une productrice, Katrina, qui le soutient car ses qualités de danseur et son physique de beau gosse sont vendeurs. Il y a là une critique de la superficialité du show-business, soulignée à de multiples reprises au cours de la minisérie. Les membres restants du groupe décident de s’appeler désormais Viche Neba (Above the sky, en anglais) et de se démarquer le plus possible de la voie choisie par leur ancien chanteur charismatique.

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Autre intrigue développée en longueur: la relation de Nikita avec Yana (Olesya Gribok), la fille du président de l’université. leur idylle prend fin lorsqu’elle apprend qu’il est séropositif. Si Nikita souhaite prendre ses distances pour ne pas risquer de l’exposer à une contamination, Yana veut continuer à le fréquenter malgré tout. Cependant, comme elle fait cela essentiellement  pour défier son père (qui cherche à éloigner Nikita de l’université pendant quelques mois, surtout pour le tenir loin de Yana) et pour montrer une attitude courageuse, sa démarche ne lui paraît pas sincère et il choisit de rompre, quitte à refuser qu’elle intègre le groupe comme chanteuse malgré sa performance remarquée lors d’une audition. Nikita, après avoir appris sa maladie, cherche à s’isoler de son entourage, non seulement de ses parents, mais aussi du groupe qu’il quitte momentanément. Il établit une analogie entre le sida et la lèpre, se considérant comme une sorte de lépreux devant vivre à l’écart des autres. Cependant, il se rapproche d’Olya (Oksana Chivevyova), une jeune femme qui l’a recueilli après son passage cauchemardesque dans l’antre des drogués.

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J’avoue que le personnage d’Olya m’a laissé un peu dubitatif. Elle apparaît de nulle part dans l’intrigue et on en apprend peu sur elle (on sait juste qu’elle est étudiante, a un père qui travaille dans le BTP et qu’elle a vécu quelques années en Inde). Elle montre de l’empathie envers Nikita, elle cherche à l’aider à faire face au choc psychologique qu’il a subi (elle l’invite à se rendre à des réunions de séropositifs, où les malades assis en cercle discutent des traitements possibles ou partagent leurs états d’âme avec leurs compagnons d’infortune) et surtout l’apprécie avec simplicité, sans faire preuve de pitié à son égard. Confiant, il lui attribue une place dans son groupe, en qualité de chanteuse, au détriment de Yana. Olya n’est bientôt plus la seule dont il se sente proche, en effet il a la surprise de retrouver Yulya lors d’une visite à l’hôpital, où elle est une patiente en phase terminale, victime de la tuberculose. Nikita constate avec douleur son affaiblissement progressif, pour lui leurs destins tragiques sont liés, il voit l’état de dépérissement de Yulya comme un reflet de ce qui l’attend probablement dans un futur proche. Il est effondré lorsqu’il apprend son décès, se sentant encore plus seul désormais.

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Above the sky propose une analyse sensible des conséquences psychologiques de la séropositivité. Certains des protagonistes principaux (surtout Yana et Seryozha) ne manquent pas de profondeur. La réalisation est impeccable, nombre de plans mettant en valeur l’architecture bigarrée de Minsk, avec une prédilection pour les longues poses permettant de montrer des filés d’automobiles ou de passants du plus bel effet esthétique et les vues surplombantes depuis les toits de la ville. La bande musicale est variée et permet de découvrir des artistes de la scène contemporaine du Bélarus (cela va du rock à la techno en passant par le rap). Mais l’impression finale n’a pas été pour moi entièrement favorable: certains acteurs livrent une interprétation manquant de conviction, l’émotion n’est pas toujours aussi perceptible qu’elle le devrait. D’autre part, je n’ai hélas pas appris grand chose sur la culture de ce pays (à part le nom d’un plat typique qui a l’air succulent, le draniki). Surtout, le scénario montre quelques failles: une fin téléphonée, des coïncidences peu probables (comme le fait que Nikita revoie par hasard Yulya juste avant qu’elle ne meure) et des éléments de l’intrigue qui ne servent que de prétexte pour livrer un message de prévention. Néanmoins, il faut reconnaître que les créateurs ont eu le courage de traiter d’un sujet difficile avec franchise, sans occulter ses aspects les plus déplaisants. Pour cela, cette websérie, encore confidentielle hors de Biélorussie, mérite d’être vue par un plus large public.

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